Réformes structurelles : plutôt chêne ou roseau ?

Il vaut mieux courber l’échine et laisser passer l’orage plutôt que s’arc-bouter et se briser. Ceci n’est pas qu’une fable, c’est également une loi politicienne.

Par Nicolas Nilsen.

The old Oak credits A Birch photography (CC BY-NC-ND 2.0)
The old Oak credits A Birch photography (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Depuis mon enfance, on me dit, avec La Fontaine, qu’il vaut mieux « plier comme un roseau que se rompre comme un chêne ». Parfois, c’est effectivement payant : il vaut mieux courber l’échine et laisser passer l’orage plutôt que s’arc-bouter et se briser. Mais ce n’est pas qu’une fable, c’est également une loi politicienne et c’est là que ça se complique. Car nos dirigeants adorent “plier”, c’est à dire se coucher devant les difficultés et fuir les décisions courageuses.

Pour nos politiciens professionnels, plier et se coucher est un métier

Opportunistes et sans véritable colonne vertébrale, nos politiciens professionnels sont passés maîtres dans l’art de plier comme des roseaux, c’est à dire de se courber, pour aller de compromis en compromissions, et naviguer d’accommodements en petits arrangements… C’est d’ailleurs comme ça qu’ils durent dans la vie politique et qu’ils peuvent rester aussi longtemps dans le gruyère. Mais la contrepartie c’est qu’ils ne règlent jamais rien car “plier comme des roseaux” les oblige à jouer petit, à la marge et à céder peu à peu sur tout… Ils ne renversent jamais la table et ne tapent jamais du poing en disant “ça passe ou ça casse” : pour leurs carrières il faut absolument que ça passe, et donc ils ne cassent pas : ils se couchent. Refuser de plier comme un roseau, ce serait avoir le courage de rompre avec ce qui ne fonctionne pas, tailler dans le vif, faire résolument demi-tour pour repartir à zéro avec une table enfin nettoyée. Bref, de prendre les décisions courageuses qui s’imposent sans plier et se coucher en permanence avec des demi-mesures qui ne font que repousser sans cesse la résolution des problèmes

On en a une illustration très nette avec les réformes dites structurelles qu’aucun gouvernement n’ose jamais prendre. Ou les plans d’économies qu’ils n’arrivent jamais à boucler… C’est plus fort qu’eux : ils préfèrent plier et demander sans cesse des accommodements, des délais et des sursis qui conduisent évidemment à la ruine.

S’il vous plait, encore un peu de temps Mr le bourreau…

hollande chene roseau rené le honzecRegardez les délais de grâce accordés par Bruxelles à la France pour redresser ses finances publiques et faire passer son déficit sous la barre des 3%. C’est à la fin du mois de février que la Commission européenne rendra son verdict sur la réalité de “l’effort structurel” demandé à Paris. Sans doute la France fera quelques nouvelles promesses, chichouillera sur un 0,3 ou un 0,5 et elle obtiendra un nouveau délai. Normal, l’Europe plie à chaque fois et ce sera donc la troisième fois en six ans que la France réclame et obtient que Bruxelles lâche du lest et plie… Contrairement aux chênes dont la puissance rassure, les roseaux de Bruxelles sont complaisants : ils froncent peut-être les sourcils mais ils plient et se courbent sans cesse au moment précis où ils devraient être stricts et fermes. C’est d’ailleurs pour cela que plus personne ne croit en l’Europe : elle ne croit même plus à ses propres règles ! Pourquoi ses membres feraient-ils des efforts quand des promesses creuses et de simples “signes” suffisent : comme la décision du gouvernement français d’utiliser hier le 49-3 pour faire adopter la loi Macron, interprétée par Bruxelles comme un signe positif et le témoignage de la volonté de Paris de se réformer ! Encore quelques instants monsieur le bourreau… Un peu de temps s’il vous plait !

C’est pareil pour la Grèce. Elle a également demandé une prolongation de 6 mois du programme d’aide européen. Et l’Eurogroupe va très certainement faire le roseau et plier. Même si Giscard d’Estaing, considérant que « la situation grecque appelle une décision forte rapide », prône un friendly exit de la Grèce. Évidemment car plier à nouveau comme un roseau, ce serait favoriser une crise plus douloureuse à terme et encore plus grave pour l’avenir de l’Europe. Rompre comme un chêne, c’est signifier à la Grèce qu’elle ne peut pas rester dans l’euro si elle refuse l’effort et la discipline financière, et qu’elle doit dévaluer sa monnaie pour redresser son économie si elle veut rester dans l’Europe.

Pour l’Italie et la Belgique c’est pareil : la fable du roseau va encore être récitée. Ils vont demander que Bruxelles fasse preuve de souplesse et soit compréhensive, ils vont négocier avec les partenaires sociaux, approfondir le dialogue social, bref, demander du temps, des délais, des moratoires… Ainsi l’Europe déliquescente signe-t-elle sa mort prochaine.

Si nos politiciens avaient le courage et l’intelligence des jardiniers…

En me promenant ces derniers jours au jardin du Luxembourg, j’ai bien vu ce que signifiait avoir le courage de couper dans le vif et de rompre avec ce qui ne fonctionne pas pour repartir à zéro avec un terrain nettoyé. Bref, de prendre les décisions courageuses. Bien sûr c’est toujours un mauvais moment à passer et qui serre le cœur, mais on sait qu’ensuite, de nouveaux arbres pousseront et grandiront alors que les précédents n’auraient fait que pourrir sur pied.

C’est toute la différence entre des jardiniers et des politiciens : les premiers travaillent pour le futur, ils taillent et coupent pour replanter sur des bases assainies. Les seconds ne songent qu’à leurs petites carrières, dissimulent ce qui est pourri et mettent la terre sous le tapis…

Et c’est pour ça que la France va très mal.

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