Les terribles coûts cachés du Tout à l’État

parrain Etat

Cornaqué par une brochette d’imbéciles démagos, le peuple français semble vouloir toujours plus d’intervention de l’État dans sa vie quotidienne. Logiquement, cela se traduit par une croissance vigoureuse des dépenses publiques et une véritable explosion des impôts. Malheureusement, ceci ne forme que ce qu’on voit de l’action de l’État.

Ce qu’on ne voit pas est pourtant bien pire. Et si on ne le voit pas, c’est parce qu’on ne veut pas le voir ou, plutôt, parce qu’on ne regarde pas au bon endroit. En effet, à cette croissance galopante de l’État dans nos vies correspond deux conséquences catastrophiques.

timeLa première, je l’avais évoquée dans un précédent billet, c’est cet impôt incroyablement lourd que les pauvres paient si cher, sans s’en rendre compte, précisément parce que l’État, ontologiquement, prélève toujours sur la masse la plus nombreuse (et pour le moment, ce sont les pauvres qui sont les plus nombreux, pas les riches). En effet, comme je l’explique dans le billet, en créant de multiples distorsions de marché, l’État provoque des pénuries et des sous-affectations de moyens qui entraînent des temps d’attente pour obtenir certains services, parfois vitaux. C’est aussi l’État qui impose, par ses règlements et ses lois, que soit passé un temps considérable pour obtenir les bons permis, les bons papiers, les bons certificats. Pour les plus riches, ce temps peut être compensé par de l’argent dépensé en sociétés de prestation de services. Mais les autres doivent dépenser la denrée la plus précieuse qu’ils ont, le temps, et qui, une fois épuisée, ne sera jamais recouvrée.

La seconde de ces conséquences catastrophiques peut être illustrée par le témoignage, presque banal, d’une de mes lectrices, dont l’une des occupations l’amène à parcourir les vide-greniers de la région parisienne avec passion depuis des années.

L’un d’eux, qui a su s’attirer la fidélité de ma lectrice depuis le début, est situé dans l’une de ces communes délicieusement communistes de la couronne parisienne, et s’y tient tous les mois, avec un succès non démenti qui attire un monde considérable pour cette ville de taille moyenne : des centaines de personnes viennent vendre qui pour arrondir ses fins de mois, qui parce que c’est une source principale  de revenus  si on se donne du mal et si on parvient à en faire suffisamment.

Chaque mois, ce sont donc des milliers d’individus qui commercent ainsi et s’échangent tout un tas de trucs, autant pour se faire plaisir que pour répondre à un besoin, parfois ponctuel pour le chineur occasionnel, parfois récurrent pour le brocanteur semi-professionnel ou professionnel, tout en payant moins cher et donc, tout en gagnant en « pouvoir d’achat » (vous savez, ce crédo socialiste qui accompagne chaque nouvelle taxe).

Bien évidemment, tout cela ne fonctionne que si les gens peuvent venir.

Oh, bien sûr, il y a bien des bus, cette engeance collectiviste repoussante de pollution et au taux de remplissage toujours très en dessous de l’optimum. Je vous laisse imaginer ce que ce mode peut valoir, les bras chargés d’achats d’une brocante, pour écarter rapidement cette « solution », aussi « verte » prétend-elle être.

En pratique, les intéressés viennent en voiture. Le parc où a lieu la manifestation est équipé d’emplacements de stationnements mais, bien sûr, ils sont insuffisants pour le nombre de visiteurs. De surcroît, ils sont difficilement utilisables en raison d’énormes plots de béton à l’entrée qui limitent la largeur accessible à deux mètres (au passage, ceci est illégal, une entrée de parking devant obligatoirement avoir 2,20m de largeur – mais bon, la mairie est communiste donc dans le Camp du Bien, ce qui excuse cela). Par chance, il y a aussi une voirie à l’arrière du parc qui ne gêne personne (il n’y a aucun riverain à cet endroit là) : la rue est située entre le parc et l’A4. Lors des journées de brocante, les voitures garées là ralentissent un peu l’accès à l’autoroute pour quelques personnes (on parle ici d’une perte de temps de 3 minutes tout au plus).

Récemment, un automobiliste passant en voiture a choisi d’invectiver rageusement les brocanteurs et chineurs occasionnels présents à ce moment, trouvant inacceptable de se garer sur l’accotement et qu’une interdiction de cette « brocante de merde » était nécessaire une bonne fois pour toutes. Et ça n’a pas manqué : la police municipale, avertie suite à des « plaintes d’un riverain », a lourdement sévi. Dura lex, sed lex et prends-toi un bon coup de vivrensemble sur la figure, les amendes ont dégringolé sur tous les impétrants mal garés. Ce qui devait arriver arriva : tous ceux qui n’ont pas réussi à trouver de place légale, ou qui avaient une voiture un peu trop large pour entrer sur le parking désigné, sont logiquement partis.

quick somebody phone the police

Ici, on ne s’étonnera pas que la solution simple (aménager le parking pour accommoder plus de clients, ce qui aurait consisté à écarter les plots en béton) n’a pas été choisie. Distribuer des prunes permet aussi de résoudre rapidement le problème (sur le court terme) tout en faisant rentrer de l’argent dans les caisses communales. Sur le long terme cependant, cette attitude bien spécifique qui consiste, encore une fois, à utiliser la loi pour placer l’État contre les intérêts du peuple qu’il devrait servir, va se traduire par une désaffection de la manifestation, ou, à tout le moins, à une grosse limitation de son public potentiel. Par ricochet, cela va aussi priver de revenus (au moins complémentaires) ces centaines de personnes qui s’obstinent bêtement à se lever aux petites heures du matin, qu’il vente ou pleuve, pour tenir leur place. Cette désaffection va aussi empêcher d’autres personnes de faire des affaires et d’optimiser leur pouvoir d’achat.

Oui, bien sûr cette histoire de brocante est parfaitement anecdotique. Mais voilà : sa banalité provient du fait que, tous les jours, des milliers d’actes comparables sont ainsi menés, par les agents de l’État, par les communes, par les individus eux-mêmes dans le but, direct ou indirect, de saboter le travail des autres. À force de régulations, à force d’intervention de l’État partout où on ne lui demande rien et à chaque fois qu’on le peut pour mettre des bâtons dans les roues des autres, l’habitude s’est prise en France de voir dans l’autre une source d’ennui plutôt qu’une source d’enrichissement. Tout le pays cherche maintenant son salut dans le respect scrupuleux de lois toujours plus nombreuses et complexes. Il veut noyer ses erreurs politiques, économiques et sociales dans un torrent de cerfas numérotés. Le peuple français est pareil à ce capitaine de bateau dont la coque percée prend l’eau et qui tenterait d’y percer de nouveaux trous pour que l’eau reparte par ceux-là…

En réalité, cette maladie chronique qui consiste à croire que l’État permet d’apporter une solution à un nombre sans cesse croissant de problèmes, cet étatisme n’est pas néfaste que par les coûts directs, ceux que le contribuable voit facturés à chaque levée d’impôts, de taxes, de contributions. Cet étatisme est catastrophique aussi par la myriade d’effets de bords qu’il provoque. À la blessure initiale que constitue une ponction trop importante des richesses du pays pour des services médiocres s’ajoutent toutes les misères administratives, policières et légales, tous les découragements, toutes les faillites, toutes les fermetures, tous les abandons qui ne font aucun bruit, n’entraînent aucun entrefilet dans les médias, et qui multiplient par dix, par cent l’effet dévastateur du prélèvement initial.

Ce pays est foutu.
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