Éducation : changer de logiciel

La France serait bien avisée de s’inspirer des initiatives courageuses menées à l’étranger.

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Une salle de classe dans une école (Crédits : Conseil Général du Val-de-Marne, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

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Éducation : changer de logiciel

Publié le 15 mars 2015
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Par Vincent Delhomme
Un article de Trop Libre

Classe école Credit Conseil Général du Val-de-Marne (Creative Commons)
Classe école – Credit Conseil Général du Val-de-Marne (Creative Commons)

 

Le constat est connu de tous, l’école française est en panne. Reléguée en queue de peloton au gré des classements PISA, elle est surtout la plus inégalitaire de l’OCDE, et laisse sortir chaque année des centaines de milliers de jeunes sans qualification. Ces piètres performances, non contentes de porter préjudice à nos performances économiques de long terme, sont un véritable gâchis pour notre jeunesse et une véritable bombe sociale. L’école est incapable d’intégrer à notre société les populations les plus socialement défavorisées.

Malgré cela, nulle idée novatrice, nulle réforme d’ampleur n’est en vue depuis plus d’une dizaine d’années. On préfère laisser sereinement s’installer l’idée que l’école est une institution par essence irréformable. Pourtant, des initiatives courageuses ont été récemment menées dans d’autres pays, dont la France serait bien avisée de s’inspirer.

Également confronté à la détérioration de son système éducatif, le Royaume-Uni s’est lancé dans une réforme profonde. Michael Gove, ancien ministre de l’Éducation de David Cameron, a ainsi donné leur autonomie a plus de la moitié des écoles secondaires du pays (de 11 à 16/18 ans). Appelées académies, celles-ci ont désormais le contrôle de leur recrutement, de leur budget, ainsi que de leurs programmes. En parallèle, des free schools ont été créées, écoles financées publiquement mais gérées de façon totalement indépendantes par des fondations privées à but non lucratif.

De l’autre côté de l’Atlantique, Rahm Emmanuel, maire de Chicago et ancien chef de cabinet d’Obama à la Maison Blanche, s’est lui aussi lancé dans une vigoureuse réforme des écoles de la ville, la plupart dans un état lamentable. Il en a fermé des dizaines, s’attirant les foudres des syndicats de professeurs, et a redirigé l’argent vers des charter schools, elles aussi financées par l’argent public mais gérées de façon indépendantes.

C’est que l’autonomie scolaire a du bon, surtout pour les élèves socialement les plus défavorisés. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, ce sont ces écoles indépendantes implantées dans les quartiers les plus difficiles qui connaissent les résultats les plus spectaculaires. Les performances des élèves y sont en moyenne meilleures, la fréquentation supérieure, alors même qu’elles coûtent souvent moins cher à l’État qu’une école publique. La raison ? Des écoles autonomes, dont les enseignants travaillent en équipe, et qui adaptent leurs pédagogies et leur fonctionnement aux élèves qu’elles reçoivent.

Souvent taboue en France, l’autonomie scolaire est pourtant loin d’être une lubie libérale. Ces solutions, l’OCDE les recommande inlassablement, au gré de ses études et de ses recommandations. Ce sont les États où les établissements jouissent du plus de liberté dans leur organisation qui tendent à être les plus performants. Cette autonomie, bien sûr, doit être couplée à une véritable responsabilité des établissements quant à leurs résultats et au développement d’une véritable culture collaborative entre les enseignants.

De façon peu surprenante, les écoles françaises sont parmi les moins autonomes de l’OCDE. Andreas Schleicher, son directeur de l’éducation et coordinateur des célèbres études PISA explique : « En France, les maîtres ne collaborent pas. Ils ne se perçoivent pas comme membres d’une communauté professionnelle. L’institution les traite comme des exécutants qui sont là pour faire passer un programme. Ils sont comme à l’usine, font leur travail dans leur coin. S’ils étaient à Shanghai, on viendrait tous les jours dans leur classe leur donner des conseils. À Singapour, ils auraient 100 heures annuelles de formation. »

Ainsi, à ceux pour qui l’autonomie scolaire signifie le retrait de l’État, ou la fin de l’école de la République, il faut dire qu’ils font fausse route. L’État peut avoir un rôle à jouer dans la formation des professeurs et dans le financement de l’éducation, surtout en dirigeant l’argent vers les élèves les plus fragiles. Mais il faut abandonner l’idée d’un système centralisé où les directeurs et les professeurs sont réduits à être de simples exécutants. Les établissements doivent être autonomes dans leur fonctionnement et responsables de leurs résultats. En proposant la même éducation à des populations radicalement différentes, le système actuel favorise l’échec et l’exclusion sociale, sous couvert du vernis égalitariste républicain. Une réforme d’ampleur doit donc être menée, pour pallier la fracture sociale grandissante du pays, et afin que l’école française retrouve sa place dans la compétition internationale.


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  • Comment s’étonner du eu de candidats aux concours de recrutement quand on a vidé le métier d’enseignant de tout ce qui fait son intérêt? Le problème est qu’on commence à recruter des profs qui n’ont pas le niveau de compétence et qui, pour un certain nombre, sont surtout attirés par le statut de fonctionnaire. Il semble que M. Fillon dans son programme, avance dans la voie évoquée par cet article. Il faudra s’en donner les moyens, c’est urgent.

  • Votre constat, bcp le font, mais votre article est bien. Par contre, mettre plus d’argent public pour les élèves fragiles? Qu’est ce que cela signifie?
    Maintenant dans le contexte actuel, il faudra énormément communiquer sérieusement avec le corps enseignants pour qu’il participe à ce changement, il se sen floué et par leur ministre et par leur syndicat, et bcp sont fatigués par leur travail.

  • L’école est par définition… inégalitaire. Puisqu’elle travaille sur la matière humaine… qui est inégalitaire.

    Où est le problème ?

    Depuis quand tout le monde peut rentrer à Polytechnique ?

    Se plaindre que XXXXX jeunes sortent chaque année « sans qualifications »…. ça veut dire quoi ? Et puis en quoi est-ce nouveau ?

    Avant, ils sortaient dès la 5ème. Ensuite en 3ème. Et maintenant on leur donne le bac, et ils se font « sortir » en 1ère année de fac.

    Il faut être aveugle pour dire que le phénomène est nouveau. Simplement, il est devenu plus massif en valeur absolue… pour des raisons démographiques, et idéologiques (là je suis d’accord, ça a empiré).

    Mais le fond est toujours identique : sur une population donnée, nous aurons toujours X% qui seront incapables d’avoir une « qualification ». A fortiori dans nos sociétés de plus en plus pointues, complexes, bureaucratiques.

    Ca s’appelle l’hérédité, la biologie. Et vous n’y pouvez rien.

    Second facteur aggravant, spécifique à la France : expliquez nous comment, quelle que soit le système scolaire utilisé… « donner une qualification » à des milliers d’enfants d’immigrés et/ou d’étrangers dont les parents ne parlent pas français, qui rentrent chaque année dans le système ? Et qui cumulent en plus bas niveau social ?

    Vous ne pouvez pas faire de miracle.

    On ne peut pas juger l’école, son fonctionnement, en faisant abstraction des élèves qu’on lui fournit.

    • Charles
      Votre commentaire est un festival de conneries et de préjugés méprisants, c’en est impressionnant…

  • ma petite fille, sept ans, franco-japonaise, va rentrer à l’école le 1er avril. Tout commence au Japon le 1er avril, l’année fiscale et aussi la rentrée des classes ! Elle ira à l’école avec un petit cartable porté au dos et dont la forme est inspirée du paquetage des soldats de l’armée néerlandaise (c’est vrai) qui pèsera rien du tout parce qu’elle ne transportera plus de livres et de cahiers, seulement une tablette à écran tactile connectée en wi-fi pour recevoir les devoirs et exercices à faire après les heures de cours … Quand je vois mes autres petits-enfants aller à l’école avec des kilos de livres et de cahiers on se demande où on va alors qu’internet a envahi des pans entiers de l’économie … mais pas encore l’EducNat française. Ce sera peut-être pour le prochain siècle !

    • C’est tellement évident. Il y aurait tellement de bonnes décisions à prendre en France que cela donne le tournis quand on y pense. Hélas, dès qu’on voit un de nos politiques, on revient sur terre.

  • Toutes les grandes démocraties occidentales connaissent le même problème avec la massification de l’enseignement.
    Certains s’en tirent un peu mieux que d’autres, comme le Canada, mais reste loin des performances du Sud-Est asiatique.

    On peut prévoir une aggravation de cet écart avec le temps et toutes les politiques possibles , aussi libérales soient-elles ( utopiques en France puisque droite et gauche s’accorde sur un anti-libéralisme crispé) , n’y changeront rien.

  • il convient de corriger certaines affirmations de l’auteur de l’article.

    (a) La France a l’école la plus inégalitaire. La source citée pour justifier cette affirmation n’est pas la bonne. Ceci dit, ce n’est pas la faute de l’auteur, mais de la source elle-même qui formule mal ce qu’elle veut montrer. La source montre qu’il y a une forte corrélation entre résultats et milieu socio-économique. Cela ne montre nullement que l’école est inégalitaire mais plutôt que le poids du milieu socio-économique a une influence non négligeable sur les résultats. Si on veut regarder l’inégalité produite par l’école, il faut regarder notamment la variance corrigée du milieu social, pour mesurer véritablement le rôle de l’école. Ceci dit, même corrigé de l’impact du milieu social, l’école française reste inégalitaire entre « bons » et « mauvais » élèves (rien que cette distinction passée dans le langage courant montre à quel point elle est inégalitaire). Je tiens à souligner une faute intellectuelle commise par de nombreux commentateurs des études PISA (qu’en général ils n’ont pas véritablement lues), ils considèrent que puisque le milieu social a une forte influence dans les résultats des élèves, c’est la faute de l’école. C’est complètement contradictoire ! Si c’était la faute de l’école, justement, dans les statistiques on trouverait une moins forte influence de milieu socio-économique !

    (b) Concernant les free schools, les charter school, j’invite chacun à lire les propos de Diane Ravitch, ancienne conseillère de Bush père qui dénonce les méfaits de ces politiques éducatives. http://www.monde-diplomatique.fr/2010/10/RAVITCH/19750. On pourra également observer l’évolution des scores à PISA, PIRLS ou TIMSS, de la Suède depuis ses réformes dans les années 90 en matière de « libéralisation » de l’enseignement. La Finlande suit également la même voie. Au sujet de la Suède, on pourra lire S. Wiborg, « Swedish Free Schools : Do they work ? », Centre for Learning and Life Chances in Knowledge Economies and Societies- Research Paper, no 18, 2010.

    (c) Concernant l’autonomie, il faut distinguer autonomie en matière de ressources et autonomie en matière d’évaluation et de programme. Si on regarde cette deuxième sorte d’autonomie, la France se situe dans la moyenne, au même niveau que le Danemark, l’Australie et l’Irlande, à un niveau plus élevé que l’Allemagne, la Finlande, la Suisse, la Suède, les USA par exemple (figure IV.1.15). En matière d’autonomie en ressources, la France est en effet dans le bas du classement. Est-ce si grave ? Pas vraiment car si on se reporte à la page 237 du rapport, Table IV. 1.4, car la corrélation entre performance et autonomie n’existe (et reste assez faible) que pour l’autonomie en programme et évaluation , mais pas en matière d’autonomie financière.

    (d) Enfin, en matière de concurrence entre établissements scolaires, le rapport est clair. Page 59. « Les correlations de niveau Systeme faites dans l’enquete PISA ne revelent pas de relation entre le degre concurrence et la performance des eleves […]Par ailleurs, les resultats montrent que la relation entre le degre de concurrence et l’equite est faible et negative […] ce constat confirme les conclusions de diverses etudes qui montrent que le choix de l’etablissement – et, par
    extension, la concurrence entre etablissements – est associe a une segregation plus forte dans les systemes
    d’education, ce qui peut avoir des consequences indesirables sur l’equite dans les possibilites d’apprentissage et les resultats de l’apprentissage. »

  • Le chèque éducation ils conaissent? Ou meux le compte épargne éducation?

  • Priorité aux banlieues et adieu à l’éducation des écoliers des campagnes, Le métier d’enseigant n’inspire plus, trop dangereux… Alors on a abaissé la moyenne à un concours de recrutement d’urgence à 4.5/20 ??
    Il y a une manière simple de mettre plus de moyens : il faut arrêter l’immigration massive.

  • Avec 800.000 élèves par classe d’age, pour avoir des centaines de milliers d’élèves dans le ruisseau, cela ferait entre 25 %et 38 % au moins de chaque classe d’age…

    Ou l’art d’énoncer des inepties car on ne comprend pas grand chose aux données que ‘on ne sait pas relativiser…

  • On peut se demander quelle est la valeur ajoutée de l’Etat dans un système scolaire.
    Traditionnellement et sur un marché libre, une école donne l’optimum à chaque élève, faute de quoi les parents iront payer ailleurs. ( Le chèque éducation règle la question du libre choix éducatif des famille pauvres, depuis 1917 au Pays Bas ! )

    Mais si le système scolaire dépend de l’Etat, la démagogie électorale impose de nos jours la question de l' »inégalité » scolaire. Toutes les exigences de l’école, toutes ses vertus ont sombré dans l’égalitarisme. Pour ne plus faire de classe à plusieurs vitesses (celles de l’intelligence de chaque enfant) les instituteurs ne pousse pas les bons élèves à donner le meilleur, ceux-ci s’ennuient !

    Les études parlent de corrélation statistique « résultats scolaires » avec « milieu socio-professionnels de l’élève ». Les politiques étatistes ne font pas dans la nuance, et invoque une « inégalité » qui serait du devoir de l’école « républicaine » de corriger !

    Ces politiques « correctrices » ne fonctionnent jamais, sauf à pénaliser certains du milieu de tableau, et à retarder l’entrée dans la vie professionnelle pour les élèves impatient de sortir de classe. Le grand oubli -volontaire- c’est l’investissement éducatif des parents, depuis la petite enfance, et à cet age là surtout des mères !

    C’est la raison pour laquelle émergent toujours même des quartiers les plus pauvres, y compris ceux de l’immigration pauvres, des élèves excellent, qui tracent leur avenir en dépit de l’environnement. De cette attitude des parents devant les apprentissages de leur enfants dépend le succès ou l’echec scolaire.

    Puisque n’importe quelle famille peut adopter cette attitude gagnante, les politiques publiques dans l’école devraient se limiter à donner une vraie chance à tous : ordre et discipline à l’école, qualité et intérêt de l’enseignement, soutien scolaire, et bourses pour les études. La motivation de l’enseignant est vitale, et l’autonomie scolaire permet une gratification pécunière (même ressort humain qu’en entreprise)

  • Ceci expliquant cela , le recrutement d’enseignants est également de plus en plus difficile.

  • Une simple observation illustre l’échec inexorable de la politique scolaire et des choix pédagogiques qui ont démoli l’école: des classes hétérogénéisées et des programmes homogénéisés, et ce, depuis plus de 40 ans!

    • Et cette imbécillité en illustre une autre: l’attachement névrotique des Français au slogan inepte dont ils se gargarisent et qu’ils érigent en système de pensée …et même de gouvernement: COMPARAISON N’EST PAS RAISON

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