Pétrole : RD Shell, BG Group, à qui le tour ?

Raffinerie de pétrole CC Flickr Moïse Marcoux-Chabot

Le 2 décembre 2014, on prêtait l’intention à RD Shell de se porter acquéreur de BP. Mais finalement c’est BG Group qui a été la proie !

Par Aymeric de Villaret.

RD Shell a profité de l’affaiblissement de BG Group provoqué par les difficultés de ses deux pôles de croissance (Brésil et GNL) pour faire une offre (prime de 52% sur les 90 derniers cours de bourse) que BG pouvait difficilement refuser. Alors que RD Shell avait été absent des fusions en 1998-2000, il est le premier major à se lancer dans une grande opération depuis la chute du brut. Et c’est la plus grande de l’histoire du major anglo-néerlandais (fondé en 1907) avec une acquisition d’un montant en valeur d’entreprise de 77 Mds $. Quelle sera la prochaine cible ? La question maintenant mérite d’être posée après la hausse du cours de BG Group le 8 avril de plus de 25%.

Raffinerie de pétrole CC Flickr Moïse Marcoux-Chabot
Raffinerie de pétrole CC Flickr Moïse Marcoux-Chabot (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Un contexte des cours du baril propice aux fusions-acquisitions

BG group a toujours été considéré par les marchés financiers comme une cible ! Et ses ratios de valorisation supérieurs à ses pairs. Mais force est de constater que la belle histoire de BG Group n’est plus ce qu’elle était avec deux pôles de croissance actuellement en difficultés : 1) le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) avec la chute des cours du baril et des prix du gaz asiatique (grand marché du GNL) qui lui sont indexés ; 2) le Brésil.

D’ailleurs les marchés financiers ont pas mal pénalisé l’action BG et ses différents « profit warnings » de ces dernières années. Rappelons-nous décembre 2014, la chute des cours du baril et le début des grandes manœuvres… Nous écrivions d’ailleurs dans notre lettre mensuelle n°18 de janvier-février « Cours du baril et Capex, les leçons du passé » :

« Les nouvelles manœuvres ont déjà commencé !

Baril pétrole rené le honzec

Eh oui, les grandes opérations dans le secteur pour les majors ont eu lieu en 1998, quand le baril est tombé à 10$/baril : Avec BP commençant en achetant Amoco puis Arco, Exxon fusionnant avec Mobil, Total rachetant Petrofina puis Elf Aquitaine, Statoil et Norsk Hydro se partageant Saga Petroleum, Repsol achetant l’argentin YPF. Comme on pensait qu’il fallait baisser les coûts, que le baril resterait durablement une concentration du secteur est apparu inévitable.

Et depuis la baisse ces derniers mois du secteur, deux opérations ont été déclenchées dans le secteur du parapétrolier avec l’offre de Halliburton sur Baker Hughes (États-Unis) le 13 novembre et celle de Technip le 19 novembre sur CGG Veritas (France). Suite à ces offres, les cours de Bourse des deux cibles grimpèrent de plus de 20%.

L’annonce le 15 décembre du retrait par Technip de son offre sur CGG Veritas enlevant toute spéculation, le cours de CGG s’écroulait de plus de 25 % ce même jour. Et du coup les investisseurs s’interrogent sur d’éventuelles nouvelles fusions sur des sociétés relativement fragiles. Ainsi le 2 décembre les spéculations d’une offre de RD Shell sur BP entrainèrent une hausse de l’action de ce dernier de près de 5 % ! »

On ne prête qu’aux riches !

Comme quoi l’histoire n’est qu’un éternel renouvellement ! Puisque le 2 décembre 2014, on prêtait l’intention à RD Shell de se porter acquéreur de BP. Mais finalement c’est BG Group qui a été la proie !

BG Group

BG group a toujours été considéré par les marchés financiers comme une cible ! Et ses ratios de valorisation ont du coup toujours été supérieurs à ses pairs, d’autant que c’était une valeur de croissance. Mais force est de constater que la belle histoire de BG Group n’est plus ce qu’elle était avec ses deux pôles de croissance actuellement en difficultés :

  1. le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) du fait de la chute des cours du baril et des prix du gaz asiatique (grand marche du GNL) qui lui sont indexés
  2. le Brésil

C’est pourquoi, ces dernières années (et principalement depuis début 2014), les marchés financiers ont pénalisé l’action BG, d’autant que cette valeur de croissance a émis plusieurs « profit warnings ». Le tableau comparatif de l’évolution des cours de bourse des trois principaux pétroliers britanniques est à cet égard assez révélateur avec une performance similaire pour BP et RD Shell et un fort décrochage (avant l’annonce de son acquisition par RD Shell) de BG Group :

Villaret 10 avril 1

La belle histoire de BG Group avec un parcours boursier extraordinaire a été troublée ces dernières années. Le groupe venait juste de remplacer son directeur général par l’ancien patron de Statoil Helge Lund : ce dernier étant entré en fonction le 9 février 2015, juste après la publication des résultats 2014.

villaret 10 avril 2
Le nouveau directeur général n’aura donc eu guère de temps à la tête de BG Group…

La première opération de Royal Dutch Shell depuis 1907 !

Absent du mouvement majeur de concentration de 1998-2000, RD Shell, avec cette acquisition, réalise une fusion à 77 Mds $ (valeur d’entreprise : capitalisation boursière plus dettes financières nettes), soit la plus grande depuis cette vague de concentration des années 1998 lorsque le baril était descendu à 10$.

Rappelons-nous : BP avait été le premier en achetant Amoco, puis Arco ; Exxon avait racheté Mobil (pour 74 Mds $), Total Petrofina puis Elf Aquitaine, Repsol l’argentin YPF, les norvégiens Statoil et Norsk Hydro s’étaient partagés leur compatriote Saga Petroleum, Chevron Unocal et Conoco Phillips…

Que d’opérations et de tous les majors, RD Shell avait été vraiment le seul absent, même si par la suite, il s’était emparé du britannique Enterprise Oil (mais de taille beaucoup plus modeste).
Cette opération est donc un changement majeur de la part de Royal Dutch Shell, puisque d’absent en 1998-2000, il est le premier major pétrolier intégré à se lancer en 2015 : l’acquisition du canadien Talisman en 2014 par l’espagnol Repsol étant de taille plus limitée (13 Mds $).

L’éternelle question de : qui sera le suivant ? Who’s next ?

Comme nous le disions précédemment, on ne prête qu’aux riches… En conséquence, après le parapétrolier (Baker Hughes et les tentatives sur CGG Veritas par Technip), la question est reposée des entreprises fragilisées par un baril faible. Et parmi les riches souvent cités (RD Shell et ExxonMobil), ce dernier n’a pas encore dégainé…

Les marchés pétroliers ne s’y sont pas trompés et il suffit de regarder l’évolution de quelques valeurs « pures E&P » (Exploration et Production) le 8 avril « cibles » potentielles bien connues.

Ci-dessous, nous avons mis à titre d’exemples, l’évolution des cours de bourse de :

villaret 10 avril 3

Notons que leurs cours de bourse avaient déjà bien monté le 7 avril, mais pour la raison toute simple que le cours du baril avait rebondi ce jour-là assez fortement et que ces valeurs pure Amont sont très sensibles à l’évolution du baril.

Sur le web