Mobilisation politique pour la mémoire de Jean Germain

Justice (Crédits Michael Coghlan (licence CC-BY-SA)

Si un notable tel que Jean Germain n’a pas confiance en la justice de son pays, que devons-nous, nous simples citoyens, penser des juges ?

Par Le Parisien Libéral.

Paix à l’âme de Jean Germain, dont le suicide a provoqué un choc au sein de la classe politique, à commencer par le Parti Socialiste dont il était membre.


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Jean Germain s’est donné la mort au moment où il devait comparaître devant la justice dans l’affaire des « mariages chinois » organisés dans sa ville.

Cette classe politique a-t-elle également une pensée pour tous ces Français anonymes qui sont également confrontés à un procès en correctionnelle, ou qui, condamnés en justice, ne se relèveront jamais ?

Tous les jours, combien de Français sont accusés par la justice, certains étant coupables, d’autres innocents ? Combien de Français pas encore jugés passent des jours et des nuits en GAV dans des cellules repoussantes et sales ?  Combien de Français voient la police débarquer chez eux à 6h du matin, porte fracturée au bélier, et dans quelques cas, de Lille à Marseille, pour rien ? Combien de Français sont-ils arrêtés en pleine rue ou devant chez eux et emmenés par les forces de police sous les yeux de leurs voisins, ce type d’arrestation valant condamnation publique, en vertu du proverbe « pas de fumée sans feu » ?

La classe politique se mobilise pour honorer la mémoire de feu leur collègue cumulard Jean Germain, c’est bien naturel, c’est humain.

Mais ce sénateur maire, juriste de formation et professeur de droit de profession, s’il pensait vraiment que la justice de son pays est biaisée au point de ne pas prouver son innocence, n’avait-il pas les relais et moyens intellectuels et surtout professionnels de proposer des réformes tels que :

Si un personnage tel que Jean Germain, que l’on peut qualifier, sans l’insulter, de notable, n’a pas confiance en la justice de son pays, que devons-nous, nous simples citoyens, penser des juges ?

Comme toute mort violente, le suicide de Jean Germain est triste, et insupportable, notamment pour ses proches. Mais cette mobilisation des politiques qui veulent s’exonérer a quelque chose de légèrement insupportable.

Après tout, est ce de la faute des Français si des députés ou ministres ont un casier judiciaire et si la disproportion de mis en examens et condamnés entre la population générale et les politiciens est énorme ? Est-ce de la faute des Français si tous les mardi à la télévision, ils voient Patrick Balkany (UMP) ou Sylvie Andrieux (ex PS, condamnée à une peine de prison ferme, en appel) en liberté ?

Certains élus locaux, non professionnels de la chose politique, comme  le lyonnais Romain Blachier, appellent à cesser l’élu bashing, pendant que d’autres, avant même qu’une enquête ait eu lieu, assimilent le suicide de Jean Germain à la mort de Bérégovoy. Mais où étaient ces élus quand il fallait soutenir Yvette « mamie Loto » Bert et, au minimum, exprimer sa compassion face à une condamnation plus que sévère ? Comme dans le cas de l’arrestation de DSK à New York, il semble que certains politiciens ont perdu le sens de la décence

Avec 16,2 suicides pour 100 000 habitants, la France se situe dans le groupe des pays européens à taux élevés de suicide. Jean Germain a suivi cette solution extrême. Alors, puisque la classe politique regrette ce choix, peut-être pourra-t-elle se pencher sur les causes de ce fléau qui touche toutes les familles, des chômeurs aux chefs d’entreprises.

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