Lutte des classes, mais lesquelles ?

Les termes du débat tels qu’ils sont posés aujourd’hui ne reflètent pas les réelles oppositions d’idées et d’intérêts, et les antagonismes prennent vie sous la contrainte. Changer de perspective, c’est changer le monde.

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Lutte des classes, mais lesquelles ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 avril 2015
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Les grèves se multiplient dans un pays déjà tendu. Les contrôleurs aériens et les salariés de Radio France se battent pour conserver leurs avantages colossaux, et les pieds nickelés syndicalisés se sont fendus d’une grève et d’une manifestation pour « lutter contre l’austérité » et « se faire entendre du gouvernement ».

Les privilégiés dénoncent la casse du service public. Les syndicats dénoncent un gouvernement au service des patrons. Plusieurs partis et personnalités politiques demandent un changement de cap. Tous tentent de poser le débat selon leurs termes : patrons contre salariés, austérité contre croissance.

Les termes du débat sont loin d’être anodins : ils définissent les camps et conditionnent la réflexion. Et les termes actuels du débat reflètent de plus en plus mal les réelles divisions de la société française : sur cette mauvaise carte de France, où se positionnent aujourd’hui la Manif pour Tous et les artisans et entrepreneurs en lutte contre le RSI ?

Les réelles oppositions d’aujourd’hui, ce sont les conservateurs contre les progressistes, les contribuables contre les privilégiés, les individualistes contre les collectivistes. Mais plus encore que ces camps qui s’opposent, ce qui compte, c’est la frontière entre eux, l’élément qui les divise. Cet élément, c’est l’État.

Les oppositions théoriques et le débat d’idées divisent les Français parce qu’ils s’imposent à eux. Si les conservateurs s’opposent aux progressistes, c’est parce que les deux camps ont accepté l’idée que certains comportements doivent être autorisés et d’autres, interdits. Si les contribuables s’opposent aux privilégiés, c’est parce que les uns sont contraints de financer les autres. Si les individualistes s’opposent aux collectivistes, c’est parce que la volonté individuelle est aujourd’hui subordonnée à un prétendu intérêt collectif.

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Les termes fallacieux selon lesquels le débat est actuellement posé occultent les réelles oppositions, mais rien n’empêche d’en changer. De poser le débat selon des termes plus justes : il existe une réelle opposition entre ceux qui subissent la coercition étatique et ceux qui en bénéficient, entre ceux qui tirent leurs revenus et leur patrimoine d’une production que les autres achètent volontairement à un prix qu’ils estiment juste et ceux qui tirent leurs revenus de l’État, de ses règlementations, de ses monopoles et de ses subsides.

Un individu peut se trouver tantôt dans l’une ou l’autre catégorie, sans en avoir le choix ; ou se trouver uniquement dans l’une ou l’autre catégorie. Il serait dans tous les cas plus juste que la contrainte étatique disparaisse pour laisser la place à l’échange volontaire, qu’il ne soit plus possible à quiconque d’utiliser la contrainte étatique à son propre profit. Toute autre vision de la justice sociale repose sur l’idée que les uns doivent jouir des fruits du travail des autres.

Il serait d’autant plus juste de mettre fin à la contrainte étatique que, dans un système débarrassé de la contrainte, rien n’empêche ensuite les individus de se montrer charitables les uns envers les autres, d’accorder à certains des privilèges s’ils le souhaitent, d’instaurer des mécanismes de protection sociale.

Si les grévistes défendent leurs privilèges avec tant d’ardeur, c’est parce qu’ils savent que leurs privilèges sont indus et que jamais, dans une société libre, de telles inégalités ne subsisteraient. Ce qu’ils oublient de mentionner, c’est que leurs avantages coûtent à tous les autres ; sans eux, les citoyens seraient de nouveau égaux. Et l’égalisation ne se ferait pas par le bas, loin de là.

Car outre leur coût direct, les privilèges (en espèces ou en droits) ont de nombreuses conséquences néfastes sur la société et l’économie. Quand la charité est contrainte et passe par un intermédiaire, le lien social disparaît. Quand leur générosité est collectée, les citoyens sont déconnectés les uns des autres. L’objectif des hommes politiques n’est pas d’assurer la solidarité entre les citoyens, mais d’être ceux qui décident à qui elle coûte et à qui elle bénéficie ; ils luttent pour le pouvoir, pas pour les résultats.

La seule lutte qui ait du sens, ce n’est pas la lutte pour le pouvoir. Tant que les groupes aux points de vue et intérêts divergents chercheront (ou auront) à imposer leurs vues aux autres, nous ne vivrons pas dans une société harmonieuse et apaisée et les inégalités subsisteront. Seule une société volontaire permet de concilier les intérêts de tous en offrant un terrain propice à leur expression.

Dans une société libre, les communistes peuvent entre eux créer leur petit paradis ; dans une société communiste, c’est hors de portée des libéraux. Ce seul argument suffit à trancher définitivement le débat sur le meilleur système politique : le meilleur système est celui qui permet l’existence de tous les autres sans recours à la contrainte.

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  • Passage au combien pertinent sur les termes du débat qui nous sont imposés.

    Quand vous êtes libéral, il est quasiment impossible de dialoguer avec quelqu’un qui vous submerge de mots ultra-connotés (patronat, acquis sociaux, affrontement dominants/dominés). Si vous n’arrivez pas à vous extraire du cadre défini par ces notions d’inspirations communiste, vous perdez le débat.

    Malheureusement elles sont considérés comme évidentes pour trop de français avec qui il faut tout reprendre à zéro.

    • Très juste, l’opposition est dans les mots utilisés (par presque tous, hélas) avant même d’être dans les propos eux-même.
      C’est pourquoi il faudrait toujours reformuler les questions qui nous sont posés avec nos propres termes avant d’y répondre.

    • Ah oui, « il faut tout reprendre à zéro » et commencer par écrire « trop de Français » avec la majuscule requise, apprendre que le féminin pluriel exige de ne pas omettre le e de considérées et, last but not least, se relire car si « au combien » n’est pas suivi de -tième étage? par exemple, il n’a aucun sens.
      Je vous propose Oh! combien? Haut, combien? Eaux, combien? ou encore Ô combien!

    • C’est bien vu, aussi: il faudrait donc faire des choses qui ont de l’envergure: des chantiers qui puissent clarifier toutes ces complications.

      Définir le rôle de chaque étage du mille-feuille: savoir qui fait quoi, qui subsidie quoi et qui paie quoi!

      Réécrire ce code du travail de 2 kgs.

      Avoir une législation fiscale claire plutôt que ces additions de taxes diverses, avec un principe simple: on n’impose ni l’épargne ni le capital mais seulement le revenu: donc, seulement quand l’argent change de main.

      Qui peut profiter des aides à l’entreprise (à l’embauche, à la formation …), grande ou petite: réponse: seules les grandes peuvent s’offrir un « spécialiste » capable de tout étudier pour en profiter au maximum; un petit patron n’a pas le temps de décoder tous ces textes pour savoir ce qui est prévu, dans son cas.

      Quand un gouvernement « cabote » pour suivre les problèmes, au jour le jour et à courte vue, il met des rustines à chaque « trou » budgétaire »: au point de légiférer après chaque fait divers, sans plus aucune vision à moyen terme, ce qui complique incroyablement la législation,puis l’administration, puis les tribunaux sur les effets pervers!

      Je me suis souvent dit qu’il faudrait un secrétariat d’état « à la simplification administrative, à l’abrogation des lois désuètes et à l’informatisation des services »!

      « Nul n’est sensé ignorer la loi » mais comme personne le la connait toute, nous sommes tous susceptibles de nous faire piéger par un fonctionnaire au guichet ou par une lettre recommandé!

      Ça ne va pas!

  • La seule réforme qui s’impose pour sauver notre pays c’est la suppression du statut public et des régimes spéciaux. Mais qui va le faire au pays du culte du clientélisme politique et du parasitisme social ? Qui va libérer le Peuple dans notre pays affidé à l’oligarchie ?

    • j’ai bien peur que seule la faillite de l’état puisse libérer le peuple.
      le problème c’est que l’état essaiera de survivre le plus longtemps et il ruinera toute l’économie avant de mourir lui-même

  • Le chien qui coure après sa queue
    Augmentations du toujours plus. Personne ne veut régler le problème par la stabilité
    Changeons de système allons vers la stabilité
    Pour régler la société, Il serait préférable de constituer une stabilité, que le toujours plus des syndicats, des patrons, et spéculateurs Nous savons très bien que toutes augmentations entrainent automatiquement le système de tout augmenter pour faire face. (C’est le chien qui coure après sa queue) pour aller dans le mur Les syndicats, les patrons, les spéculateurs tous sur les même chemins.

    • Les patrons et les spéculateurs ? Vous vivez dans un monde caricatural ! Pourquoi pas les chauves et les cantoniers ?

  • – Pierrot, l est temps de partir ! Tu dois rendre les jouets que t’a prêté ton petit camarade et rentrer à la maison faire tes devoirs.

    – NAN ! (Mère, je m’insurge contre cette oppression du pouvoir capitaliste et patronal visant à brider le développement de ma créativité pour me maintenir dans la soumission).

  • Enfin quand même, les élites bourgeoises à la tête de l’état se montrent généreux avec leurs camarades de classe : ce n’est pas les fonctionnaires qui bénéficient des marchés publiques pour les grands travaux mais bien les Vinci et consorts , non ?

    Il me semble que votre découpage de classe est un peu trop orthodoxe, en tout cas parcellaire !

    • « ceux qui tirent leurs revenus de l’État, de ses règlementations, de ses monopoles et de ses subsides »

      • @ baptiste

        La continuité du service public lorsque les dits « fonctionnaires » sont absents doit être assuré par des véritables fonctionnaire payés comme les autres. Se tapent les nuits, les weeks rends, les congés annuels et les congés maladie sans être reconnus. Il faut partager.
        Les petits « machins » sont des variables d’ajustement. Les hautes sphères bureaucratiques sont heureux de faire travailler les petits esclaves « du public »
        Ces hautes sphères sont tellement bien payées qu’ils ne peuvent même plus baisser la tête pour regarder ceux d’en bas. C’est une honte…..

        • En fait, en France, ceux qu’on appelait avant, les « grands commis de l’état », sont, maintenant, en fait, les camarades d’école (« Normale, Sciences-Po, ENA, polytechnique, mines, inspecteur des finances, Saint-Cyr »), des personnes classiquement au pouvoir. C’est bien eux qu’on retrouve à la tête des services d’état et des grandes administrations ou des entreprises publiques).

          Oligarchie ou même nouvelle aristocratie (je n’ai pas dit « Noblesse »!) puisque, chemin faisant, ça se transmet d’une génération à la suivante!

      • les agriculteurs bonnets rouges aussi alors ?

        • oui les petits paysans qui vendent leurs choux fleurs de Bretagne 0,50 centimes et sont revendus aux pauvres consommateurs : 1,50.

          • j’oubliais de dire que le petit paysan payait autant de charges que d’impôts pour son choux fleurs de Bretagne.
            Et oui disait le Ministre, il faut que tu travailles plus sinon tu es foutu. !!!

        • Les bonnets rouges sont socialistes : ils dénoncent les impôts qu on exige d eux mais ne crachent pas sur les subventions à leur activité.

    • En quoi les profiteurs à la tête l’Etat seraient des « élites bourgeoises » ? Ce sont de médiocres fonctionnaires beaucoup trop bien payés, souvent issus d’une école de bas niveau intellectuel, mais de haut niveau de copinage, l’ENA.

  • Le probeme est que tous ces crypto marxistes soient mis a jour les obligeant a durcir leur positiona

  • Bon ok,j’ai déja souvent lu ce genre de prose et suis a 100% d’accord,ça écrit on fait quoi?
    Si vous avez les solutions:BAPTISTE PRESIDENT

    • On fait quoi ? on en parle autour de nous, on laisse doucement infuser nos idées car la « bête » a faim, et est donc dangereuse. On donne aux autres les clefs de décryptage du logiciel collectiviste et l’intox des médias. On aide les plus jeunes à pointer du doigt les failles morales du système, à leur donner des slogans et des images qu’ils pourront s’approprier et répercuter… etc

        • A mon avis, c’est déjà beaucoup : il ne faut pas prendre les gens pour des idiots : tout le monde a bien compris mais la réaction est différente. Une part de plus en plus grande vote FN et les autres campe sur ses positions. Il faudrait seulement que ceux la (de droite ou de gauche) ouvrent les yeux pour comprendre que le bipartisme est dépassé et que le soutien inconditionnel à des pourris par choix politique mène droit au FN … et à d’autres pourris, le souffre et l’amateurisme en prime.

  • très bon article

  • Les planqués de la ripouxblique à l’ oeuvre.

  • La devise de MOIJE le fiancé de Julie, le roi de l’illusion, dans sa profonde sagesse: « Tout ce que le monde entier nous envie ne sera plus jamais comme avant ! »

  • Les Cavaliers , est une pièce d’Aristophane écrite en 424 avant Jésus Christ. La pièce est une parodie symbolique de la démocratie à Athènes. Elle met en scène deux démagogues, Cleon et un marchand de saucisses capable d’ embobiner n’ importe qui……La démocratie ne peut échapper ni à la démagogie ni au clientélisme.

    http://www.editionsdelondres.com/Les-Cavaliers#wci_titre_n2_2

  • Il n’ y a plus deux classes, exploiteurs et exploités mais des dizaines de classes divisées sur des critères, économiques, sociologiques, religieux, ethniques, démographiques. Pour les rusés politiciens il sagira de séduire, flatter voire achetter avec l’ argent public le maximum de ces catégories, de les opposer, d’ en sacrifier quelques unes au bénéfices des autres pour qu’ au final BINGO, je suis élu.

  • Il y a ceux qui vivent de l impôt et ceux qui en meurent.

  • L’Etat omnipotent ne date pas du XXe siècle. Au XVIIe la monarchie absolue élève la pression fiscale. Les anglais feront deux révolutions pour arriver à la monarchie parlementaire. La fronde de la noblesse française échouera. Les français devront attendre la Révolution, mûe par la lutte des classes libérale : « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? de Siéyès. La lutte libérale des classes fait donc partie du patrimoine républicain, elle a justifié le régime républicain pendant des générations, de plus elle précède la lutte marxiste des classes.

    Depuis 40 ans, la croissance de la sphère publique dépassant celle de l’économie marchande, nous sommes revenu à une oppression économique de la part de l’Etat. Les privilèges sont de retour. Certes ils ne sont plus héréditaires mais élitistes ou discrétionnaires. Régime spéciaux et fiscalité privilégiée des politiciens, et à moindre degré d’une oligarchie de haut ou modestes fonctionnaires et d’ayants-droit de professions protégées ou favorisées.

    Ignorante donc consentante, la société civile française paie tribut à cet Etat qui la ruine aux plans matériel et surtout moral. Tous les corps intermédiaires constitués fonctionnent à l’avantage de l’Etat, dont ils reçoivent les subsides. Sachant que seul un producteur-contribuable-citoyen ne peut pas grand chose, se grouper entre producteurs résolus à résister à la tyrannie de l’Etat, et à la cupidité des politiciens est essentiel. Pour cela il est nécessaire de faire connaissance, point besoin d’exercer le même métier, défendre un intérêt commun, celui d’une société civile libre suffit.

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