Syriza existe en France, c’est le FN

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

La victoire de Syriza n’est pas celle de la gauche, mais celle du populisme.

Un article de l’auteur du site Bobo libéral.

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)
Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

 

Rappelez-vous, fin janvier 2015, toute la classe médiatique se réjouissait de la victoire de Syriza aux élections législatives grecques. Enfin les journalistes pouvaient exulter devant la victoire d’un parti de gauche, de cette belle gauche qu’ils aiment tant. Enfin une formation politique qui répond à leurs canons politiques, représentant le peuple, remplaçant la vieille oligarchie en place, luttant contre l’austérité, bien évidemment et surtout anti-libérale et anti-capitaliste, bref de la vraie gauche. Le monde journalistique de notre nation hexagonale y retrouvait l’expression politique des Indignés et des Occupy Wall Street d’antan qui étaient à leurs yeux la quintessence de la révolte politique, mais qui s’expriment maintenant par les urnes.

Et, à l’image d’un Mélenchon, beaucoup de représentants de cette classe médiatique peinent à dissimuler leur envie de voir éclore un printemps socialiste en Europe, avec une victoire de Podémos en Espagne, qui serait le point de départ d’un feu d’artifice socialiste, balayant les populismes d’extrême-droite, soumettant la finance internationale et reprenant le contrôle d’une Europe aux mains des idéologues ultra-libéraux.

Mais soyons plus réaliste. Ce fantasme Mélenchonien va se briser sec, comme à la présidentielle de 2012 où l’on devait, parait-il, entendre le peuple gronder avec le front de gauche pour ne devenir au final qu’un vague murmure sans lendemain. On en voit d’ailleurs les contours se dessiner pour les départementales de mars 2015 : la gauche va se faire laminer.

Cependant, les forces qui ont mené Syriza à la victoire électorale, cette dynamique sociale qui a conduit ce parti au pouvoir est intacte et même vivante comme jamais en France. Les commentateurs politiques ont raison : il risque d’y avoir du changement. Mais ce changement prendra un autre visage. Il aura visage de l’extrême-droite, celui du FN.

Car la victoire de Syriza n’est pas celle de la gauche, mais celle du populisme, et plus largement celle de la social-démocratie. Cette arrivée au pouvoir de Syriza n’est pas la preuve d’un quelconque changement : c’est même l’exact opposé. C’est la poursuite de ce qui a toujours existé, la poursuite d’un conservatisme consternant.

La social-démocratie n’a pas cessé d’enfanter des partis qui prétendaient révolutionner la politique et donner un nouvel espoir au peuple. Que ce soit le Front Populaire, le fascisme italien, le nazisme, mais aussi le gaullisme, l’arrivée des socialistes en 81, Sarkozy avec sa rupture, Hollande avec son changement.

Le changement : ils n’ont que ce mot à la bouche

Mais toute la structure de nos États-providences social-démocrates rend ce changement inopérant.

Il est vrai qu’il y a parmi le peuple – ceux d’en bas – un désir légitime de remplacer son élite, quand celle-ci brille par son incompétence. C’est une constante de toutes les époques de l’histoire. Par le passé, au temps des monarchies, le peuple se fédérait et se rebellait, obligeant le pouvoir en place à se reformer. Mais aujourd’hui, par le biais du processus électoral, où l’on propose de changer ceux qui gouvernent par d’autres soi-disant issus du peuple et supposés le représenter, cette résistance à l’oppression s’est érodée considérablement. Chaque citoyen ne se rebelle plus, mais au contraire patiente sagement jusqu’à la prochaine élection pour mettre son candidat au pouvoir. Candidat souvent issu des mêmes milieux que le précédent.

La réforme, le changement tant attendu tardent alors à venir. En revanche l’administration, celle qui fait les rouages du système actuel reste inchangée, et elle s’étend inexorablement. Le peuple en constate les dégâts et conspue ses élites, s’indigne de leur manque d’intégrité, mais ne fait qu’attendre la prochaine élection dans l’espoir vain du changement. Il est même divisé en partis politiques. Il ne représente plus une menace pour le pouvoir.

Toutefois, au bout d’un certain temps, les fausses alternances ne trompent plus personne et peuvent conduire à de véritables soubresauts révolutionnaires. Il devient nécessaire, pour le système en place, qu’un nouveau parti émerge en incarnant la rupture et le changement. Il sera celui le plus en accord avec le Zeitgeist, l’esprit de notre époque, le plus fashion en sorte.

Car la social-démocratie, en plus d’amoindrir les défenses du peuple, pervertit sa morale et son éthique. Il n’est plus question d’une vérité, d’un seul ordre moral, de principes éthiques universels, immanents, que nul ne peut contester. Puisque la démocratie représente le peuple, et qu’il doit y avoir alternance du pouvoir, il y a alors alternance des idées, de la morale, de l’éthique, et de la vérité.

Bienvenue dans le relativisme

syriza france rené le honzecLe peuple devient frivole et change d’idées comme de chemise. Et c’est au parti qui adhérera au mieux à cet esprit du temps qui l’emportera. C’est d’ailleurs une gageure. Ainsi populaire, porté par son époque et devenant irrésistiblement majoritaire, il attirera l’attention des élites actuelles, de tous types, et qui petit à petit se joindront à sa cause. La veille on conspuait ce parti, demain on l’adulera.

Arrivé au pouvoir, il y aura certes des modifications à la marge, des têtes seront coupées, des noms seront changés, on tentera quelques innovations, quelques améliorations se feront sentir, mais l’essence de ce qui fonde le pouvoir sera intact.

Et comme ce Zeitgeist, cet esprit du temps, diffère selon les pays, comme en Europe, les partis dits populistes varient de tonalité selon leur nationalité, allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Chaque pays produira sa ou ses variétés locales.

C’est Syriza en Gréce, peut-être UKIP en Grande-Bretagne, Podemos en Espagne, et le FN en France.

Mais pas d’inquiétude, tout ce manège n’est qu’un vaste rideau de fumée. À ceux qui craignent cette grande vague de changement qui s’annonce dans notre Europe meurtrie par la crise et redoutent en conséquence de grands drames à venir, je les invite à méditer la célèbre réplique du Guépard de Visconti :

Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change.


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