Départementales : mais où est le Centre ?

Jean-Christophe Lagarde (Crédits : Marie-Lan Nguyen, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

En jouant la carte de l’union avec l’UMP, l’UDI s’est peut-être tiré une fois de plus une balle dans le pied.

Par Stéphane Rossard

Jean-Christophe Lagarde (Crédits : Marie-Lan Nguyen, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.
Jean-Christophe Lagarde (Crédits : Marie-Lan Nguyen, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

Où est le Centre ? Au lendemain des élections départementales, c’est une question légitime. Comme l’a rappelé Alain Juppé fort à propos, la stratégie d’union de la droite, soit une alliance de l’UMP avec l’UDI et le MoDem a marché à plein et contribué de façon significative à la victoire sans conteste du parti de l’opposition.

Si l’UMP sort clairement vainqueur de cette stratégie, peut-on en dire autant pour le centre ? N’est-ce pas plutôt le baiser de Judas ?

Un début de réponse se trouve du côté des chiffres. Ainsi au second tour, on comptait 895 binômes de candidats d’union de la droite, auxquels il faut ajouter 304 binômes UMP, 57 UDI, 11 MoDem, 11 réunis sous l’appellation « union du centre ». On se rend nettement compte à la lecture de ce bilan que la part de l’UDI est extrêmement faible. Pour ne pas dire réduite à peau de chagrin. Les explications peuvent être nombreuses et surtout variables d’un territoire à un autre.

Dans ces conditions une force centriste peut-elle réellement s’imposer, et peser sur la scène politique ? Telle est désormais l’ambition première affichée par son nouveau président, Jean-Christophe Lagarde, qui veut insuffler au centre du sang neuf, une dynamique nouvelle. Et qui multiplie les interventions et se démène dans ce sens. C’est tout à son honneur.

Mais l’UDI en jouant la carte de l’Union avec l’UMP s’est peut-être tiré une fois de plus une balle dans le pied. Car en matière d’alliance ou d’union, le scénario est quasi couru d’avance : une fois que vous acceptez de vous lier les mains, il sera difficile de vous les délier pour les prochaines élections au risque de faire perdre votre camp, d’autant plus si cette stratégie d’alliance a démontré son efficacité, ou de créer la confusion parmi l’électorat de droite. Une stratégie qui met en porte à faux ses ambitions d’indépendance et de s’imposer comme une vraie force politique sur l’échiquier national.

L’électeur ne s’y trompe pas. Le centre est vu d’abord comme une force d’appoint et non majeure. Pourtant ce n’est pas faute depuis des mois de faire entendre sa voix et surtout une voix différente de l’UMP. Mais dans quel but si au final c’est pour rester un satellite de l’UMP ? Comment se fait-il qu’en France le centre ne parvient pas à retrouver de sa splendeur d’antan ? À redevenir un acteur politique majeur, important, et respecté ?

Pourtant, avec le résultat spectaculaire (18%) obtenu par François Bayrou aux élections présidentielles de 2007, l’espoir était vraiment permis de voir émerger à nouveau une force centriste, capable de faire jeu égal avec le PS et l’UMP. Et donc d’être en mesure de faire bouger les lignes.

Mais ce capital électoral a fondu comme neige au soleil. Je laisse aux experts l’analyse des raisons et interprétations. Cependant, l’une d’entre elles, et très probable, est le soutien apporté par François  Bayrou à la candidate socialiste Ségolène Royal. Soutien inattendu  qui lui a valu de perdre une part importante de son électorat, déboussolé.

Pourtant par le passé, avant François Bayrou, le centre, notamment par la voix de l’UDF, a pu compter sur des figures emblématiques, médiatiques et charismatiques, dont l’une des plus célèbres fut Raymond Barre. Sans oublier Valéry Giscard d’Estaing qui remporta l’élection présidentielle de 1974.

Pendant des décennies, le centre constituait une alternative crédible y compris face à l’ex RPR. Un contrepoids qui empêchait toute hégémonie du feu RPR (désormais UMP). Et surtout contribuait à enrichir le débat sur des sujets économiques et de société fondamentaux. Contrairement à ce qu’on entend aujourd’hui, le tripartisme, avec la consolidation du FN, n’est pas une nouveauté politique en France. Ce tripartisme existait au temps d’un centre fort, au temps de l’UDF.

Comment expliquer ce déclin inexorable le rendant plus que l’ombre de lui-même ? Un destin identique à celui du Parti Communiste en quelque sorte, absorbé par le Parti Socialiste suite à une stratégie menée de mains de maître par François Mitterrand. Depuis, le PC ne s’en est jamais remis.

Comment se fait-il que le centre reste ainsi un vassal de la droite majoritaire ? Comment expliquer cette incapacité persistante, patente et notoire du centre à prendre son envol et s’imposer comme une force politique indépendante ?

Pourtant, son envol serait plus que souhaitable pour rééquilibrer le jeu politique et régénérer un débat démocratique actuellement atrophié en raison d’un régime d’idées qui s’est appauvri, privé de nutriments intellectuels cartésiens et variés.


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