Les grandes entreprises fuient Paris : Hidalgo sous pression !

Mais qu’attend Anne Hidalgo pour s’intéresser à l’attractivité économique de la capitale ?

Par le Parisien libéral

Anne Hidalgo - Credits Parti Socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)
Anne Hidalgo – Credits Parti Socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Il y a un cliché si fermement établi que même l’exécutif (socialiste) parisien pourrait être tenté d’y croire : Paris serait assuré de voir ses recettes fiscales maintenues, notamment grâce à la présence d’un grand nombre d’entreprises, à commencer par celles du CAC 40, sur le territoire de la capitale. Pourtant, rien n’est moins sûr. Il y a une réalité : la fuite des sièges des grandes entreprises de Paris, notamment celles du CAC 40.

Selon l’Insee, la capitale comptait officiellement 138 établissements de plus de 1.000 salariés en 2008 mais 123 en 2009. En 2007, Paris concentrait encore 32% des sociétés, divisions et autres filiales installées en Île-de-France employant plus de 1000 personnes. En 2009, la proportion n’atteignait plus que 29,7%. Et en 2010 déjà, à peine plus de la moitié du CAC 40 avait son siège social à Paris.

La banlieue proche constitue un sérieux challenger pour la ville de Paris, puisque le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis et surtout les Hauts-de-Seine avec la Défense constituent les terres d’accueil prioritaires des sièges des grandes entreprises, quand elles ne choisissent pas d’aller directement à l’étranger, pour diverses raisons

Le mouvement est loin d’être achevé

La Bourse de Paris, Euronext Paris, est sur le départ pour la Défense, Aéroports de Paris déménage à Roissy et PSA Peugeot Citroën se rapproche de son usine de Poissy.

C’est un problème qu’Anne Hidalgo ne peut pas ignorer. Elle ne le découvre pas non plus, puisqu’elle a été l’adjointe de Bertrand Delanoé depuis 2001. Anne Hidalgo ne peut même pas se cacher derrière les autres fonctions qu’elle occupait durant la période, puisqu’elle était soit manifestement absentéiste en ce qui concerne sa mission d’élue du XVeme arrondissement, soit carrément portée disparue en ce qui concerne ses fonctions d’inspecteur du travail !

Mais en quoi la fuite de Paris des sièges du CAC 40 pose problème ?

D’une part, la ville de Paris va progressivement devoir se poser de plus en plus de questions sur ses recettes fiscales. Si l’immobilier reste une manne pour Paris, avec tous les risques que cela comporte pour le budget de la ville en cas de retournement avéré du nombre de transactions, les entreprises et leurs contributions restent la base du business model parisien de faible imposition des particuliers.

D’autre part, un siège social en moins, c’est autant de besoins en moins en matière de sandwicheries, de crèches privées d’entreprises, de gardiennage sécurité, bref de tous ces emplois qui nourrissent le tissu entrepreneurial parisien. Certes, les besoins sont toujours là, ils sont simplement déplacés là où les sièges sociaux se trouvent.

Et c’est là où ces localisations hors centre posent aussi un problème aux salariés eux-mêmes : en effet, il faut bien se rendre au travail, que ce soit en voiture ou en transports en commun, ou même en Velib’ comme semble le suggérer Anne Hidalgo. Or, n’a t-on pas remarqué que l’un des problèmes de la Défense réside dans le fait qu’à la différence de Châtelet-les-Halles, une seule ligne de RER y passe ? (en attendant le prolongement du RER E vers la Défense et au-delà).

Effet de ciseau

Face à l’effet de ciseau (baisse des recettes fiscales issues des transactions immobilières et baisse des taxes payées par les entreprises vs hausse des dépenses pour financer un programme surréaliste de HLM), que peut faire Anne Hidalgo ?

Certes, si les entreprises partent, notamment les plus grandes, ce n’est pas seulement la faute de l’exécutif parisien. Il n’est pas uniquement du ressort d’Anne Hidalgo de faire en sorte que Paris puisse offrir de vastes surfaces modernes de bureaux, des accès et des parkings. Les contraintes urbanistiques et environnementales ne sont pas uniquement du ressort de la mairie de Paris et Anne Hidalgo ne part pas d’une page blanche. Et ce n’est pas non plus du ressort d’Anne Hidalgo, mais plutôt de celui du gouvernement, d’arbitrer entre une TTF pour faire plaisir à l’extrême-gauche et des salles de marché à Paris plutôt qu’à Londres.

Mais, sans empêcher les entreprises de déménager, l’actuelle maire de Paris, et précédemment adjointe de Bertrand Delanoé, disposait de la meilleure monnaie qui soit, puisqu’elle est gratuite : la renommée (pas la sienne, celle de la ville de Paris, la marque Paris) pour éviter l’effet ciseau de baisses de recettes et de hausse de la structure de coûts. L’exécutif municipal, qui était si prompt à dénier au Touquet-Paris-Plage d’utiliser le nom de « Paris Plage » (cela ne faisait que depuis 1912 que cette ville s’appelait ainsi…), aurait pu proposer à Montreuil (siège d’Ubisoft), Malakoff (siège de LCL), Saint-Ouen ou Saint-Denis (SFR, GDF…) de devenir des nouveaux arrondissements parisiens, tout comme, en 1860, Belleville, Auteuil, Charonne ou Montmartre ont rejoint la ville de Paris.

Ce plan, évidemment, devient moins attractif pour les communes riveraines de Paris au fur et à mesure que les entreprises les préfèrent à la capitale, obligeant à ajuster la fair value de la marque Paris ?

Comme dans tout bon match, l’horloge tourne. Peut-être qu’Anne Hidalgo, au lieu de s’occuper d’arbitrage de matchs de football (surtout qu’avant 2014, on ne lui connaissait pas une grande passion pour le PSG), pourrait s’occuper de l’attractivité économique de la capitale. Ce n’est pas comme si il y avait urgence…


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