Soundiata, Roi des Rois de l’Empire du Mali, premier des libéraux

Le premier libéral connu, historiquement, ne serait-il pas Soundiata, Roi des rois, qui vécut en Afrique durant le 13ème siècle ?

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Soundiata, Roi des Rois de l’Empire du Mali, premier des libéraux

Publié le 13 avril 2015
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Par Nafy-Nathalie D.

SoundiataKeitaL’histoire de l’Afrique est méconnue mais elle est d’une richesse infinie. C’est ainsi qu’en Afrique sub-saharienne se sont développés des empires et des royaumes médiévaux incroyables.

Et alors qu’en Angleterre en 1215 se dessinait la Grande Charte, des textes fondaient le Royaume du Mali. En effet, à cette époque, le Manding (dans la Guinée) était dirigée par le roi Naré Maghann Konaté à qui un chasseur avait prédit que s’il épousait une femme laide, il aurait un fils qui deviendrait le plus grand des rois. Il mit donc de côté la prédiction et continua sa vie jusqu’au moment où lui fut amené Sogolon Kondé du pays de Do, avec laquelle il eut plusieurs enfants dont un fils Soundiata. À la mort de son père, Soundiata fut obligé de s’exiler au Royaume de Mena dans lequel il grandit et se forma aux armes pendant que le puissant roi-sorcier du Sosso envahissait le Manding.

Lorsque Soundiata fut enfin assez grand et entraîné, il rassembla des guerriers et partit à la reconquête de son royaume en rassemblant les armées de différents petits royaumes, ce qu’il réussit à faire en remportant, en 1235, la bataille de Kirina. Les royaumes réunis constituèrent l’Empire du Mali dont Soundiata Keïta devient « Mansa », ce qui signifie « Roi des rois » vers la fin de l’année 1236.

L’UNESCO inscrit en 2009 « la Charte du Mandén proclamée à Kouroukan Fouga » sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, confondant de manière surprenante les deux textes distincts qui ont fondé le nouvel empire du Mali.

Le premier texte est autoproclamé par Soundiata au moment de son intronisation comme empereur du Mali en 1222. Il est nommé « le serment des chasseurs » ou « injonction au monde » ou encore Charte du Manden ou Manden kalikan. Ce texte est d’autant plus intéressant qu’il est considéré comme l’une des premières déclarations des droits de l’homme de l’humanité, il comporte sept articles de tendance libérale évidente :

  1. « Toute vie est une vie » : égalité entre les hommes.
  2. « Tout tort causé à une vie exige réparation » : droit à réparation et responsabilité de ses actes.
  3. « Que chacun veille sur son prochain » : respect des droits individuels et solidarité.
  4. « Que chacun veille sur le pays de ses pères » : principe écologique de sauvegarde de la terre et des peuples qui la composent, principe du capital.
  5. « La faim n’est pas une bonne chose » : principe de dignité de l’homme par l’autonomie alimentaire.
  6. « L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour » : principe de liberté et de propriété qui commence par la propriété de sa propre vie.
  7. « Chacun dispose désormais de sa personne ; Chacun est libre de ses actes ; Chacun dispose désormais des fruits de son travail » : principes de liberté et de propriété.

Le second texte est la charte du Kouroukan Fouga. Il date de 1236. Même s’il reprend en partie le serment des chasseurs, il diffère sur deux points :

  1. L’esclavage n’est plus à abolir mais à humaniser : liberté et égalité relative.
  2. Le concept d’égalité qui devient relative puisqu’il hiérarchise la société.

C’est un texte, à mi-chemin entre un code civil et une constitution, qui résulte du travail des dignitaires et permet d’organiser le nouvel empire du Mali concrètement. Il s’avère qu’en effet, depuis le 11ème siècle, cette partie de l’Afrique s’entredéchirait et Soundiata ainsi que ses dignitaires avaient observé que la plupart des conflits naissaient de problèmes de propriété. Voyant cela, ils décidèrent donc d’organiser la société de manière à fixer des tempérances sociales. Dès lors, ce texte subdivise la société pour mieux en relier les parties dans un système complexe d’alliance perpétuelle avec la règle de la parenté à plaisanterie qui est toujours en cours. Cette fraternité dans un système de droits et de devoirs réciproques crée une égalité relative qui permet l’installation d’un humanisme très élevé et rapproche les peuples au sein d’un empire de 3000 km de long, de la presqu’île du Cap Vert jusqu’à Niamey.

Pour Soundiata, la dignité et la liberté de l’homme passant par l’autosuffisance alimentaire, il met en avant la prospérité individuelle résultant du travail de l’homme libre. C’est l’article 4 : « Le travail étant facteur de libération et valorisation, il en est fait une obligation pour tous. » L’article 5 quant à lui institue le caractère sacré de la vie et le respect dû à la personne humaine. Un devoir d’éducation des enfants par la société est également créé (à l’article 9). Il n’oublie pas non plus les femmes, imposant leur respect tant dans la sphère privée que dans la politique, avec l’article 16 : « Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes, doivent être associées à tous nos gouvernements. »

Et s’il n’abolit pas l’esclavage, il institue un droit des esclaves à être bien traités, à avoir des jours de repos, posséder des biens qui leur sont inaliénables et même à s’enrichir (article 20). Il crée aussi l’immunité diplomatique, avec deux articles spécifiques : le 24, « Ne faites jamais de tort aux étrangers » et le 25, « Le chargé de mission ne risque rien au Mandé ».

Les bases du droit de propriété qu’il crée sont repris dans différents articles, à commencer par l’article 34 : « Il y a cinq façons d’acquérir la propriété : l’achat, la donation, l’échange, le travail et la succession. Toute autre forme sans témoignage probant est équivoque. » Les articles suivants précisent même le rendement qui peut être attendu par des métayers :

  • Article 35 : « Tout objet trouvé sans propriété connue ne devient propriété commune qu’au bout de quatre ans. »
  • Article 36 : « La quatrième mise bas d’une génisse confiée est la propriété du gardien. »
  • Article 37 : « Un bovin doit être échangé contre quatre moutons ou quatre chèvres. »
  • Article 38 : « Un œuf sur quatre est la propriété du gardien de la poule pondeuse. »

Il confirme le principe de solidarité et de dignité humaine comme valeur primordiale de la société. Personne ne peut ou ne doit mourir de faim dans le Royaume du Mail si son voisin est dans la prospérité. Ainsi, l’article 39 proclame que : « Assouvir sa faim n’est pas du vol si on n’emporte rien dans son sac ou sa poche. »

Quant à la démocratie, il la met en place à un moment où l’Europe est dans les Ténèbres. Ainsi, l’article 42 énonce que « dans les grandes assemblées », il faut se contenter des légitimes représentants. En d’autres termes, chacun (y compris les femmes) doit y être représenté, à défaut d’y être présent.

Sa gouvernance était fondée sur la concertation et il institue le kolagnokorognoya, c’est-à-dire l’obligation de faire connaître et de rendre compte à tous des actes que l’on mène au niveau de la cité et du pays afin de permettre à tous de savoir et de s’exprimer. Il a également laissé au peuple (confrérie des chasseurs et les 34 familles de base du Mandé) le soin de désigner son successeur.

Il crée enfin une gestion écologique des ressources en proclamant dans son article 40 que « la brousse est notre bien le plus précieux, chacun se doit de la protéger et de la préserver pour le bonheur de tous. »

À la lecture de ces articles, on ne peut donc écarter que le premier libéral connu, historiquement, serait Soundiata, Roi des rois, qui vécut en Afrique au 13ème siècle : il a mis le bonheur des hommes au cœur de son projet en essayant de fonder une société plus juste, équitable, basée sur le respect de l’Homme et sa dignité, en garantissant la liberté de chacun en donnant à tous les moyens financiers et matériaux de le devenir.

Il meurt en 1255 après avoir instauré un gouvernement d’inspiration démocratique et libérale quasi-parfaite. Il fut d’une sagesse et d’une tolérance remarquables puisqu’il a permis durant sa vie, en instituant la liberté de culte, la coexistence pacifique de l’animisme ancestral et de l’Islam, dont il était pratiquant. Il est resté dans les souvenirs comme un remarquable guerrier, et également comme un grand administrateur qui a développé le commerce, l’exploitation de l’or et l’agriculture de son pays.

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  • Impressionnant ! Et dire que certains pensent que l’afrique n’a pas d’Histoire..

    • Nafy-Nathalie Diop
      13 avril 2015 at 10 h 20 min

      L’Afrique a une histoire incroyable.
      Certains de ses royaumes avant la colonisation étaient d’une richesse y compris humaine stupéfiante.
      Cette idée qu’ont les occidentaux d’avoir tout inventé, apporté la démocratie, civilisé … est une arrogance totalement fausse.
      L’Afrique les a précédé souvent.
      Le palabre africain par exemple que l’on qualifie négativement en occident à tord est une des premières formes de démocratie au monde.

  • Merci pour cet article particulierement passionant ! Auriez vous quelques sources d’historiens dessus ? j’aimerais creuser ce sujet qui m’est tout a fait inconnu..

    • Nafy-Nathalie Diop
      13 avril 2015 at 10 h 33 min

      Sur quoi voulez-vous creuser ?
      Si vous voulez creuser sur l’histoire de Soundiata, il vous faut lire « Le maître de la Parole » de Camara Laye qui est en fait une transposition du récit d’un griot.
      Le problème de l’Afrique, dans la transmission de son histoire, est qu’elle passe surtout par l’oralité et donc les griots. Sinon on en retrouve des traces dans les écrits contemporains des arabes qui commerçaient avec eux et ces écrits ont permis de confirmer leur authenticité.
      L’historien François-Xavier Fauvelle-Aymar a écrit un livre référence : « Rhinocéros d’or. Histoire du moyen Age africain ».
      Je vous invite sinon à regarder le résultat de la collaboration entre Youssouf Tata Cissé (historien) et Wa Kamissoko (griot).
      Vous avez aussi les ouvrages de Djibril Tamsir Niane, Seydou Camara et Jan Jansen.
      Sur youtube vous trouverez aussi en tapant Soundiata ou charte du Mandén de nombreuses discussions d’historiens ou juristes africains, des histoires reportées par les griots, …
      Revenez vers moi sans hésiter si vous en trouvez pas votre bonheur, j’essaierai d’être plus précise.

  • Que Soundiata ait été un grand roi africains, fondateur d’un puissant empire sur des bases morales raisonnables est une chose. En faire le premier libéral de l’Histoire est une hypothèse plus que faible et mal construite.

    Tout d’abord le libéralisme est issu d’une très longue évolution philosophique qui prend ses racines tant dans l’Antiquité (Épicurisme, Stoïcisme, entre autre), que dans le Christianisme. Son évolution est longue et son émergence date au mieux des XVI/XVIII. Un peu d’histoire des idées et de la philosophie aurait permis à l’auteur de l’article de raconter moins de bêtise.

    Les textes de lois évoqués, dans leur contenu, n’apportent rien de nouveau par rapport aux apports précités, ne serait ce que l’amour du prochain déjà enseigné par le Christ.

    Enfin, faire référence à l’obscurantisme en Europe à la même époque finit de démontrer l’inculture historique de l’auteur. À cette époque l’Europe connaissait un âge d’or, nos cathédrales en sont un vivant témoignage de pierre, la philosophie et le droit antique avaient déjà été redécouvert et étaient enseignés dans les universités de toutes l’Europe, à commencer par la Sorbonne. L’empire de Soundiata a fini dans les sables et nous, nous sommes toujours là.

    Cet article illustre à mon sens l’obsession de certains à vouloir trouver du libéralisme partout or ils confondent souvent une morale et une philosophie qui sont proches du libéralisme mais qui en sont plus les racines que le fruit lui même.

    • Nafy-Nathalie Diop
      13 avril 2015 at 11 h 22 min

      Alalalala !!! Quel éclat de rire en lisant votre commentaire ! 😉
      Merci beaucoup ! sourire.

      • Nafy-Nathalie Diop
        13 avril 2015 at 11 h 53 min

        Bon une fois le rire passé, je vais quand même vous répondre :

        1- je n’ai pas parlé d’obscurantisme mais évoqué les Ténèbres par opposition aux Lumières qui ont suivies

        2- il n’y a pas d’incompatibilité entre le fait qu’en occident le courant libéral ait suivi le chemin que vous indiquez et le fait qu’en Afrique ou sur un autre continent, il ait pu en exister un autre, autonome.
        Le fait d’être libéral ou démocrate n’est pas qu’un mot, c’est surtout des idées et les idées défendues et mises en place par Soundiata sont d’inspiration libérales et démocrates.
        Au lieu de vous braquer sur l’idée qu’un Africain ait pu être libéral, regardez plutôt les idées qu’il portait.

        3- les valeurs portées par l’église contrairement à ce que vous indiquez ne sont pas forcément des plus humanistes ou libérales. Je vois dans l’histoire chrétienne, beaucoup de violence, les massacres, l’esclavage, l’Inquisition, la chasse aux sorcières, les excommunications, etc…
        Jn 19, 11 : Jésus, devant Pilate, consacre le droit divin des rois – mort pour la démocratie
        Mt 12,30 : Jésus a dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. » – mort pour la liberté
        Jésus a remplacé la pyramide sociale de son temps par sa propre pyramide : Dieu le Père en tête, puis le Fils et le Saint-Esprit (ce qui justifie le droit divin des rois), ensuite Pierre (pape), les apôtres et leurs douze trônes (les évêques et leur cathedra), ceux qui croient en lui, puis les juifs, les païens, les femmes.
        Le christianisme est très « monarchique ». On a le Royaume de Dieu, le règne de Dieu, Christ-Roi, Marie-Reine, le Prince de ce monde et des trônes partout.
        « que votre règne arrive », etc.
        Les chrétiens considèrent les autres humains des hérétiques ou « sous-hommes ».
        Bon mort pour l’égalité
        – violence : (Mt 11, 12), (Lc 12, 45-48), (Jn 2, 15-21) (Mt 11, 12)
        – peine de mort : (Mt 18, 6), (Mc 9, 42), (Jn 8, 7)
        – torture : (Mt 21, 33)
        – esclavage : (Mt 8, 10), (Mt 20, 27), (Lc 7, 1), (Jn 12, 26)
        – guerre : (Lc 14, 31), (Mt 10, 34), (Lc 12, 51)
        – justification de l’inquisition : (Mt 3, 10), (Mt 18, 17), (Lc 12, 49)
        – dispense de malédictions (Mt 23, 13-33), (Mt 12, 45)
        – profanations (Mt 7, 6)
        – approbation des mutilations (Mt 18, 8-9), (Mc 2, 21)
        – approbation du vol (Lc 16, 6-7).
        Bref !

        3- Regardez sur Google les liens sur les Manuscrits de Tombouctou.
        Je vous mets un lien pour vous faciliter la tâche :
        http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/07/les-manuscrits-sauves-de-tombouctou_1828672_3246.html
        Ca vous donnera une idée de l’absurdité que vous avez écrite.
        Quand à la richesse des royaumes africains, je vous laisse regarder celle du Ghana par exemple.
        C’est très occidental et arrogant de se concentrer sur les témoignages matériels de sa grandeur comme si avoir la plus grande cathédrale était le signe de la puissance la plus grande ou du mérite le plus grand.

        4- En quoi la fin d’un Empire ou son déclin présume-t-il de sa grandeur passée ?
        C’est tellement ridicule comme argument !
        C’est comme expliquer que l’histoire des pharaons (africains par ailleurs) est sans importance/ne compte pas parce que la civilisation n’est plus.

        Bref !

        En tous cas merci beaucoup du sourire.

        • 1) les Lumières c’est surtout de l’autopromotion, la richesse intellectuelle et artistique de l’Europe est indéniable avant le XVIII. les Lumières ont une large part d’obscurantisme et d’intolérance (aller donc lire ce que Voltaire écrivait des Juifs dans son dictionnaire).

          2) Que les principes philosophiques et moraux qui se retrouvent dans le libéralisme aient existé ailleurs et avant le libéralisme est une évidence. Aristote et Saint Thomas d’Aquin ne disent pas le contraire. Par contre votre erreur est de voire du libéralisme avant son apparition. Vous confondez le libéralisme en tant que philosophie à part entière et les principes philosophiques et moraux qui l’inspires, les dit principes pouvant être utilisés par d’autres philosophies que le libéralisme.

          3) Ce paragraphe montre une méconnaissance du Christianisme, de l’histoire de l’Église et de la signification des Évangiles. Bref il n’y a pas de pire aveugle celui qui ne veut pas voir. Si vous voulez vous documenter, allez aux sources ou bien consulter ceci: http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_INDEX.HTM

          4) Je ne nie pas la grandeur et la beautés des productions artistiques extra européennes, je vous reproches d’être aveugle à ce que l’Europe a produit au cours de son histoire.

          5) Encore une fois vous ne m’avez pas compris, ce que je disais c’est que l’empire que vous avez décrit n’est plus, il n’influence plus notre présent. Notre libéralisme n’est pas issu de Soundiata mais de la pensée moderne.

        • PABerryer et Aurélien Biteau ont déjà répondu sur le fond, alors contentons-nous d’examiner les citations bibliques proposées, par simple curiosité. (Traduction Louis Segond)

          Violence

          Mt 11.12: « Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en s’emparent. »
          Parole énigmatique s’il en est – ce n’est en tout cas qu’un constat et non une incitation à la violence.

          Luc 12.45-48:
          « Mais, si ce serviteur dit en lui-même: Mon maître tarde à venir; s’il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les infidèles.
          Le serviteur qui, ayant connu la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas agi selon sa volonté, sera battu d’un grand nombre de coups. Mais celui qui, ne l’ayant pas connue, a fait des choses dignes de châtiment, sera battu de peu de coups. On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié.  »
          Enseignement sur la proportionnalité des récompenses et des châtiments après la mort… Évident, dans le contexte d’un discours sur la fin des temps.

          Jn 2.15-21: Jésus chasse les marchands qui profanent le Temple, avec un bout de corde. S’il est fils de Dieu, il en a bien le droit, il est chez lui. Ça ne justifie pas la violence dans d’autres contextes. Et en effet, en toutes les autres occasions, Jésus repousse l’usage de la violence, jusques et y compris lors de son arrestation.

          Peine de mort

          Mt 18.6/Mc 9.42: « Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. »
          Encore une fois, pas d’injonction, juste une comparaison pour faire comprendre à quel point c’est une faute grave.

          Jn 8.7: « Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. »
          Sérieusement? Sérieusement?! C’est un verset qui prône la peine de mort?!

          Torture

          Mt 21.33: « Écoutez une autre parabole. Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et bâtit une tour; puis il l’afferma à des vignerons, et quitta le pays. »
          Là, j’ai du mal à comprendre.

          Esclavage

          Mt 8.8-10/Lc 7.1-9: Le centenier répondit: Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit; mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Car, moi qui suis soumis à des supérieurs, j’ai des soldats sous mes ordres; et je dis à l’un: Va! et il va; à l’autre: Viens! et il vient; et à mon serviteur: Fais cela! et il le fait. Après l’avoir entendu, Jésus fut dans l’étonnement, et il dit à ceux qui le suivaient: Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi.
          Jésus s’émerveille que le centurion ait assez de foi pour lui demander de guérir à distance. Il se trouve que le centurion a un esclave, eh oui, nous sommes en Judée au 1er siècle. Et?

          Mt 20.26-27: « Il n’en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. »
          Ah oui, on sent bien l’esclavagisme dans ce verset…

          Jn 12.26: « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera. »
          No comment…

          Guerre

          Lc 14.31-33: « Ou quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec dix mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l’attaquer avec vingt mille? S’il ne le peut, tandis que cet autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple.  »
          Comparaison pour faire comprendre à ceux qui veulent être disciples à temps plein qu’ils doivent bien réfléchir avant de s’engager précipitamment.

          Mt 10.34-36/Lc 12.51: « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. »
          Simple constat que l’ère de la paix universelle n’est pas encore pour aujourd’hui, et que les disciples seront persécutés… (version de Luc: « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. »)

          Justification de l’inquisition

          Mt 3.10-12: « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise d’eau, pour vous amener à la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point. »
          Le feu désigne les châtiments après la mort. C’est le Christ qui l’allume.

          Mt 18.15-17: « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Église; et s’il refuse aussi d’écouter l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain. »
          Réglement des conflits parmi les chrétiens: d’abord seul à seul, puis avec quelques témoins, puis devant la communauté entière. Le châtiment: être exclu de l’Église. Ouh, c’est terrifiant.

          Lc 12.49: « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et qu’ai-je à désirer, s’il est déjà allumé? »
          Comparaison entre l’évangile et un incendie qui se propage. Vous êtes en train de dire que Jésus parle de brûler littéralement toute la population du globe sur un bûcher?

          Dispense de malédictions

          Mt 23.13-33: Trop long à citer. Long discours d’invectives contre les « scribes et pharisiens hypocrites », un très beau passage. « Malheur à vous » est un constat et un avertissement, pas une malédiction.

          Mt 12.45: « Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. »
          Malédiction?

          Profanations

          Mt 7.6: « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. »
          Où ça, une incitation à la profanation?

          Approbation des mutilations

          Mt 18.8-9: « Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi; mieux vaut pour toi entrer dans la vie boiteux ou manchot, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. » idem avec l’œil
          Bon, c’est une imagerie un peu violente, et qui n’est pas faite pour être appliquée littéralement (se couper les mains n’empêche pas de pécher quand même en pensée, et comme tout le monde pèche, tout le monde devrait se couper la tête). Mais en tout état de cause, si mutilation il y avait, elle serait auto-infligée.

          Mc 2.21: « Personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieil habit; autrement, la pièce de drap neuf emporterait une partie du vieux, et la déchirure serait pire. »
          Simple comparaison pour faire comprendre que l’esprit nouveau de l’évangile est incompatible avec certaines vieilles pratiques. Où voyez-vous de la mutilation?

          Approbation du vol

          Lc 16.1-9: Si vous ne comprenez pas l’humour subtil dans cette parabole, je n’y peux rien. Et la conclusion, c’est que les « enfants de ce siècle » sont malheureusement souvent plus intelligents que les « enfants de lumière » en ce qui concerne la défense de leurs intérêts. Le message: Utilisez les biens de ce monde pour vous faire des amis dans les cieux, qui vous recevront après votre mort — comme l’intendant malhonnête a utilisé les richesses de son maître pour se faire des amis qui l’embaucheraient après son licenciement pour malversations. Ça ne veut pas dire que l’intendant malhonnête avait raison d’être malhonnête.

          Au lieu d’aller chercher des passages plus ou moins ambigus, souvent pris au milieu d’une parabole, pourquoi ne donnez-vous pas des enseignements clairs, explicites, univoques? Comme:
          « Tu ne tueras point; tu ne commettras point d’adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; honore ton père et ta mère; et: tu aimeras ton prochain comme toi-même. » « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. »

          Mauvaise foi?

    • Tout à fait d’accord avec PABerryer. Le libéralisme au XIIIe siècle, ou l’Europe du XIIIe siècle « dans les Ténèbres », c’est de la bêtise pure et dure. De même, la lecture particulièrement idéaliste de ces deux chartes proposée ici est une très libre interprétation de ces lois : on y recherche les reflets du présent plutôt que leur véritable intelligence. J’avais proposé un article sur ce site sur cette très mauvaise tendance : https://www.contrepoints.org/2014/04/21/163619-lideologie-liberale-et-lideologie-moderne

      Vous pouvez rire Nafy-Nathalie, mais c’est une vraie erreur. L’invitation à faire un peu d’histoire des idées et de la philosophies est une bonne et honnête invitation.

      • Nafy-Nathalie Diop
        13 avril 2015 at 11 h 59 min

        J’ai répondu plus haut !
        Ceci dit, je suis curieuse de savoir comment vous vous interpréteriez les deux chartres puisque je les interprète mal.
        Vous dites que j’ai tord mais vous ne donnez aucun argument à l’appui.
        Vous trouvez que le serment des chasseurs n’est pas une invitation à la liberté ?
        Et que la chartre de 1236 qui a régit le Royaume n’est pas d’inspiration libérale ou démocrate ?
        En quels points ?

        • Et votre réponse tombe à côté de la plaque.

          Que les Lumières se soient donnés ce nom orgueilleux et ridicule ne signifie absolument pas que la civilisation et la philosophie médiévale étaient ténèbres, et en particulier le XIIIe siècle qui fut effectivement un âge d’or de l’Europe. Si vous daignez vous intéresser, par exemple, aux théologiens de l’Université de Paris et en particulier à Saint Thomas d’Aquin, vous reviendriez vite sur cette ridicule légende du Moyen Âge ténébreux si chérie des Modernes. Voir, par exemple, cet excellent ouvrage : http://www.amazon.fr/Philosophie-au-Moyen-%C3%82ge/dp/2228880175/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1428919678&sr=1-1&keywords=philosophie+au+moyen+age+gilson

          Votre interprétation du christianisme est absolument ridicule et ignorante de la foi chrétienne, et elle semble ne pas considérer le caractère surnaturel de la religion, d’où votre vision très bas de terre et naturaliste (reprocher à Dieu d’être roi…c’est drôle…). Ce n’est pas ici le lieu pour répondre à ce fatras de bêtises si banal. Il y a des livres d’apologétique pour ça.

          Vous semblez croire que notre objection est motivée par le refus de voir en l’Afrique une capacité de pensée originale. Pas de bol, j’ai sur ce site même fait une recension d’un ouvrage du libéral Ayittey ( https://www.contrepoints.org/2012/02/01/67165-defaire-les-tyrans ) qui expose une interprétation libérale des traditions africaines (qui me semble aujourd’hui très idéaliste elle aussi). Le sens de notre objection repose sur l’impossibilité pure et dure d’un libéralisme pré-moderne comme nous l’enseigne l’histoire de la pensée, parce que l’individualisme et l’évincement de la métaphysique nécessaires à l’apparition du libéralisme n’ont pas eu lieu avant les la fin du Moyen-Âge. Vous prenez les similitudes pour des identités, et au lieu de vous dire que c’est le libéralisme qui a pu puiser et réinterpréter les textes du XIIIe siècle, vous faites l’erreur de poser ces textes comme libéraux. Vous n’imaginez même pas possible qu’il y ait pu y avoir d’autres idées de la liberté et de la dignité de l’homme que celles du libéralisme. Rassurez-vous, sur ce site, c’est une tendance fréquente : certains veulent voir en Aristote, Saint Thomas ou même Jésus Christ des libéraux, ce qui est ridicule.

          Mais en l’occurrence, aucune de vos chartes ne sont des déclarations de droits de l’individu. Aucune ne parle d’ailleurs de droit. C’est seulement vous qui avez fait cette audacieuse mais trompeuse interprétation.

          • Nafy-Nathalie Diop
            13 avril 2015 at 17 h 35 min

            Ah … on ne peut plus faire de jeux de mot non plus alors … 😉 Pourtant moi je trouvais sympathique l’association ténèbres pour parler de la période avant celle des lumières.

            Merci pour la référence. Je vais me commander le livre. Je suis sûre qu’il me passionnera.

            A la réflexion, je pense que je devrais faire comme vous … écrire et expliquer ensuite que j’ai raison puisque je l’avais déjà écrit en donnant le lien qui le prouve. C’est super pratique dans le fond pour argumenter.
            PS : ne vous emportez pas, c’est une boutade, une galéjade, une plaisanterie quoi …. bref !

            Bien sûr qu’il y a d’autres possibilités de liberté que dans le libéralisme.
            Simplement, pour moi Soundiata était d’inspiration libérale et démocrate. Je l’ai défendu comme j’ai pu.
            Vous êtes libre de ne pas adhérer à ce que j’ai écrit. Ce n’est pas un problème.
            Je voulais présenter mon idée pas vous convaincre à tous prix.

            Pour le reste, je suis d’accord avec le fait que la première chartre est plus l’expression d’une volonté philosophique. Je l’ai écrit d’ailleurs en la présentant.
            Mais la deuxième parle de droit concrètement puisqu’elle régissait le royaume. Elle est à mi chemin entre un code civil et une constitution comme je l’ai dit. Je ne vois pas ce qui vous amène à expliquer que des règles qui régissent le fonctionnement d’un territoire et qui sont appliquées, qui règlement la propriété, la famille, la justice, le fonctionnement législatif, … ne sont pas ce que l’on appelle communément des règles de droit.
            Mais peut-être pouvez-vous m’expliquer ce que vous entendez par « droit » ?
            Si cela se trouve nous ne parlons pas de la même chose.

  • y a t-il des textes écrits qui permettent de voir aussi clair dans l’histoire assez lointaine de cette partie du monde , ou tout cela provient de sources orales ?

    • Nafy-Nathalie Diop
      13 avril 2015 at 16 h 31 min

      Il y a des textes.
      L’Afrique commerçait beaucoup et les arabes, les visiteurs, ont raconté.
      Puis il y avait des bibliothèques. Je vous laisse regarder les manuscrits de Tombouctou.

      • Nafy-Nathalie Diop
        13 avril 2015 at 17 h 07 min

        Par contre ce qui est intéressant de savoir c’est qu’en Afrique noire, l’écriture existait et quand l’islam a pris du terrain, elle a amené l’écriture arabe.
        L’écriture ne s’est jamais limitée qu’à l’Egypte ou l’Ethiopie.
        Le problème de l’Afrique est la conservation des supports (pierres, calebasses, …) par contre, vu qu’il y avait les griots, l’écriture n’avait pas la même importance pour la transmission de l’histoire que chez nous.
        La plus part du temps l’écriture était transmise au moment de l’initiation afin de permettre aux hommes d’apprendre leurs histoires, proverbes, chants, remèdes, sciences, comptabilité, …

        Il faudrait lire les ouvrages de Théophile Obenga, Ibrahima Baba Kaké, Louis Maes Diop, Pathé Diagne ou Cheikh Anta Diop sur le sujet pour en savoir plus.

        En vrac, une liste d’écritures africaines :
        Le Mende, Toma, Djuka, Vaï, Fula, wolof, Loma, Manding, Giscandi, etc …
        L’écriture Nsibidi du Nigéria remonterait à la haute antiquité.

        Je voudrais vous en dire plus mais mes connaissances se limitent à cela.
        Il faudra que je fouille plus un jour.

  • Nafy,

    il est fort amusant que vous riez des commentaires. Il est risible que vous reprochiez aux autres ce que l´on pourrait vous reprocher.
    relisez votre commentaire de réonse a PAB et vous comprendrez.

    réduire l´histoire du christianisme a Jesus, c´est un peu limite.
    Entre les catholiques et les orthodoxes c´est déjÀ une autre approche… les catholiques font justement appel aux « docteurs » pour comme Aquinus donc bon 😉

    ensuite….si on regarde l´histoire de l´Afrique elle n´est pas moins sanglante que celle de l´europe et elle se fait aussi sur fonds de religions et de conflits politiques instrumentalisants la/les religions.

    Néanmoins, l´article est super car on apprend énormément sur l´Empire du Mali et sur l´Afrique qui a une histoire qui mériterait d´être plus couverte ! donc merci nafy =)

    • Nafy-Nathalie Diop
      13 avril 2015 at 17 h 53 min

      Oui ce n’est pas faux pour mes taquineries.
      Mais ce sont des boutades, des taquineries justement, plus que des vrais méchancetés.
      Cela m’amuse beaucoup ! 😉

      Plus sérieusement, je n’ai pas fait un concours de « sanglanterie » entre l’Afrique et l’occident.
      Juste j’ai voulu indiquer, maladroitement peut-être, que contrairement à ce qui est souvent expliqué :
      – les africains n’ont pas attendu les européens pour se civiliser
      – l’apanage des massacres et autres délicatesses n’est pas que l’apanage des autres à qui l’on donne des leçons parce que nous serions « si éclairés ». Il se retrouve aussi dans notre histoire à tous les niveaux.

      Cela a été un plaisir !

  • Je trouve tout à fait maladroit cette présentation de tel ou tel (ici, un empereur africain) comme « premier » d’une pensée (ici, le libéralisme).
    Pourquoi cette obsession de l’origine ? qu’est e que ça apporte à ce héros légendaire, et qu’est-ce que ça apporte au libéralisme ?
    Sur le fond, il est assez clair que la magna carta a été arraché à Jean Sans Terre, ce que ne fait pas de lui un libéral mais juste un roi faible, et qu’il en est de même pour votre héros africain. Exilé, il n’avait de ressources militaires que celles qu’il avait fédéré (par son talent) autour d’une lutte contre un ennemi commun : l’ennemi vaincu, l’union disparaissait. Musulman au milieu des animistes, il a la sagesse de se contenter d’un pouvoir souple. Ça n’est fait pas un libéral, juste un pragmatique.

    • Nafy-Nathalie Diop
      13 avril 2015 at 17 h 47 min

      Ah, c’est curieux, moi je vois bien ce que cela apporte à l’Afrique de se voir reconnaître, avant l’arrivée des occidentaux, des régimes démocratiques ou libéraux. 😉
      Cela apporte aussi beaucoup au libéralisme, lui donnant une belle universalité et une légitimité renforcée à son idéologie (pardon si le mot est mal choisi).
      En effet, c’est quand même magnifique que l’Afrique ait pu sans influence, toute seule dans son coin à priori, produire des hommes qui défendaient les mêmes valeurs que celles qui sont défendues par les libéraux occidentaux.

      Ou bien sûr pour Jean Sans Terre !
      Mais on ne parle pas d’un roi faiblard à qui l’on a imposé la magna carta.
      On parle d’un roi victorieux qui au fait de sa puissance a pris l’initiative tout seul comme un grand de construire un royaume libéral et démocrate.
      Je vois bien la différence. Pas vous ?

      • oui, enfin, démocratique ou libéraux, il faut le dire vite quand même : on parle d’un royaume esclavagiste, hein…

        Et, SI, je crois bien qu’on parle d’un ROI (pas d’un libéral !) qui n’avait pas d’autre choix que de donner des gages à ses soutiens, notamment les sociétés de chasseurs, pour les raisons que j’ai donné plus haut (musulman au milieu des animistes, chef d’une coalition alors qu’en tant qu’exilé il n’a quasiment aucune force propre …), coalition qui n’a plus qu’à se débander une fois son but atteint. Je ne sais pas si ça fait de lui un « faiblard » (savoir lâcher du mou pour affermir son pouvoir fait parti des compétences requises du dirigeant), mais ça n’en fait pas un « libéral ». Un libéral « au fait (sic) de sa puissance » n’aurait certainement pas organisé une monarchie, même constitutionnelle : ce ne sont pas les systèmes politiques alternatifs plus libéraux (et historiquement à sa portée) qui manquent (assemblée, « table ronde », système de loi « draconien » avec magistrats élus, etc.)

        La principal différence avec Jean Sans Terre, c’est que Jean voit son pouvoir baisser par rapport à son prédécesseur, alors que Soundiata est un fondateur parti de quasiment rien, ce qui change tout à la perception qu’on a d’eux, mais ne change rien au niveau d’autorité dont ils pouvaient disposer … ou pas. Pour le reste, l’un comme l’autre reste des rois.

        Dire ça n’ôte rien aux qualités qu’on peut saluer de la proclamation en question, et l’estime qu’on peut porter aux auteurs et à ceux qui l’ont fait proclamer. Au pluriel. Et non au singulier.

        • Nafy-Nathalie Diop
          13 avril 2015 at 19 h 10 min

          Ah il faut vous rappeler la position des libéraux sur l’esclavagisme et son évolution ? Les esclaves étaient du temps de Soundiata les peuples contre qui ils avaient bataillé.
          Maintenant, imposer le bon traitement des esclaves, leur permettre le droit de propriété, le droit de participer à la vie publique et politique … C’est quand même créer un droit propre à l’esclave et l’humaniser. Il n’est pas ce fameux bétail dépourvu d’âme qui était la conception occidentale pendant très longtemps. Le mot est le même mais le statut est différent.
          Il n’en reste pas moins que c’est une des raisons qui ont fait que j’ai écrit « quasi parfait » ou un truc de ce genre pour le qualifier ce libéralisme.

          Pour la notion de roi, je vous laisse reprendre ce que j’ai écrit.
          On dit « roi » mais cela n’implique pas qu’il se comporte comme un roi au sens européen …
          Et si vous aviez lu mon texte, vous auriez vu que Soundiata était fils de roi. Il a reconquit ou plutôt délivré son royaume de même que les royaumes qui se sont associés à lui du terrible roi du Sosso.
          Il a été désigné roi. Cette légitimité lui est venue des peuples qui composaient son royaume, pas par héritage même s’il était à la base fils de roi.
          Il n’a pas poursuivi le mode de gouvernance de ses ancêtres.
          Il a institué la démocratie dans les décisions, il a rendu compte-rendu au peuple, sa succession a été laissée libre … Il ne porte de roi que le nom, non ? Mais bien essayé ! 😉

          • « Il a été désigné roi. Cette légitimité lui est venue des peuples qui composaient son royaume »
            NON.
            Il a été désigné roi par les guerriers qu’il a mené à la victoire, et par leurs chefs (en Europe on dirait « barons »), ce qui est l’une des deux ou trois façons d’arriver au sommet. Très banal. Les guerriers ne sont pas les peuples. Et comme à chaque fois que ce genre d’événement se produit, il a fallu qu’il donne des gages. dont cette charte, mais on peut parier qu’il y a eu d’autres (privilèges fiscaux, arbitrages favorables dans des vieux litiges, etc.) .

            « Il n’a pas poursuivi le mode de gouvernance de ses ancêtres. etc.  » Que ça soit sa volonté ou pas, il n’avait de toute façon pas la possibilité politique de faire autrement, par conséquent le porter à son crédit est absurde

            • Nafy-Nathalie Diop
              14 avril 2015 at 12 h 06 min

              Dix mille cavaliers et cent mille fantassins d’après les griots … ce n’est pas une petite armée.
              Je n’ai trouvé nulle par de confirmation de ce chiffre ni d’indication sur le nombre d’habitants que comportait ce royaume. Il faudra que je recherche mieux un jour si j’ai du temps. Mais à défaut, rien n’indique de penser que l’armée était énorme.
              Elle a été levée parmi toutes les ethnies et parmi les gens du « peuple » même si la notion occidentale du peuple ne correspond pas forcément à la réalité africaine de l’époque.
              Vous oubliez en effet que l’Afrique traditionnelle ne fonctionne pas comme l’Europe.
              La société est organisée différemment, de manière communautaire.
              Les décisions ne sont pas prises par le haut pour s’imposer au reste de la société.
              Elles résultent d’un consensus (rôle de la palabre).
              C’est le peuple par l’intermédiaire de ses représentants qui l’a élu de mon point de vue.

              Quand à son choix politique, il aurait pu essayer d’imposer autre chose en ne tenant pas compte des réalités et de la philosophie de la confrérie des chasseurs.
              Il ne l’a pas fait parce qu’il était intelligent, sage et éclairé.
              Mais finalement tous les chefs ont ce choix de la raison ou de la déraison et peu font d’ailleurs le bon choix arrivé au pouvoir.
              Alors lui porter crédit d’avoir fait le bon ne devrait pas être source de problème de mon point de vue.
              Pourquoi cela vous dérange-t-il ?

  • Mortecouilles ! Ce que vous pouvez être mesquins et susceptibles des fois !

    Ce Roi des Rois a une bonne tête et sa charte en 7 point (en SEPT points, vous vous rendez compte ?) est remarquable. Mais ce qui me troue le cul, pardonnez moi l’expression, c’est d’avoir atteint un âge très adulte, d’avoir beaucoup lu, moins qu’Aurélien Biteau mais plus que la moyenne, et d’ignorer tout, mais alors absolument tout, du roi Soundiata, de son Empire, de ses prédécesseurs, de ses successeurs et en fait de tout ce qui touche de près ou de loin à l’Histoire du continent noir. Grave lacune dans mon éducation.

  • Enfin un article serieux concernant l’Afrique. Je savais que Contrepoints pouvait le faire!

  • Il n’y a qu’un problème, mais de taille : cette charte n’a aucune existence historique, comme le montre bien l’article suivant qui déconstruit le processus de fabrication de cette pseudo constitution médiévale :

    http://revue-ultramarines.fr/wp-content/uploads/2015/03/Le-griot-l’historien-le-chasseur-et-l’Unesco-par-Francis-Simonis_Revue-Ultramarines-n°28-2015.pdf

    • Nafy-Nathalie Diop
      30 avril 2015 at 19 h 37 min

      Donc ça y est ? Vous republiez ?

      Qu’une revue comme la votre conteste l’existence de cette charte ne m’étonne pas. 😉
      Je n’ai pas réussi à lire l’article ni sur votre lien ni en allant sur votre site.
      J’essaierai à nouveau d’y accéder plus tard.

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