Syriza, Podemos : les luttes au rabais des anticapitalistes

La victoire électoralede Syriza en Grèce et la montée dans les sondages de Podemos en Espagne font vibrer les anticapitalistes.

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Alexis Tsipras Syriza (Crédits : Asteris Masouras, licence Creative Commons CC-BY-NC).

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Syriza, Podemos : les luttes au rabais des anticapitalistes

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 mars 2015
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Par Fabio Rafael Fiallo.

Alexis Tsipras Syriza (Crédits : Asteris Masouras, licence Creative Commons CC-BY-NC).
Alexis Tsipras Syriza (Crédits : Asteris Masouras, licence Creative Commons CC-BY-NC).

 

Pour bouleversants qu’ils eussent été, l’effondrement du bloc soviétique et le virage capitaliste de la Chine post-maoïste ne parvinrent pas à ébranler les prétentions de la gauche anticapitaliste à incarner l’avenir de l’humanité.

Elle se mit en effet à affirmer que l’échec du socialisme réel fut causé, non par des tares inhérentes au projet socialiste – telles la mainmise de l’État sur l’économie et, en politique, la criminalisation de toute opposition – mais à de simples « erreurs », somme toute corrigibles, commises dans la construction de la société communiste.

Comme le souligne Tzvetan Todorov dans Mémoire du mal, Tentation du bien, « la prochaine fois sera la bonne » devint alors le cri du cœur des anticapitalistes du monde entier.

Et des prochaines fois, il y en a eu. Au tournant du XXe siècle, les espoirs de la gauche radicale se portèrent sur l’Amérique latine, et notamment sur trois mouvements politiques qui prétendaient offrir des alternatives au capitalisme, à savoir : le mouvement zapatiste au Mexique, le parti des travailleurs du syndicaliste brésilien Luis Inácio Lula da Silva et le « socialisme du XXIe siècle » du Vénézuélien Hugo Chávez.

Du zapatisme personne ne parle aujourd’hui. Il ne dépassa jamais le stade de mouvement d’autogestion régionale aux résultats plus que limités.

Le Brésilien Lula, lui, eut un bilan positif à faire valoir, ayant réussi à diminuer considérablement la pauvreté au Brésil pendant ses deux mandats présidentiels (2003-2011). Or, cette avancée sociale fut obtenue, non pas en rompant avec le capitalisme mais, au contraire, en poursuivant l’orthodoxie macroéconomique « néolibérale » instaurée par son prédécesseur, le social-démocrate Fernando Henrique Cardoso. Ensuite, quand Dilma Rousseff – issue du parti de Lula et ayant succédé à celui-ci à la présidence du pays – succomba aux chants des sirènes de l’interventionnisme d’État et du laxisme fiscal, le résultat ne fut autre que l’effritement de l’économie et la recrudescence de la corruption.

Le palmarès de l’échec revient au « socialisme du XXIe siècle » d’Hugo Chávez. Vivre au Venezuela est devenu un véritable cauchemar : une pénurie incessante de produits de première nécessité y côtoie une inflation galopante et un taux d’homicides digne d’un pays en proie à la guerre civile. Le régime vénézuélien ne se maintient que par une répression de plus en plus sauvage.

Pendant que les « révolutions » latino-américaines apportaient leur lot de frustrations, survint la crise dite des « subprimes », suivie par la Grande Récession de 2007-2009, donnant à la gauche radicale des raisons de croire à la fin toute proche du capitalisme honni.

Ce fut ainsi que le fameux « théologien de la libération », le Brésilien Leonardo Boff, annonça que le capitalisme était entré dans une « crise terminale ».

mélenchon grec rené le honzecCe n’était d’ailleurs pas la première fois que nos marxistes voyaient le capitalisme mort. Ils en avaient dressé l’acte de décès au moment de la crise de 1873, puis lors de la Grande Panique bancaire de 1907, et bien entendu avec la Grande Dépression des années 30, sans oublier la stagflation des années 70. Or, tout comme dans les crises précédentes, le capitalisme parvient encore une fois à remonter la pente, notamment grâce à la reprise économique aux États-Unis et plus récemment dans la zone euro.

La gauche radicale remet-elle en question ses certitudes pour autant ? Que dalle ! En attendant le Grand-Soir révolutionnaire, elle se rabat sur des objectifs plus modestes et place ses espoirs dans des luttes au rabais. Dernière en date : le combat contre les plans dits d’austérité, en cours dans les pays les plus endettés de la zone euro (Grèce, Espagne, Portugal, en plus de l’Irlande hier).

La victoire électorale en Grèce de Syriza et de son leader Alexis Tsipras, de même que la montée dans les sondages de Podemos en Espagne – deux mouvements de la gauche radicale – font aujourd’hui vibrer les anticapitalistes. Un tel enthousiasme, cependant, risque de retomber comme un soufflé.

Acculé par la fuite des capitaux et la chute des rentrées fiscales qui ont entouré son arrivée au pouvoir, le nouveau premier ministre grec a dû capituler face aux créanciers officiels de la Grèce. Quelques semaines à peine après son entrée en fonction, il fut obligé de demander à contrecœur la prorogation du programme de sauvetage de la Grèce et de laisser tomber un bon nombre de ses promesses électorales. Tout naturellement, des critiques se font entendre au sein de sa formation politique.

Et ce n’est pas fini. Compte tenu des formidables difficultés de trésorerie de l’État grec, Tsipras pourra difficilement faire l’économie d’un nouveau programme de sauvetage, avec tout ce que cela implique en termes de concessions à accorder aux bailleurs de fonds.

Et même, à supposer que Tsipras soit forcé par son parti à refuser les conditions demandées par les créanciers, et que la Grèce doive se déclarer en cessation de paiements et sortir de l’euro, une telle issue mettrait à mal la Grèce mais pas l’ordre capitaliste européen, dans tous les cas. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu 69 cas de pays ayant quitté une union monétaire, sans que cela n’ait entraîné une crise systémique. Puis, une étude récente de l’agence de notation Standard & Poor’s indique qu’une sortie de la Grèce n’aurait qu’un impact limité sur l’économie de la zone.

Quant à Podemos en Espagne, son leader Pablo Iglesias donne des signes d’être prêt, à la manière d’un Lula, à se convertir au pragmatisme économique. Il propose désormais un programme social-démocrate à la scandinave, ce qui lui vaut des critiques acérées au sein de l’extrême gauche d’Espagne et d’ailleurs.

Bien sûr, cette soudaine modération pourrait être un simple stratagème électoral destiné à gagner des voix au centre, ce qui n’empêcherait pas Podemos de mettre en œuvre, une fois au pouvoir, le programme de gauche pure et dure brandi initialement. Sauf que l’économie espagnole ne pourra pas se permettre un programme de ce genre, et ce pour deux raisons : parce que contrairement au Venezuela elle ne dispose pas d’une manne pétrolière ou autre à dilapider ; et parce que les marchés financiers ne tarderaient pas à faire payer cher – faisant grimper à des niveaux étouffants les taux d’intérêt sur la dette espagnole – une politique économique qui anéantirait les gains de compétitivité obtenus grâce aux politiques en cours. Aussi épouser le pragmatisme économique pourrait-il s’avérer pour Podemos, en cas de victoire électorale, non pas une question de choix mais de nécessité.

Au rythme où vont les choses, on entendra bientôt chez les anticapitalistes que, je vous le donne en mille cher lecteur, la prochaine fois sera la bonne.

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  • Pauvre JF Revel, lui qui s’ étranglait déjà, dix à douze ans après la chute de la maison mère du socialo-communisme, de devoir constater une survivance de cette utopie dans nombre d’ esprits, toujours dotée d’ un avenir selon eux… Que ne dirait-il à ce sujet, un quart de siècle après?..

    • Grand connaisseur de l’Amerique latine qui était toujours en opposition avec les jugements sur ces différents pays que lui connaissait parfaitement alors que plus de 90% de ceux qui en parle n’ont fait qui passr à l’occasion
      N’oublions pas que la ville de Mexico DF est dirigé par le PRD marxiste s’il en est. Cela donne une ville abandonnée avec des transports en commun médiocres, des manifestations quotidiennes qui ralentissent la circulation. Des policiers passifs et incompétents. En gros l’anarchie

  • Je voudrais faire un commentaire sur l’émergence de Podemos en Espagne, plus précisément à Tenerife. Ce mouvement est issu d’une récupération par l’extrême gauche de la protestation populaire des « campeurs » de la Puerta del Sol à Madrid mais aussi dans bien d’autres villes petites et grandes d’Espagne. Au Canaries, la protestation populaire contre la recherche pétrolière a également été récupérée par la même mouvance d’extrême-gauche car ces manifestations populaires, toutes spontanées qu’elle fussent, n’avaient justement pas de leader. Il s’agit d’un énième remake de la main-mise des marxistes sur l’émergence d’un mécontentement populaire initialement non politisé et sans idéologie précise sinon la préservation de l’environnement en ce qui concerne les Canaries et le pétrole – encore que Greenpeace et le WWF étaienttrès présents lors des manifestations de masse anti-Repsol. Bref, tout ceci pour dire que autant Podemos que Syriza sont des conglomérats de rêveurs qui n’ont aucune expérience de la politique sinon d’avoir vaguement lu Karl Marx.
    Si, et les chances sont non négligeables, Podemos prenait le pouvoir en Espagne lors des élections de juin prochain, ce sera un grand choc pour l’Europe ! Marine Le Pen et son parti bleu marine fait figure de modérée à côté de ces excités gauchistes et révolutionnaires !

    • les espagnols seraient vraiment profondément stupides pour voter pour podemos alors qu’aujourd’hui, l’austérité commence à porter ses fruits. l’espagne se redresse doucement mais sûrement. autant pour la grèce, il n’y a pas d’espoir autant pour l’espagne et le portugal, la situation s’améliore. l’une des raisons pour laquelle les gens votent podemos s’est à cause de la corruption des partis traditionnels mais podemos est exactement comme les autres partis. il y a eu plusieurs scandales concernant podemos

    • BRAVO VOUS AVEZ TOUT DIT SUR LA GENÈSE D’un mouvement totalement utopique mais qui sont aussi dangereux quo’Hitler

  • Le marxisme est comme le chiendent : plus on l’arrache, plus il repousse.

    Ce qui est le plus hallucinant, c’est sa capacité quasi mystique à toujours avoir raison : pour avoir eu d’innombrables discussions avec des marxistes : ces gens là non seulement ont réponse à tout, mais en plus considèrent tous leurs contradicteurs avec condescendance et dédain.

    C’est pourtant pas compliqué d’admettre que les théories économiques enfumées d’un frustré petit bourgeois universitaire ne sont que des délires que seul le XIX° (et sa surconsommation de produits hallucinogènes en tous genre) a pu accouché…

    « La valeur d’une marchandise viendrait du temps de travail socialement nécessaire pour la produire et l’amener au marché » : le summum du narcissisme le plus abject : seul ce que JE fais a de la valeur, ce qu’en pense les autres, je m’en fout : c’est de l’exploitation, de l’aliénation, du vol … Comme c’est MOI qui l’ai fait, c’est à MOI , c’est inestimable, ça a de la valeur : il faut que les autres le comprennent, y’a qu’à faut qu’on …

    Tout le reste repose sur ce sophisme qui comme tout les sophisme est cru par ceux qui ne veulent entendre que ce qu’il ont envie d’entendre… et le reste, c’est des tonnes et des tonnes de bon sentiments, de morale embrigadés dans cette bouillie infâme.

    • Le marxisme est comme le chiendent : plus on l’arrache, plus il repousse.

      Pour le chiendent ( grimon en Bourgogne) , vous avez la technique de suppression avec outils agricoles et tracteurs ( un labour et plusieurs passages de canadien qui vient à mettre les stolons au soleil et à les faire crever ) , donc technique traditionnelle mais chère !!!

      Et la technique actuelle avec pesticide , un coup de gliphosate en végétation descendante ( aôut ) et chiendent grillé en trois semaines !!!

    • je vous ferais remarquer que même la plupart des politiciens des partis traditionnels ont leurs discours basés sur des sophismes. le socialisme est une religion, c’est du domaine de la croyance. quand l’échec du socialisme est trop flagrant, il évolue (social démocratie, social libéralisme,…)

    • mais il existera toujours. il y a peu des chances qu’il disparaisse car la jalouisie et l’envie (deux moteurs du socialisme) font partie intégrante de la nature humaine

      • J’ai la faiblesse de croire le contraire : le socialisme est un miroir qui inverse les valeurs et se nourrit des bon sentiments des gens : tout les marxistes avec qui j’ai pu discuter croyaient sincèrement qu’ils imaginaient un monde meilleur.

        Et je suis fondamentalement Darwiniste : ce qui est bon pour l’espèce humaine finira forcément par s’imposer.

        Mais, bon ok : il y a un petit peu de transcendance, de foi dans l’homme et de foi dans le sens de nos existences, dans ce que je dis … j’admets 🙂

  • de manière très curieuse les régions les plus riches d’Espagne sont précisément celles qui sont les plus libérales. Madrid, par exemple, qui n’a cessé de réduire ses impôts aussi bien au niveau de la région que de la ville, et qui gagnent bien plus en faisant cela que bien d’autres régions. On peut aussi citer el Pais Vasco, la région la plus riche d’Espagne et la plus industrieuse, Navarre, la Rioja, Castilla y leon, qui n’a pas augmenté ses impôts durant la crise au nom du pouvoir d’achat, etc.

    • Cela un bon marxiste ne peut le comprendre sA l’occasion des nouvelles élections il est prévu des nouvelles baisses d’impôts à Madrid….par la droite. La gauche étant mène par un journaliste pas tres franc du collier

  • Le ministre Grec de la défense ( voir le Point fr de ce jour ) vient de confirmer mon intuition postée dans l’ édito H..du 23 février Grexit
    à savoir un petit chantage
    J’ avais bien prévu la réunification de L’ Allemagne on ne sait jamais ……

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