L’e-cigarette plus efficace que le paquet neutre

Face à l’échec potentiel des nouvelles mesures gouvernementales visant à réduire la consommation de tabac, il est important de poser la question du vapotage.

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L’e-cigarette plus efficace que le paquet neutre

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 27 mars 2015
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Par Frédéric Sautet
Un article de l’Institut économique Molinari

Pen style electronic cigarette credits Jonny Williams  (CC BY 2.0)
Pen style electronic cigarette credits Jonny Williams (CC BY 2.0)

 

Les ventes de cigarettes ont diminué de 3,4% en volume en 2012, de 7,6% en 2013, et de 5,3% en 2014. Ces baisses inespérées sont en partie imputables à l’e-cigarette mais aussi à la hausse des transactions illégales qui représentent près de 25% du marché. Cependant, le nombre de fumeurs réguliers reste assez stable en France : entre 2010 et 2014, il est passé de 29,1% à 28,2% de la population entre 15 et 75 ans. Ces chiffres récalcitrants semblent déterminer la stratégie anti-tabac du gouvernement qui consisterait à inaugurer une politique encore plus agressive en appliquant la directive européenne de février 2014 qui prévoit, notamment, l’imposition du paquet neutre.

En place depuis décembre 2012 en Australie, le paquet dit « neutre » ne l’est pas du point de vue du message qu’il véhicule car il est recouvert en grande partie d’avertissements et de photos chocs montrant les méfaits du tabac. Il est encore tôt pour connaître l’impact réel de cette mesure car les consommateurs australiens n’ont pas été en reste. En effet, les ventes légales de cigarettes ont très légèrement augmenté en Australie en 2013, notamment parce que les consommateurs se sont rabattus sur des marques moins chères. De surcroit, les ventes de tabac à rouler ont fait un bon de 3,4% en volume. Et la firme KPMG estime que la contrebande de cigarettes a augmenté de 11,8% à 13,3% sur la même période. Elle représenterait plus de 14,2% du marché en 2014.

On pourra s’attendre à des réactions similaires en France et en Europe où la contrebande de produits du tabac a connu une très forte hausse depuis dix ans. Les cigarettiers s’opposeront aussi à cette nouvelle réglementation notamment en imprimant leur logo à l’envers de façon à permettre aux buralistes d’exposer les paquets la tête en bas (et ainsi de minimiser l’impact des avertissements qui devront être positionnés, pour des raisons légales, près de l’ouverture du paquet).

Face à un échec potentiel de ces nouvelles mesures, il est important de poser la question du vapotage. Plébiscitée par ses utilisateurs, l’e-cigarette, l’une des huit innovations perturbatrices de ce siècle selon Goldman Sachs, constitue probablement la seule solution au tabagisme que le monde ait actuellement à sa disposition. Solution certes imparfaite car il existe des risques liés à son utilisation. L’e-cigarette peut en effet être addictive car la nicotine, quelque soit son mode d’administration, est addictive. Mais l’e-cigarette fonctionne mieux que les méthodes classiques de prise en charge du tabagisme pour la raison qu’elle provoque un soulagement rapide du manque de nicotine.

Ainsi un nombre croissant d’études montre son efficacité relative dans la réduction du tabagisme. Bertrand Dautzenberg, tabacologue, affirme même que l’e-cigarette est en train de contribuer au déclin du tabac, surtout chez les jeunes dont le nombre de fumeurs a fortement chuté : en 2014, ils représentaient 33,5% des lycéens contre 42,9% en 2011 et 11,2% des collégiens contre 20%. Et il semblerait que l’e-cigarette ne soit pas une passerelle vers le tabac. D’ailleurs, selon 43% des Français, l’e-cigarette serait un moyen de sevrage efficace.

Une lecture dépassionnée des analyses tendrait à montrer que le profil toxicologique de l’e-cigarette est beaucoup moins létal que celui du tabac. Le liquide qui produit l’aérosol, même s’il contient des impuretés telles que l’anatabine ou la norocinine, est quasiment dépourvue de nitrosamines qui sont des cancérogènes naturellement présents dans le tabac. À l’exception d’une étude de l’Institut national japonais de la santé publique, la recherche montre que la quantité de cancérogènes connus dans l’aérosol de l’e-cigarette est largement inférieure à celle de la fumée de cigarette, car les concentrations sont plus faibles et les goudrons et le monoxyde de carbone sont absents.

Malgré cela, le gouvernement voudrait restreindre le vapotage dans les lieux publics et sur les lieux de travail et, à terme, contingenter la publicité pour les e-cigarettes contenant de la nicotine en inscrivant son interdiction dans la loi. Cependant, même s’il est encore tôt pour juger des effets complets de l’e-cigarette, on sait que le risque de l’e-cigarette est faible relativement à celui de la cigarette traditionnelle. Nous sommes à un tournant en matière de lutte contre le tabagisme. Alors plutôt que de rendre les cigarettes illégales plus attrayantes et le vapotage plus difficile, saisissons la chance qui nous est donnée d’encourager la sortie du tabagisme grâce à l’e-cigarette.

Frédéric Sautet est chercheur associé à l’Institut économique Molinari et auteur de « Fumer ou vapoter : la révolution de la consommation du tabac et de la nicotine ».

Sur le web. Texte d’opinion publié initialement le 25 mars 2015 dans Les Échos.

 

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  • Le marché de la ecig est sans doute l’un des plus bels exemple de ce qu’un marché libre et peu réglementé est capable de faire. Il y a bien sûr des excès, des atteintes au peu de réglementation applicable, mais ce marché a naturellement tendance à s’autoréguler.
    Nous avons par exemple connu un bel épisode de recrudescence des contrefaçons, et sans que l’Etat n’intervienne à aucun moment il a naturellement tendance à se résorber, parce que les consommateurs et les commerçants ont compris que ces contrefaçons allaient détruire le peu de crédit dont ils jouissent de la part des autorités et aussi parce qu’à force de débats plus ou moins publics (forums, blogs, facebook) les anti-contrefaçons l’ont emporté contre les pro-contrefaçons. Il y a encore du travail mais sans même que la Douane ait commencé à intervenir (car elle ne connaît pas encore les marques à défendre) on sent qu’il y a de bonnes chances que ça se règle au niveau du marché lui même.
    Aujourd’hui la ecig est menacée par la réglementation étatique (européenne). Concrètement, on peut le dire, la mise en place de cette réglementation, si elle est effective, va tuer des dizaines de milliers de Français. Sur le long terme ce sera pire car comme le dit l’article, la ecig est aujourd’hui la seule méthode de sevrage tabagique efficace.
    Aujourd’hui la ecig est un secteur où l’innovation technologique est importante, quasi quotidienne. Les produits sont exploités 2 à 3 mois tout au plus, avant d’être remplacés par de nouveaux, plus performants. La réglementation menace également la capacité des industriels à inventer. La réglementation confine la ecig à un produit « cigalike », typiquement fabriqué par l’industrie du tabac, de fonctionnement très simple mais aussi très peu efficace, car la production de vapeur est anémique, les saveurs mal restituées. On nage en plein capitalisme de connivence…
    Tous ceux qui auront été déçus par la régression technologique imposée par l’Etat dans les normes qui seront mises en places en 2016 risquent eux aussi de retomber dans le tabac.
    En matière de ecig, l’Etat est purement et simplement criminel.

  • le paquet de cigarette à 13 euros ….ils y pensent , ils en parlent ….vont ils oser ?

  • Khemas, le tabacologue Robert Molimard prend le même terme que vous « criminel » pour qualifier cette démarche politique qui consisterait à traiter de manière législative la cigarette électronique comme la cigarette traditionnelle, avec les mêmes restrictions, les mêmes interdictions. Cela revient à laisser penser que la cigarette électronique est aussi dangereuse que la cigarette traditionnelle, ce qui est parfaitement faux. On risque donc de voir des millions de personnes abandonner ce dispositif de sevrage et des millions de fumeurs abandonner l’idée de commencer. Nous ne connaissons pas les effets à long terme de la vapote sur notre corps mais la communauté scientifique s’accorde à dire que la cigarette électronique est de toute façon beaucoup moins toxique que la cigarette traditionnelle. Le pouvoir politique ne devrait-il pas suivre l’avis des spécialistes ? Le principe de précaution ne doit-il pas être plus souple quand il s’agit de réduire les risques de contracter des maladies graves et de lutter contre la mort de plus de 70000 personnes par an, seulement en France.

    Si cette question de l’éventuel danger de la cigarette électronique vous intéresse, voici une synthèse très bien faite, avec notamment les avis du pneumologue Bertrand Dautzenberg et du tabacologue Robert Molimard : http://www.smokeway.fr/content/124-risque

    • Il y a le danger de réserver cela aux buralistes, avec l’évidente tentation de copier les taxes sur celles des cigarettes, l’autre danger serait de réserver la vente aux pharmacies en considérant que, comme la nicotine en patch ou en chewing gum (aussi en aérosol, maintenant), il s’agit d’un adjuvant chimique absorbé dans le traitement d’une addiction (ce qui est vrai): le prix en serait aussi augmenté.

      Vapoter au restaurant ou au bistrot est évidemment un moindre mal, cependant, on ne peut pas dire que le vapotage « n’a pas d’odeur », bien moins forte et dérangeante, encore beaucoup moins toxique, que la cigarette (qui favorise le cancer, les maladies cardio-vasculaires mais aussi l’insuffisance pulmonaire progressive), mais pas forcément agréable pour les autres sans pour autant être obligé d’aller vapoter dehors, l’hiver!

      Sinon, je suis décidé à l’essayer, en choisissant bien, car au début, tant la fabrication que la vente était sauvage, avec quasi 100% de produits chinois. Maintenant qu’on l’utilise en tabacologie, cela devient un peu plus clair. Et il y a toutes les chances pour que ça progresse encore.

    • Je connais cette étude, et je connais bien M. Dautzenberg, que j’ai déjà rencontré. C’est un personnage assez étrange, qui recherche le strass et les paillettes avant tout mais qui, ma foi, est plutôt un bon défenseur de la ecig. Ce qu’il faut savoir à son sujet, c’est qu’il y a trois ans, il était totalement opposé à la ecig. Si vous voyiez ses arguments de l’époque, c’est assez consternant. Et puis en 2013, MST lui a demandé de réaliser une étude sur la ecig. A la fin de l’étude il s’était métamorphosé en fervent défenseur de la ecig !

      Pour ma part, je suis maintenant persuadé que la ecig est parfaitement inoffensive lorsqu’utilisée correctement. Les études démontrant une « dangerosité » sont pour la plupart réalisées avec des appareils simulant le vapotage d’une façon qui ne correspond pas à une utilisation normale et soumettant le matériel à des températures de chauffe délirantes. Lorsqu’on retrouve de l’acroléine ou des déhydes dans la vapeur, vous pouvez être certain qu’en cas d’inhalation, ce serait humainement insupportable (brûlerait la gorge, trop irritant). Evidemment, la machine, elle, ne dit rien !

      Avec une telle logique, à peu près tout peut être interdit ou au moins réglementé au motif du principe de précaution. Exemple : je fais brûler un steak dans une poêle, ce qui le rend hautement cancérogène. Puis je rédige une pseudo étude en disant que les steaks sont dangereux, qu’il faut les interdire ou réglementer leur vente. Voilà ce qui est en train de se passer avec la ecig. Des études réalisées par des gens qui n’y comprennent rien, qui ne savent même pas comment une ecig est utilisée, et qui concluent des tas de trucs alors que ce qui est en cause est la mauvaise utilisation. Alors oui, aujourd’hui, n’importe qui peut acheter une boîte en métal, un chipset électronique, un accu et créer une box homemade capable de délivrer de très hautes puissances. Il n’en reste pas moins que de l’autre côté il y a un humain qui ne peut pas supporter sur le long terme ce qui est humainement difficile à supporter…

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