Radio France, la France miniature ?

Radio France doit faire des économies pour équilibrer son budget. Problème : les salariés ne veulent pas de ces économies, qui remettraient en cause leurs nombreux avantages et les obligeraient à être un peu plus productifs.

Logo_radiofrance_2006Un peu comme la France, Radio France compte deux catégories de salariés. L’une travaille dans des conditions difficiles, sans sécurité de l’emploi ; l’autre est largement privilégiée, refuse de se mettre à niveau et s’enorgueillit de coûter si cher.

Selon un rapport de la Cour des Comptes, les employés les moins protégés (par exemple CDD et pigistes) ne bénéficient en effet pas des mêmes avantages que le reste de Radio France, alors que « le volume de travail d’un salarié en CDI est « environ un tiers inférieur à celui d’un CDD », estime l’ex-PDG Jean-Paul Cluzel dans sa réponse au rapport. »

Et à l’inverse, les autres jouissent de privilèges très confortables, que l’on découvre sur BFMTV :

  • 2 fois plus de vacances – 56 à 68 jours, contre 36 pour un salarié lambda, qui n’empêchent pas les salariés de ne pas déclarer tous leurs congés (selon un rapport d’audit, « rien ne permet d’affirmer que les congés sont saisis dans leur exhaustivité ») ;
  • Moins de travail – par exemple 700 heures de travail annuel, loin des 1 100 prévus par leur convention collective ;
  • Des tas de primes et avantages en nature.

Et ce, malgré une productivité faible et de nombreux gaspillages : sureffectif dans les services de communication, parmi les techniciens du son et chargés de réalisation ; bureaux et antennes régionaux dont la productivité sont « difficiles à estimer », façon polie de dire qu’on ne voit pas bien à quoi ils servent.

Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de gens de valeur à Radio France – tout comme dans la fonction publique. Cette vue d’ensemble ne révèle pas les disparités entre salariés, sans doute importantes. Mais elle indique quand même de colossales disparités avec les plus précaires, moins bien payés, ne jouissant pas des mêmes avantages, et compensant par leur travail celui que les autres ne font pas, trop occupés à changer d’inexistantes bandes magnétiques ou à travailler ailleurs pour compléter leurs rémunérations déjà confortables.

Le parallèle avec la France est frappant : des décalages du même ordre existent entre privé et public. Et si ces inégalités persistent, c’est parce que les privilégiés ne se privent pas de démontrer à la moindre occasion leur pouvoir de nuisance : au nom du service public, ils privent le public du service qu’ils sont censés lui rendre pour que le privé continue de payer leurs avantages.

Ils font moins bien et plus cher que ce que le privé pourrait faire ou dont personne n’a besoin. Il y a quelques mois, Arthur, propriétaire d’une radio privée, s’exprimait sur le sujet :

« Aujourd’hui, vous avez des auditeurs qui tous les jours commencent à en avoir ras-le-bol de la pression fiscale qu’il y a dans ce pays. J’ai fait un petit calcul tout bête, le prix moyen d’un auditeur pour une radio. (…) Il n’y a aucune radio en France qui dépense plus de 9 euros par auditeur. Le Mouv’, une radio que personne n’écoute, ils sont à 100,9 euros par auditeur (…) depuis 16 ans. »

Tout n’est pas à mettre sur le dos des salariés. Les inégalités persistent aussi parce que Radio France, tout comme l’État, est incapable de se réformer. Les décisions difficiles mais nécessaires ne sont pas prises, les réformes sont avortées par crainte d’un conflit social, et toutes les exceptions sont mises sur le compte d’une mission de service public. Fleur Pellerin, ministre de la Culture, s’est exprimée sur le sujet :

« Quand on écoute France Inter, on n’écoute pas RTL. Malgré tout le respect que j’ai pour RTL ou pour Europe 1, il y a [à Radio France, ndlr] une mission spécifique de décryptage de l’information. »

C’est aussi pour cela que les inégalités de traitement persistent : aux yeux de nos chers politiciens, une mission de service public – quel que soit le niveau de qualité et de performance avec lequel elle est remplie – justifie gaspillages et privilèges.

Enfin, et surtout, privilèges et gaspillages ne sont finalement pas si importants : à la fin, quoi qu’il advienne, le contribuable paiera. Celui-là même qui ne bénéficie pas des privilèges et évite tout gaspillage pour boucler ses fins de mois les finance, quoi qu’il en dise, quoi qu’il en pense.

Certains devront donc lutter pour atteindre la rentabilité malgré une pression fiscale écrasante, pour que d’autres n’aient pas à être trop regardants à la dépense. Certains devront faire toujours plus d’économies pour que les autres puissent refuser d’en faire. Il n’y a pas que sur le plan financier que les grévistes de Radio France refusent l’équilibre ; et il n’y a pas que sur le plan financier qu’ils souffrent d’importants déficits.