L’euro a-t-il un avenir ?

La zone euro n’a qu’une seule route à prendre si elle souhaite s’en tirer : restaurer la vision libérale de l’Europe.

Par Marius-Joseph Marchetti

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Observation du phénomène de chute libre de l’euro face au dollar

L’euro est littéralement en chute libre par rapport au dollar. Il a perdu en 4 mois plus de 10% de sa valeur et il est presque à parité avec le dollar. Cette chute peut être attribuée à deux éléments : le Quantitative Easing dans le but de stimuler les exportations, l’activité économique et le manque de confiance dans l’euro.

Il y a de fortes probabilités que le phénomène de baisse de l’euro face au dollar soit dû au Quantitative Easing mis en place par la Banque centrale européenne dans le but de relancer l’économie. En théorie, le Quantitative Easing peut permettre de relancer une économie si celle-ci ne se trouve pas en présence de liquidité (c’est-à-dire si les taux d’intérêt ne sont pas à un niveau tellement bas que les agents économiques préfèrent conserver leurs liquidités car ils anticipent un taux d’intérêt plus élevé). La politique monétaire expansionniste permet de relancer l’économie en entraînant une augmentation des sorties de capitaux (comme on peut actuellement le voir dans la zone euro). Cette sortie de capitaux entraîne une diminution du taux de change par rapport aux autres monnaies, ce qui permet d’augmenter les exportations nettes, et donc de stimuler l’économie et d’augmenter le revenu national (ce phénomène est d’autant plus accentué que, concomitamment, la Federal Reserve a arrêté son Quantitative Easing et a commencé à remonter ses taux d’intérêts).

Mais on peut cependant remarquer deux réactions selon les économistes : certains sont confiants et montrent du doigt la croissance qui commence déjà à se profiler dans les pays de la zone euro. D’autres ont des réactions plus timorées, voire sont inquiets, notamment à cause de l’importante fuite de capitaux, qui ne pourrait être due uniquement au Quantitative Easing de Mario Draghi, mais à une perte de confiance dans l’euro, notamment à cause de la situation relativement très dégradée de la Grèce, qui inspire bien peu confiance aux divers marchés financiers.

L’effet Cantillon et la « tragédie des biens communs »

L’effet Cantillon peut être expliqué ainsi : imaginons que la Banque Centrale crée de la monnaie. La nouvelle monnaie créée ne génère pas de hausse des prix tant qu’elle n’est pas encore dépensée. C’est lorsqu’elle l’est que la machine se met en route. Ainsi, les premiers détenteurs vont acheter des biens et augmenter la demande pour les biens qu’ils consomment. Ceux qui reçoivent la monnaie via l’échange vont à leur tour la dépenser et augmenter leur prix par la hausse de la demande. Ce mécanisme se poursuit jusqu’à ce que la nouvelle monnaie ait fait le tour des agents économiques. On peut clairement deviner que ce processus n’est pas neutre. Les premiers détenteurs de la nouvelle monnaie possèdent un pouvoir d’achat, étant donné que les prix n’ont pas encore augmenté. Ainsi, au fur à mesure que la monnaie passe de main en main, les prix augmentent et votre revenu réel augmentera ou diminuera selon que vous aurez obtenu rapidement ou non la nouvelle monnaie. Ainsi l’effet Cantillon décrit la propagation de l’inflation secteur par secteur au fur et à mesure que la nouvelle monnaie fait le tour de l’économie.

Au-delà de l’effet Cantillon qui correspond à une redistribution des richesses selon le lieu où les nouveaux euros sont créés, la monnaie européenne est victime de la « tragédie des biens communs », à savoir qu’elle ne fait l’objet ni de parcimonie et ni de modération. Qui seront les bénéficiaires ? Les plus endettés, et ceux qui s’endettent le plus en ce moment. Ainsi, tout le monde essaiera de bénéficier le plus possible du bien accessible avant les autres, ce qui encouragera l’endettement. Celui qui s’endettera le plus, dans cette sorte de système de Ponzi, sera celui qui bénéficiera le plus de la redistribution monétaire.

La théorie autrichienne des cycles économiques et son lien avec l’euro

Vous pourrez trouver une explication de la théorie autrichienne sur ce lien-ci.

Quel est donc le rapport entre la théorie autrichienne des cycles économiques et l’euro ? L’euro génère des bulles, comme celle qui a éclaté en Espagne, au début de la crise, et a permis à nombre de pays de s’endetter de manière bien plus considérable sur un marché non modelé par la monnaie unique. Le fait que des pays peu compétitifs aient fait partie de la zone euro avec des pays tels que l’Allemagne et du Nord de l’Europe a fait diminuer artificiellement les taux d’intérêts des pays peu compétitifs (car les agents ont davantage eu confiance en ces pays grâce à l’image donnée par l’Allemagne). Par la baisse des taux d’intérêts, ces pays ont pu s’endetter, de manière publique et privée, augmentant artificiellement leur consommation au-delà de ce qu’ils pourraient véritablement consommer selon leur productivité. Il y a eu redistribution monétaire, via la baisse artificielle des taux d’intérêts, à l’intérieur de pays, comme en  Allemagne, mais aussi des plus compétitifs vers les moins compétitifs (Espagne, Portugal, Grèce…).

Tout cela m’invite à conclure que la zone euro et l’Union européenne n’ont qu’une seule route à prendre si elles souhaitent s’en tirer : restaurer la vision libérale-classique de l’Europe, et abandonner la vision socialiste dont l’euro est la clef de voûte. C’est-à-dire revenir, comme à sa création, à l’Europe du libre-échange et de la libre-circulation et rien d’autre.

« L’euro, de par sa structure inhabituelle, provoque des crises sérieuses. Ces crises peuvent être utilisées, comme la crise actuelle le démontre, à des fins politiques, pour renforcer un pouvoir et une politique fiscale et budgétaire toujours plus centralisés. L’euro est en quelque sorte le cheval de Troie des partisans d’un État central européen. La fin de l’euro représenterait l’épilogue de la vision sociale-démocrate de l’Europe. C’est pour cette raison que les politiciens et les bureaucrates le défendent actuellement par tous les moyens, quoi qu’il en coûte. » — Philipp Bagus