E-cigarette : lobbying pour un marché à cent milliards

Toute réglementation se fera au détriment du consommateur. En compliquant l’accès au marché des fabricants.

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e-cigarette (Crédits : www.vaping360.com via Flickr(CC BY 2.0)

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E-cigarette : lobbying pour un marché à cent milliards

Publié le 7 avril 2015
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Par Frédéric Sautet

e-cigarette (Crédits : TBEC<a href="http://the-best-electronic-cigarette-review.com/">via Flickr</a> (<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/">(CC BY 2.0) </a>) Review (CC BY 2.0)
e-cigarette (Crédits : TBECvia Flickr ((CC BY 2.0) ) Review (CC BY 2.0)

 

Les ventes de cigarettes traditionnelles sont en baisse, mais le vapotage est devenu une pratique de dizaines de millions de personnes dans le monde. Aux États-Unis, les ventes d’e-cigarettes sont passées de 500 millions de dollars en 2012 à 2 milliards en 2014. En France, elles représentent plus de 300 millions d’euros. Ainsi alors que l’on comptait un seul point de vente en 2010 dans l’hexagone, il y en a maintenant plus de 2500. Cette croissance exponentielle a plusieurs conséquences. En particulier, elle a provoqué un débat sur la règlementation de ces nouveaux modes d’administration de la nicotine.

Or tout choix règlementaire favoriserait certains acteurs sur le marché plutôt que d’autres. De ce fait un classement de l’e-cigarette comme médicament (avec autorisation de mise sur le marché) donne un avantage à l’industrie du tabac mais est aussi un bénéfice pour l’industrie pharmaceutique. La convoitise grandit parmi les acteurs du secteur pour obtenir des réglementations qui, tout en semblant promouvoir la protection des consommateurs, leur apporteraient une protection décisive contre de nouveaux entrants. Comme dans toute industrie qui mûrit, le secteur de la cigarette électronique et du tabac a vu se créer, petit à petit, une dynamique de lobbying.

Prenons un exemple aux États-Unis. Reynolds American (Vuse) et Altria (MarkTen) font du lobbying auprès de la Food and Drug Administration pour obtenir plus de réglementation, notamment une autorisation de mise sur le marché. Chaque demande coûterait des millions de dollars ce qui limiterait la capacité des petites entreprises à innover pour entrer sur le marché. Il faut savoir que le système VTM (« vapors, tank, mods » en anglais) est ouvert et peut utiliser plusieurs marques différentes d’e-liquides. Les e-cigarettes utilisant le VTM représentent presque 40% du marché. Les e-cigarettes de Reynolds et d’Altria en revanche reposent sur des systèmes fermés qui ne peuvent utiliser que des cartouches spécialement fabriquées pour elles. Reynolds et Altria affirment qu’il faudrait supprimer le VTM car il est potentiellement dangereux pour ses utilisateurs qui pourraient, notamment, utiliser des substances létales comme le cannabis. La vérité est que le VTM est un système en évolution rapide qui à terme pourrait gêner ces deux compagnies. Une autorisation protègerait leur marché.

La concurrence est également rude pour les distributeurs. En France certains détaillants expriment déjà leurs désirs de réglementation pour rendre leur métier moins difficile. Selon Anton Malaj, gérant d’une boutique Point Smoke : « C’est plus dur. Il n’y a aucune législation concrète, n’importe qui peut ouvrir un magasin de cigarettes électroniques, là est le problème. Les tabacs s’y mettent et dans énormément de magasins vous trouvez la cigarette électronique. » Les bureaux de tabac quant à eux voient une partie du marché leur échapper. Le député Thierry Lazaro avait annoncé en 2013 un projet de loi pour donner aux buralistes le monopole de la distribution des e-cigarettes en France. Pour l’instant cela n’a pas débouché sur de nouvelles lois. Enfin certains, comme le professeur genevois Jean-François Etter, s’étonnent de l’opposition à la e-cigarette car cela revient à faire le jeu de l’industrie du tabac. Serait-ce pour des raisons fiscales? C’est tout à fait probable si l’on considère que l’État français a perçu un peu plus de 12 milliards d’euros en taxes sur la consommation de tabac en 2013 – chiffre important lorsque l’on considère que sur la durée de vie les dépenses de santé d’un fumeur sont moindres pour la collectivité que celle d’un non-fumeur à cause de la mort prématurée du premier.

Le marché mondial de l’e-cigarette pourrait peser à terme plus de cent milliards d’euros. Toute réglementation qui augmenterait le coût d’entrée sur le marché permettrait aux acteurs actuels de renforcer leur position. Alors ne nous trompons pas de cible. Bien que pas forcément nécessaires, des lois pour la protection des consommateurs qui réglementeraient la bonne qualité et la sécurité des produits seraient favorables au développement du marché. En revanche, toute réglementation qui rendrait l’entrée sur le marché plus difficile (en cherchant à assurer une concurrence plus « loyale » à travers, par exemple, la réglementation du nombre de magasins) aboutirait à créer ou renforcer les rentes des acteurs historiques (notamment les fabricants de tabac) et se ferait au détriment des consommateurs.


Analyse publiée initialement par l’AGEFI le 09.03.2015.

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  • Les produits sont déjà sûrs quand correctement utilisés. En tout cas, pas moins sûrs qu’une perceuse mal utilisée. Si vous vous intéressez à la question, vous remarquerez que malgré l’inhalation qu’on peut déjà qualifier de massive, d’un liquide contenant tout de même un produit toxique même si fortement dilué (la nicotine) et malgré l’absence totale de réglementation spécifique, il y a eu très peu d’accidents. Quelques surchauffes de batteries, mais pas plus que pour n’importe quel type de batteries (smartphone, portables, voitures). A ma connaissance, je ne connais qu’un seul cas de mort directement attribué à la ecig. Un américain qui avait laissé une grosse fiole de liquide à portée de son enfant en bas-âge (qui s’est empressé de l’avaler). En comparaison avec le nombre d’accidents domestiques liés aux produits ménagers, c’est juste ridicule, alors que rappelons le, il y a entre 1,5 et 2 millions de vapoteurs réguliers rien qu’en France !

    Sur ce point, le marché s’auto-régule donc déjà. Alors effectivement, le conseil personnalisé prend toute son importance, contrairement à des produits rentrés dans les moeurs, utilisés et commercialisés depuis longtemps. C’est pour ça que tant les pharmaciens que les buralistes ne sont pas et ne seront jamais de bons vendeurs de ecig, tout simplement parce que c’est un produit qui pour être correctement vendu, nécessite une connaissance exhaustive de l’ensemble des produits. Les buralistes se foutent bien de tout ça et les études montrent qu’ils ne référencent la ecig que pour faire plaisir à une partie de leur clientèle, mais ils comprennent bien que vendre le poison et son antidote n’est pas cohérent dans un commerce de proximité. Quant aux pharmaciens, leur intérêt pour la chose n’est pas évident non plus.

    La réglementation qui est en passe de s’appliquer (donc la TPD pour tobacco products directive…On notera que la ecig est considérée comme un produit du tabac) est effectivement un frein à l’innovation assez important, mais le pire n’est pas la réglementation en soi. Le pire, c’est que ceux qui ont à perdre vont la respecter, mais que ceux qui n’ont rien à perdre (c’est à dire les magasins en mauvaise santé, et il y en a plein) ne vont pas la respecter. Il y aura donc de fortes distorsions de concurrence post application de la TPD.

    En l’état, le marché est en cours de structuration mais il est encore bourré de contrefaçons vendues ouvertement (on en voit même sur les salons professionnels, c’est dire !) de liquides pas aux normes (c’est à dire qu’on ne sait concrètement pas ce qu’il y a dedans). Bref, la réglementation actuelle (plutôt légère) n’est elle même déjà pas respectée. Commençons par faire respecter la loi actuelle avant d’y coller une seconde couche. Surtout quand les services de l’Etat n’ont objectivement pas les moyens d’appliquer la nouvelle réglementation, car il faudrait (de source DGCCRF) qu’on crée des services entiers, qu’on embauche des tas de fonctionnaires qui ne sont évidemment pas au programme…

  • Pour voir les effets nocifs d’une cigarettes , il faut 20 ans ou plus…Alors dire que pour eCigarette : respirer un produit chimique (il n’y a pas que de la nicotine là dedans : plus de 200 produits ou traces de produits chimiques) c’est inoffensif sans le recul de 20 ans, c’est un peu rapide….C’est d’ailleurs un problème Franco-Belge, dans les autres pays, cela n’a pas pris.

    • C’est faux :
      1)Vous répandez des contre-vérités : il n’y a pas 200 produits chimiques dans la ecig. Tous les produits présents dans la ecig sont connus et utilisés depuis plus de 20 ans (propylène glycol, glycérine végétale, arômes alimentaires, éventuellement eau ou alcool pour diluer et nicotine). Si je le souhaite, je peux même le faire moi-même. De nombreuses études toxicologiques sérieuses sont déjà parues. Elles sont unanimes : la ecig est infiniment (de l’ordre de 1000x moins) moins dangereuse que la clope. Ca se situerait à un niveau de dangerosité largement moindre que respirer l’air ambiant d’une grande ville par exemple.

      2)C’est un phénomène mondial, qui ne se limite pas à la France et à la Belgique…
      -Ca avait pris en Espagne, avant que de vastes campagnes de désinformation orchestrées par les lobbies du tabac occultent le phénomène.
      -Ca avait pris massivement en Italie (jusqu’à 3000 boutiques en 2014) jusqu’à ce que l’Etat mette en place un impôt dissuasif (plus de 60%) et spécifique à la ecig
      -Ca a pris en Angleterre et au Canada
      -Ca a pris en Irlande
      -Ca a pris en Australie et ça commence à prendre en Afrique du Sud et en Nouvelle Zélande
      -Ca a massivement pris en Allemagne
      -Ca a bien sûr massivement pris en France
      -Ca a pris en Autriche
      -Ca a pris en Belgique et en Suisse, malgré l’interdiction de vente des liquides nicotinés (du coup les magasins français ont capté la clientèle)
      -Ca a massivement pris aux USA
      -Ca a pris dans plusieurs pays asiatiques (Indonésie, Malaisie, Philippines, Corée du Sud)
      -Ca progresse doucement dans certains pays du Maghreb (Maroc, Tunisie par exemple)
      -Ca progresse doucement dans les balkans et les pays de l’Est (y compris en Russie)

  • Il y a une erreur dans l article, contrairement à la nicotine, le cannabis ne peut pas être letal quelque soir la quantité consommé, c’est une des seul drogues avec le lsd dont on n à pas été capable d établir de dose letal sur l homme

  • Un article très intéressant, à contre courant et vraiment pointu, ce qui est assez rare quand les journalistes du web abordent ces sujets. Je ne connaissais pas du tout les compagnies Reynolds American et Altria. D’un côté, il faut lutter contre certains professionnels qui voudraient verrouiller le système. De l’autre côté, il faut résister face aux pouvoirs publics qui est sur le point de restreindre l’accès à la e-cigarette dans sa diversité, de réglementer ce substitut nicotinique de la même façon que la cigarette traditionnelle, au risque de décourager des millions de vapoteurs et de mettre fin à la baisse du tabagisme.

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