Succès du traitement social du chômage ?

François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)

Succès du traitement « social » du chômage, mais qu’en est-il de son traitement économique ?

Par Jacques Garello.

François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)
François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)

 

Promesse tenue : la courbe du chômage s’est inversée. On salue aussi comme prometteuse la reprise de l’inflation. Bref, la conjoncture s’améliore en France. Certes le nombre de chômeurs de catégorie A n’a décliné que de 0,5 % (19.000 sur 3.480.000) ; certes à l’inverse le nombre de chômeurs des catégories B et C a augmenté de 2,3 %, portant le total des chômeurs à 5,3 millions. Certes l’inflation signifie la perte du pouvoir d’achat, mais qu’importe ? Malgré tout, le gouvernement peut se prévaloir d’une « évolution favorable ». C’est un succès pour le « traitement social » et Manuel Valls va en rajouter une couche avec la « prime d’activité » présentée il y a quelques jours. Quant au traitement économique, il pourra attendre des jours meilleurs et la conversion de nos dirigeants à la réalité économique.

La prime d’activité

Le traitement social du chômage, inventé jadis par Pierre Mauroy, poursuit un double objectif : prendre en charge les chômeurs, pour éviter exclusion et misère, et restaurer un pouvoir d’achat de nature à relancer l’emploi. Il peut s’accompagner d’un discret traitement statistique en jouant habilement sur les définitions et les chiffres.

Lionel Jospin a apporté sa pierre à l’édifice en créant en 2001 la Prime pour l’Emploi (PPE) qui exempte partiellement le chômeur d’impôt sur le revenu, ou lui verse un revenu s’il n’est pas frappé par ledit impôt. La PPE bénéficie à 9 millions de Français, et représente un gain moyen de 36 euros par mois : saupoudrage ruineux, tardif et démagogique.

D’où la création en 2008 par Martin Hirsch du revenu social d’activité (RSA), supplément de revenu non imposable donné aux ménages salariés frappés partiellement par le chômage.

Aujourd’hui même Manuel Valls présente la Prime d’Activité qui, comme son nom l’indique, va se substituer aux deux dispositifs actuels. Le progrès serait, d’une part, la simplification du dispositif actuel (est-ce pensable ?), d’autre part, un resserrement des bénéficiaires, les plus nombreux étant ceux qui ont des revenus autour de 0,5 SMIC ; cela devrait représenter une hausse des secours mensuels de 100 euros.

Qui ne travaille pas ne reçoit rien

La façon dont on aide les chômeurs en France est en contraste avec les dispositions adoptées en Angleterre. Tony Blair avait montré la voie, David Cameron est allé plus loin, à partir le principe du « qui ne travaille pas ne reçoit rien ». Le principe est fondé sur le fait que l’oisiveté est la pire des situations pour quelqu’un qui a perdu son emploi et qu’il doit être employé à des travaux d’intérêt général organisés par les communes ou d’autres agences publiques. C’est une incitation qui semble plutôt inhumaine mais l’oisiveté est toute aussi inhumaine et dégradante et, en fin de compte, le chômage en Angleterre est aujourd’hui trois fois moindre qu’en France.

Sans doute la formation est-elle une meilleure aide de réinsertion du chômeur, qui peut trouver un nouveau métier ou améliorer sa qualification. Mais elle est très coûteuse et chez nous elle a simplement transformé des centaines de milliers de chômeurs français en stagiaires professionnels.

Le traitement économique : le marché du travail

Au lieu de lutter contre les conséquences du chômage, il vaut certainement mieux lutter contre ses causes. D’abord parce que son traitement social n’a jamais diminué le nombre des chômeurs, mais l’a augmenté. Seule une aide humanitaire aux ménages dans le dénuement durable peut et doit s’organiser. Ensuite parce que le chômage a pour origine le mauvais fonctionnement du marché du travail, lui-même dû à une réglementation malfaisante, bien qu’inspirée parfois par de nobles intentions. Les emplois nouveaux ne se créent pas à cause du coût exorbitant du travail. Non seulement les salaires sont doublés par des cotisations sociales aberrantes, mais les conditions d’embauche et de licenciement (les deux sont naturellement liés) sont ruineuses. Le SMIC est également destructeur d’emplois, surtout lorsqu’il a un niveau si proche du salaire médian. Enfin, l’investissement productif est insuffisant à cause de la répression fiscale, du détournement ou de la pénalisation de l’épargne.

Le chômage n’est pas un accident conjoncturel, c’est la rançon du refus des réformes. Dans une économie libre, seul existerait un chômage « frictionnel », celui qui concernerait les mutations professionnelles de certains salariés pour trouver de meilleures conditions de travail : quelques semaines tout au plus, ce qui équivaudrait à un taux de chômage « naturel » de 3%.

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