Lutte des classes, mais lesquelles ?

imgscan contrepoints 2013-2017 lutte des classes

Les termes du débat tels qu’ils sont posés aujourd’hui ne reflètent pas les réelles oppositions d’idées et d’intérêts, et les antagonismes prennent vie sous la contrainte. Changer de perspective, c’est changer le monde.

Les grèves se multiplient dans un pays déjà tendu. Les contrôleurs aériens et les salariés de Radio France se battent pour conserver leurs avantages colossaux, et les pieds nickelés syndicalisés se sont fendus d’une grève et d’une manifestation pour « lutter contre l’austérité » et « se faire entendre du gouvernement ».

Les privilégiés dénoncent la casse du service public. Les syndicats dénoncent un gouvernement au service des patrons. Plusieurs partis et personnalités politiques demandent un changement de cap. Tous tentent de poser le débat selon leurs termes : patrons contre salariés, austérité contre croissance.

Les termes du débat sont loin d’être anodins : ils définissent les camps et conditionnent la réflexion. Et les termes actuels du débat reflètent de plus en plus mal les réelles divisions de la société française : sur cette mauvaise carte de France, où se positionnent aujourd’hui la Manif pour Tous et les artisans et entrepreneurs en lutte contre le RSI ?

Les réelles oppositions d’aujourd’hui, ce sont les conservateurs contre les progressistes, les contribuables contre les privilégiés, les individualistes contre les collectivistes. Mais plus encore que ces camps qui s’opposent, ce qui compte, c’est la frontière entre eux, l’élément qui les divise. Cet élément, c’est l’État.

Les oppositions théoriques et le débat d’idées divisent les Français parce qu’ils s’imposent à eux. Si les conservateurs s’opposent aux progressistes, c’est parce que les deux camps ont accepté l’idée que certains comportements doivent être autorisés et d’autres, interdits. Si les contribuables s’opposent aux privilégiés, c’est parce que les uns sont contraints de financer les autres. Si les individualistes s’opposent aux collectivistes, c’est parce que la volonté individuelle est aujourd’hui subordonnée à un prétendu intérêt collectif.

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Les termes fallacieux selon lesquels le débat est actuellement posé occultent les réelles oppositions, mais rien n’empêche d’en changer. De poser le débat selon des termes plus justes : il existe une réelle opposition entre ceux qui subissent la coercition étatique et ceux qui en bénéficient, entre ceux qui tirent leurs revenus et leur patrimoine d’une production que les autres achètent volontairement à un prix qu’ils estiment juste et ceux qui tirent leurs revenus de l’État, de ses règlementations, de ses monopoles et de ses subsides.

Un individu peut se trouver tantôt dans l’une ou l’autre catégorie, sans en avoir le choix ; ou se trouver uniquement dans l’une ou l’autre catégorie. Il serait dans tous les cas plus juste que la contrainte étatique disparaisse pour laisser la place à l’échange volontaire, qu’il ne soit plus possible à quiconque d’utiliser la contrainte étatique à son propre profit. Toute autre vision de la justice sociale repose sur l’idée que les uns doivent jouir des fruits du travail des autres.

Il serait d’autant plus juste de mettre fin à la contrainte étatique que, dans un système débarrassé de la contrainte, rien n’empêche ensuite les individus de se montrer charitables les uns envers les autres, d’accorder à certains des privilèges s’ils le souhaitent, d’instaurer des mécanismes de protection sociale.

Si les grévistes défendent leurs privilèges avec tant d’ardeur, c’est parce qu’ils savent que leurs privilèges sont indus et que jamais, dans une société libre, de telles inégalités ne subsisteraient. Ce qu’ils oublient de mentionner, c’est que leurs avantages coûtent à tous les autres ; sans eux, les citoyens seraient de nouveau égaux. Et l’égalisation ne se ferait pas par le bas, loin de là.

Car outre leur coût direct, les privilèges (en espèces ou en droits) ont de nombreuses conséquences néfastes sur la société et l’économie. Quand la charité est contrainte et passe par un intermédiaire, le lien social disparaît. Quand leur générosité est collectée, les citoyens sont déconnectés les uns des autres. L’objectif des hommes politiques n’est pas d’assurer la solidarité entre les citoyens, mais d’être ceux qui décident à qui elle coûte et à qui elle bénéficie ; ils luttent pour le pouvoir, pas pour les résultats.

La seule lutte qui ait du sens, ce n’est pas la lutte pour le pouvoir. Tant que les groupes aux points de vue et intérêts divergents chercheront (ou auront) à imposer leurs vues aux autres, nous ne vivrons pas dans une société harmonieuse et apaisée et les inégalités subsisteront. Seule une société volontaire permet de concilier les intérêts de tous en offrant un terrain propice à leur expression.

Dans une société libre, les communistes peuvent entre eux créer leur petit paradis ; dans une société communiste, c’est hors de portée des libéraux. Ce seul argument suffit à trancher définitivement le débat sur le meilleur système politique : le meilleur système est celui qui permet l’existence de tous les autres sans recours à la contrainte.