Pétrole : et si la demande repartait ?

Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)

Et si la baisse des prix aidait à l’accélération de la demande ?

La demande de brut a été revue à la baisse constamment depuis mi 2014… en ligne avec la chute des prix… Les États-Unis ont une économie en bonne santé et les prix à la pompe ont été quasiment divisés par deux alors que l’Amérique représente le quart de la consommation mondiale.
Et si la baisse des prix aidait à l’accélération de la demande ?

Par Aymeric de Villaret.

Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)
Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)

La moindre demande première raison de la chute du pétrole

On a beaucoup parlé d’offre et de la nécessité de réduire cette offre pour rééquilibrer les marchés ! Mais s’il y a eu surplus de barils, ce n’est pas tant que l’offre a augmenté… puisque ces dernières années… la hausse de la production américaine était absorbée par la hausse de la demande mondiale.

Et oui, on a eu un peu tendance à oublier la demande, obnubilés que nous étions par la hausse de la production américaine. Et tant que cette dernière était absorbée par la hausse de la demande, tout allait bien, et le Brent avait trouvé sa zone d’équilibre à 100-110$/baril.

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Ainsi comme le montre le tableau ci-dessus alors que l’AIE escomptait en décembre 2013 une hausse de la demande pour 2014 (vs 2013) de 1,2 Mb/j, cette estimation est même montée à 1,4 Mb/j en mai juin-juillet, pour ensuite s’effondrer et n’atteindre plus que 0,6 Mb/j en novembre.

Force est de constater que les cours du Brent ont suivi cette tendance…
Oui, les cours du baril ont été « drivés » par l’évolution de la variation de la demande !
Et si l’Arabie Saoudite a été accusée d’être la source de cette chute, c’est plus sa volonté d’arrêter d’être le « swing producer » qui peut l’être, rôle qu’elle joue depuis si longtemps.

Une variation de la demande américaine du niveau de la chinoise

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On voit bien que la hausse de la demande mondiale a été en 2014 au plus bas depuis la chute de 2009 et que la Chine n’est plus le moteur de croissance qu’elle était.
Ainsi en 2013 et 2014, les croissances absolues de la Chine et des États-Unis ont été quasiment identiques !

Les États-Unis premier consommateur mondial de pétrole

Évidemment les marchés ont toujours en mémoire les croissances formidables du passé en % de la Chine, mais d’une part cette croissance ralentit et d’autre part, les États-Unis consomment nettement plus de pétrole que la Chine.

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Ainsi en 2014, les États-Unis ont contribué à 20,6% de la demande mondiale de pétrole, devant l’Europe à 14,5 % et la Chine à 11,2%. Certes la Chine est un grand consommateur, mais les États-Unis, à eux seuls, dépensent quasiment le double de la Chine.
Et si l’on prend l’Amérique du Nord dans son ensemble (c.à.d. avec Canada et Mexique), c’est plus du quart de la consommation mondiale en 2014 (26% exactement) !

Et si la demande repartait ?

demande du pétrole rené le honzecQuand on analyse tous les éléments que nous venons de développer auparavant, on comprend beaucoup mieux le sens de la question…

Si ce sont les révisions à la baisse de la demande qui ont enclenché le mouvement de chute du baril, des signes inverses pourraient créer un certain rebond du prix du baril…
Ne pas se focaliser que sur la Chine…

En effet, pour le marché, c’est la formidable hausse de la Chine des années 2000 qui a été la source d’un baril à 100$ ! Ceci est vrai mais la croissance est moindre même si réelle… En janvier-février 2015, elle a quand même été de 4 %…

Regarder le principal consommateur : les États-Unis

Et là les signes sont encourageants avec :
1) Une économie qui repart
2) Des prix des carburants en fort déclin

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À la différence des Européens, les Américains paient peu de taxes sur les carburants et profitent pleinement à la pompe de la baisse des cours du baril, d’autant que le baril est libellé en dollar !
Du coup, comme l’indiquait le Wall Street Journal fin février, la consommation américaine repart et les américains achètent de plus en plus de gros véhicules (type SUV) très consommateurs de carburant.
Et de plus, ce qui n’est pas pour déplaire dans un tel contexte, l’hiver y a été particulièrement rigoureux.
Cela a même incité Goldman Sachs, devenu assez pessimiste (en prévoyant que le prix du baril irait à 40$), contrairement au passé, à admettre en début de semaine que le prix de 40$ était peut-être un peu trop bas, les stocks n’étant pas aussi importants qu’escompté, du d’une demande plus forte provoquée par :
1) cet hiver rigoureux
2) la sécheresse au Brésil

Conclusion

Comme nous venons de le voir ce sont les signes de moindre croissance qui ont été le fer de lance de la chute du baril.
Quand la demande était là, la montée en puissance de l’huile de schiste américaine ne posait pas de problèmes !

Aujourd’hui, celle-ci souffre et est affectée par un baril moins cher. La meilleure preuve en est la vente probable du principal producteur d’huile de schiste dans le Bakken, Whiting Petroleum, qui s’est fortement endetté en rachetant Kodiak Oil & Gas…

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Et si les producteurs américains d’huile de schiste commencent à produire moins à l’été 2015 (avec la fin des couvertures), le rebond de la demande notamment aux États-Unis pourrait donner un certain « boost » aux cours du baril.

Car, quel meilleur moyen pour stimuler la demande que de baisser les prix ? C’est d’ailleurs exactement le message, le week-end dernier, du secrétaire général de l’OPEP Abdalla El-Badri.
Comme nous l’écrivions le 25 février, s’agissant d’une question d’équilibre offre-demande… une sortie par le haut nous apparaît, en l’état actuel des choses, la plus probable.