Kingsman : vers un imaginaire climatosceptique ?

Peut-on faire du film un manifeste sceptique à l’endroit du changement climatique ?

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Kingsman : vers un imaginaire climatosceptique ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 mars 2015
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Par Benoît Rittaud.

Kingsman-affiche

Depuis quelques jours, la blogosphère climatosceptique bruisse d’une joie nouvelle : le film Kingsman : Services secrets de Matthew Vaughn, sorti en salles il y a peu, ferait la part belle à ceux qui considèrent que l’alarmisme climatique n’a pas lieu d’être. Comme Hollywood n’a jusque là guère brillé par son esprit critique au sujet du climat (à l’image du célèbre Jour d’après de Roland Emmerich), un tel retournement serait, au choix, le signe avant-coureur d’une évolution globale des mentalités, ou le reflet d’une tendance existante de l’opinion. Dans un cas comme dans l’autre, ce serait une bonne nouvelle pour les climatosceptiques, tant le terrain de l’imaginaire est un champ de bataille important d’une controverse à qui décidément rien ne semble être étranger.

J’ai voulu me faire un avis sur la question et suis donc allé voir le film. Précisons d’emblée que je n’ai pas la fibre d’un critique de cinéma : ne comptez donc pas sur moi pour des commentaires savants sur les références à James Bond, le jeu des acteurs ou les effets spéciaux. Pour l’avis général du spectateur lambda que je suis, qu’il me suffise de dire que Kingsman est un film plutôt distrayant, efficace dans son déroulement malgré quelques longueurs et lourdeurs, et d’une violence dont l’intention humoristique ne fait pas toujours mouche. Je n’aurais probablement jamais pensé à aller le voir sans cet article de David Archibald (traduit en français par Contrepoints ici) qui le présente comme favorable aux climatosceptiques, toutefois j’ai passé un moment sympathique et ne regrette pas d’y être allé.

Kingsman est-il climatosceptique ? Au sens strict, non. À aucun moment est nié le fait que l’homme serait responsable d’un réchauffement changement dérèglement problème autour du climat. La question apparaît pourtant très vite : Richmond Valentine, le méchant milliardaire à combattre (Samuel Jackson), fait sienne la théorie, évidemment inspirée de James Lovelock (qui, depuis, a mis beaucoup d’eau dans son vin), selon laquelle le réchauffement climatique serait le strict équivalent d’une fièvre planétaire. Celle-ci aurait la même fonction qu’une fièvre ordinaire : vaincre une infection. En l’occurrence, les micro-organismes destructeurs seraient les humains eux-mêmes. Le méchant Valentine se propose donc d’exterminer la majeure partie de l’humanité, arguant que c’est ce qui finira par se produire de toute façon.

Ce n’est sûrement pas un hasard si Valentine est diplômé du MIT. C’est en effet ce célèbre institut de recherche qui a abrité, entre autres, les travaux ayant abouti au fameux “rapport Meadows” lequel, dans les années 70, prophétisait la non-durabilité de notre modèle de civilisation et une inéluctable catastrophe globale vers le milieu du XXIème siècle. L’allusion est très brève, mais le scénariste savait à l’évidence très bien ce qu’il faisait.

Mettre dans la bouche d’un indéfendable méchant des propos assez proches du discours de certains sur nous autres humains destructeurs de planète est assez nouveau dans le paysage du divertissement cinématographique. Il convient de mettre en balance cette nouveauté avec un passage du film qui s’en prend aux prêcheurs évangéliques niant la théorie de l’évolution et combattant le droit à l’avortement. Il est raisonnable de penser que cette autre critique, qui n’a aucun caractère nécessaire dans le déroulement du film, n’est là que pour limiter le risque d’être perçu comme un cheval de Troie du conservatisme américain (notoirement climatosceptique, mais qui compte aussi dans ses rangs de nombreux créationnistes et opposants à l’avortement). Les producteurs ont pris leurs précautions…

À mon sens, le miroir inversé du film n’est pas le Jour d’après, mais le roman Inferno de Dan Brown. Là, j’en entends qui rigolent… oui, j’ai lu Inferno. Mais je vous rassure : je n’ai pas aimé. (De toute façon, un auteur qui, dans le Da Vinci code, est capable d’enfiler les perles les plus éculées sur le nombre d’or ne peut décemment pas espérer de ma part quelque louange que ce soit. J’ai des principes.) Il est tout de même utile de lire Inferno pour comprendre comment un auteur de best sellers s’y prend pour utiliser une peur collective à des fins romanesques. Chez Brown, la peur est celle de la surpopulation mondiale et des cortèges de malheurs qui doivent en découler. La référence n’est cette fois pas Lovelock, mais Ehrlich et sa Bombe P. Dans Inferno, le méchant milliardaire (pléonasme, décidément) qui tente de régler le problème à sa façon n’est pas si méchant que ça. On sent bien que, pour Brown, la surpopulation est effectivement un grave problème à résoudre — et la façon de l’auteur de suggérer qu’une stérilisation aléatoire massive de l’humanité “ce serait pas bien mais quand même, hein, il faut reconnaître que” est parfaitement abjecte (raison pour laquelle je viens ici de le spoiler sans remord aucun). Il est d’ailleurs très étonnant qu’aucun des nombreux commentaires que j’ai lu de ce roman n’ait relevé ce procédé particulièrement hypocrite.

À cette aune, la neutralité de Kingsman sur le climat prend donc un certain relief. À mille lieues d’un réquisitoire contre la théorie du réchauffement climatique d’origine humaine, c’est par son silence sur la question qu’il s’oppose à un discours implicite ou explicite typique du carbocentrisme : la binarisation, qui veut que, en fait de climat, ceux qui ne sont pas pour le GIEC sont nécessairement contre lui. Le film nourrit un imaginaire hostile à l’intégrisme climatique sans se croire obligé d’en demander pardon d’une façon ou d’une autre. Nulle allusion au plateau de températures ou au Climategate, certes, mais nulle allégeance au carbocentrisme. C’est bien cette neutralité silencieuse qui fait de Kingsman un allié objectif des climatosceptiques.

  • Kingsman : Services secrets, comédie d’espionnage britannico-américaine réalisée par Matthew Vaughn (sortie nationale le 18 février 2015), avec Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton, Michael Caine. Durée : 2h09mn.


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  • Pour dire vrai le malthusianisme des écolos genre Greenpeace ou WWF est bien sous-jacent dans cette incroyable machination planétaire du réchauffement climatique qui n’a jamais eu lieu (et n’aura jamais lieu : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/03/03/warming-or-cooling-that-is-the-question/ ). Selon eux la « surpopulation » est la source de tous les maux, pollution, destruction des biotopes, production de CO2, comme si ce gaz nécessaire à la vie végétale et planctonique était toxique et dont l’ « effet de serre » n’a jamais été prouvé, utilisation de pesticides en tous genres, épidémies, disparition des ours blancs (c’est la faute de la surpopulation), etc etc. Mais on ne peut pas attaquer frontalement des organisations qui sèment la terreur dans le monde entier alors qu’elles ont infiltré tous les rouages décisionnels depuis les Nations-Unies jusqu’aux gouvernements et autres instances supranationales comme le Commission européenne. Deux pays rechignent ouvertement à se faire dicter leurs volontés par ces criminels, la Chine et l’Inde ! C’est bien là une démonstration évidente de leur malthusianisme …

  • Ça me rappel le Dr Mann dans Interstellar, qui falsifie des données pour faire croire que la planète est plus chaude qu’elle ne l’ai réellement, comme Michael Mann.
    Bon je sais que c’est une coïncidence et certainement pas un message secret, mais j’ai trouvé ça amusant comme coïncidence .

  • On est dans le format assez classique de l’idée que la Fin ne justifie pas tous les moyens dans ce film, de la dénonciation de la pulsion de mort. S’il y a une véritable prise de position c’est plutôt dans la sélection de ceux qui devraient survivre qui ne semble pas vraiment suivre la même méthode de réflexion que l’entreprise de destruction.
    Mais encore une fois le thème est loin d’être nouveau : on a un personnage appartenant à l’élite qui fait le diagnostic de la décadence et, l’apocalypse annoncée semblant mettre un peu trop de temps à son goût pour se réaliser, il décide d’aider un peu celle-ci.
    Ce que je retiendrais de mon côté c’est que le méchant ne propose aucune transformation sociale particulière (ce n’est donc pas un révolutionnaire). On est dans la mouvance d’une « écologie » de l’authenticité, de l’immuabilité, de l’ascétisme… de l’hyper conservatisme : le méchant sélectionne une élite sélectionnée au mérite (non questionné) pour faire repartir exactement le même système social pourtant apparemment à bout de souffle, et éviter ainsi de prendre en compte les éventuelles réorganisations en cours qui, sans véritable pilote. Le problème du « méchant » c’est en réalité la conservation, au sens strict, de la hiérarchie à laquelle il aurait réussi de son côté à accéder (l’intégrisme du nouvel-entrant).

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