Éducation : changer de logiciel

Une salle de classe dans une école (Crédits : Conseil Général du Val-de-Marne, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La France serait bien avisée de s’inspirer des initiatives courageuses menées à l’étranger.

Par Vincent Delhomme
Un article de Trop Libre

Classe école Credit Conseil Général du Val-de-Marne (Creative Commons)
Classe école – Credit Conseil Général du Val-de-Marne (Creative Commons)

 

Le constat est connu de tous, l’école française est en panne. Reléguée en queue de peloton au gré des classements PISA, elle est surtout la plus inégalitaire de l’OCDE, et laisse sortir chaque année des centaines de milliers de jeunes sans qualification. Ces piètres performances, non contentes de porter préjudice à nos performances économiques de long terme, sont un véritable gâchis pour notre jeunesse et une véritable bombe sociale. L’école est incapable d’intégrer à notre société les populations les plus socialement défavorisées.

Malgré cela, nulle idée novatrice, nulle réforme d’ampleur n’est en vue depuis plus d’une dizaine d’années. On préfère laisser sereinement s’installer l’idée que l’école est une institution par essence irréformable. Pourtant, des initiatives courageuses ont été récemment menées dans d’autres pays, dont la France serait bien avisée de s’inspirer.

Également confronté à la détérioration de son système éducatif, le Royaume-Uni s’est lancé dans une réforme profonde. Michael Gove, ancien ministre de l’Éducation de David Cameron, a ainsi donné leur autonomie a plus de la moitié des écoles secondaires du pays (de 11 à 16/18 ans). Appelées académies, celles-ci ont désormais le contrôle de leur recrutement, de leur budget, ainsi que de leurs programmes. En parallèle, des free schools ont été créées, écoles financées publiquement mais gérées de façon totalement indépendantes par des fondations privées à but non lucratif.

De l’autre côté de l’Atlantique, Rahm Emmanuel, maire de Chicago et ancien chef de cabinet d’Obama à la Maison Blanche, s’est lui aussi lancé dans une vigoureuse réforme des écoles de la ville, la plupart dans un état lamentable. Il en a fermé des dizaines, s’attirant les foudres des syndicats de professeurs, et a redirigé l’argent vers des charter schools, elles aussi financées par l’argent public mais gérées de façon indépendantes.

C’est que l’autonomie scolaire a du bon, surtout pour les élèves socialement les plus défavorisés. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, ce sont ces écoles indépendantes implantées dans les quartiers les plus difficiles qui connaissent les résultats les plus spectaculaires. Les performances des élèves y sont en moyenne meilleures, la fréquentation supérieure, alors même qu’elles coûtent souvent moins cher à l’État qu’une école publique. La raison ? Des écoles autonomes, dont les enseignants travaillent en équipe, et qui adaptent leurs pédagogies et leur fonctionnement aux élèves qu’elles reçoivent.

Souvent taboue en France, l’autonomie scolaire est pourtant loin d’être une lubie libérale. Ces solutions, l’OCDE les recommande inlassablement, au gré de ses études et de ses recommandations. Ce sont les États où les établissements jouissent du plus de liberté dans leur organisation qui tendent à être les plus performants. Cette autonomie, bien sûr, doit être couplée à une véritable responsabilité des établissements quant à leurs résultats et au développement d’une véritable culture collaborative entre les enseignants.

De façon peu surprenante, les écoles françaises sont parmi les moins autonomes de l’OCDE. Andreas Schleicher, son directeur de l’éducation et coordinateur des célèbres études PISA explique : « En France, les maîtres ne collaborent pas. Ils ne se perçoivent pas comme membres d’une communauté professionnelle. L’institution les traite comme des exécutants qui sont là pour faire passer un programme. Ils sont comme à l’usine, font leur travail dans leur coin. S’ils étaient à Shanghai, on viendrait tous les jours dans leur classe leur donner des conseils. À Singapour, ils auraient 100 heures annuelles de formation. »

Ainsi, à ceux pour qui l’autonomie scolaire signifie le retrait de l’État, ou la fin de l’école de la République, il faut dire qu’ils font fausse route. L’État peut avoir un rôle à jouer dans la formation des professeurs et dans le financement de l’éducation, surtout en dirigeant l’argent vers les élèves les plus fragiles. Mais il faut abandonner l’idée d’un système centralisé où les directeurs et les professeurs sont réduits à être de simples exécutants. Les établissements doivent être autonomes dans leur fonctionnement et responsables de leurs résultats. En proposant la même éducation à des populations radicalement différentes, le système actuel favorise l’échec et l’exclusion sociale, sous couvert du vernis égalitariste républicain. Une réforme d’ampleur doit donc être menée, pour pallier la fracture sociale grandissante du pays, et afin que l’école française retrouve sa place dans la compétition internationale.


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