Taxer les importations pour réduire le déficit commercial ne sert à rien

argent brûlé credits davide aligni (licence creative commons)

Le protectionnisme se fait toujours aux dépens des entreprises et des consommateurs.

Par Marius-Joseph Marchetti.

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Dire qu’il faut taxer les importations pour « réduire le déficit commercial » ne sert à rien. Pour la simple et bonne raison qu’une taxe sur les importations se traduit irrémédiablement par une taxe sur les exportations ou inversement, qu’une subvention à l’exportation se traduit également par une subvention aux importations. Lorsque vous mettez un droit de douane sur un bien pour protéger une entreprise en particulier, vous la protégez certes (à court terme, car lorsque ce privilège cessera, elle trinquera, il suffit de regarder la SNCM) mais au prix de la prospérité des autres entreprises, car avec ce droit de douane, vous modifiez les prix relatifs et donc à terme, vous modifierez les structures de production et l’allocation des ressources vers une position qui n’aurait pas été souhaitée si l’échange avait été libre, non entravé par l’usage de la contrainte. Ainsi, vous permettez sûrement le développement de l’entreprise protégée, mais les autres entreprises non protégées sont, ipso facto, désavantagées. Grâce à ce privilège, l’entreprise protégée va donc utiliser et gaspiller des capitaux supplémentaires qui ne pourront être alloués aux autres entreprises en ayant besoin, soit un bon moyen de détruire de la richesse et d’appauvrir tous les non privilégiés.

On peut alors rétorquer : « Maintenons donc des droits de douane partout dans ce cas. »

Instaurer des droits de douane sur l’ensemble d’une économie n’a qu’un seul effet, et pas le moins néfaste, au contraire. Des droits de douane équivalents sur l’ensemble des biens, imaginons de 3%, n’a aucun effet, car les prix relatifs ne sont pas modifiés (et donc tout le monde paie le privilège de tout le monde). En revanche, il se produit  le retrait du pays dans le commerce international car rappelons cette vérité bafouée aujourd’hui, pour vendre, il faut d’abord ACHETER. Ainsi, des droits de douane généralisés n’ont aucun effet protecteur mais nuisible : diminution et retrait des flux commerciaux internationaux, division du travail complexe, encouragement de l’autarcie des pays, et incitation potentielle à la guerre, l’échange et la coopération volontaire ne présentant plus d’avantages. Et autant dire que plus un pays est petit et plus il a gros à perdre, car il a moins de chances d’avoir une économie diversifiée (il souffrira d’autant plus de ses politiques protectionnistes).

Nous pouvons ainsi entendre cette phrase récurrente : « Nous souffrons d’une sortie de capitaux ET d’une balance commerciale déficitaire due à la liberté d’importation. » Or, une sortie de capitaux s’accompagne obligatoirement d’un excédent commercial et d’une entrée de capitaux par un déficit commercial. Vous ne pouvez pas souffrir d’une sortie de capitaux ET d’un déficit commercial, c’est impossible, car il y a toujours équilibre de la balance des paiements (et non pas de la balance commerciale). À une exception près, qui est généralement la conséquence même des politiques des tenants du protectionnisme. Seules deux choses peuvent amener à un déficit de la balance des paiements : la création de faux droits, qui résulte soit d’un déficit public, soit de la création monétaire. Remercions donc nos politiques pour ces décennies de déséquilibre de balance de paiement (dont ils ne semblent pas s’offusquer).