Transition énergétique : l’Académie a dit… (entre autres choses)

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Transition énergétique : l’Académie a dit… (entre autres choses)

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 février 2015
- A +

Par Michel Gay.

François Arago académie des sciences credits image in science and art (CC BY-NC 2.0)
François Arago académie des sciences credits image in science and art (CC BY-NC 2.0)

Dans son avis, adopté à l’unanimité le 6 janvier 2015, sur le projet de loi en discussion sur la transition énergétique, l’Académie des sciences a indiqué qu’il faudrait tenir compte :

  • des objectifs économiques fondamentaux, notamment celui de la compétitivité des entreprises, aussi bien que des facteurs scientifiques et technologiques, afin d’être réalistes, d’assurer la sécurité d’approvisionnement et d’augmenter l’indépendance énergétique,
  • de la soutenabilité économique des mesures envisagées,
  • de la lutte contre la précarité énergétique.

L’Académie donne les avis suivants :

1. Le développement des énergies renouvelables intermittentes éolienne et photovoltaïque devrait se faire à un rythme prudent,

  • en tirant profit de l’expérience acquise dans d’autres pays,
  • en anticipant les difficultés d’insertion de ces énergies dans le réseau et de leur effet sur le système électrique dans son ensemble,
  • et en tenant compte de la nécessité de prévoir leur compensation lorsqu’elles ne sont pas disponibles, sans que cela conduise à une augmentation des émissions de CO2 ou à des importations d’énergie électrique.

2. Pour ce qui concerne l’énergie nucléaire, le passage à 50% à l’échéance indiquée (2025) ne tient compte :

  • ni des objectifs affichés de la loi (réduction des émissions de CO2),
  • ni des facteurs techniques et économiques liés à cette réduction.

Cette réduction ne pourrait se faire que si des moyens de stockage de l’électricité à grande échelle devenaient disponibles, évitant le risque de déstabilisation du réseau et le recours à des centrales thermiques de compensation génératrices de CO2, pour suppléer les énergies renouvelables.

Le préambule du projet de loi donne la priorité à une baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES), à la réduction de la combustion des énergies fossiles et à des efforts pour diminuer autant que possible la consommation globale d’énergie. L’Académie note que l’évolution impulsée par la loi doit respecter les objectifs économiques fondamentaux et, de ce point de vue, éviter de grever la compétitivité des entreprises, et même permettre d’améliorer leur position et celle du pays. Elle rappelle que la France est, parmi les pays développés, l’un des plus faibles émetteurs de gaz à effet de serre par habitant et l’un des plus avancés dans la production d’électricité décarbonée.

Le projet de loi propose une augmentation de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie de 16% en 2012 à 32% en 2030. Pour la seule production d’électricité, il est prévu de faire passer l’ensemble hydraulique-éolien-solaire de 20% à 40% du total. Les ressources hydrauliques étant pratiquement exploitées à leurs limites naturelles, il est donc bien question, pour la production d’électricité, de l’éolien et du solaire.

Or, ce sont des sources intermittentes qui fluctuent en permanence, ce qui impose quelques observations :

  • L’objectif de 2030 ne semble accessible que si un début de moyens de stockage de l’électricité à grande échelle est disponible.
  • L’insertion d’énergies renouvelables dans le réseau nécessite de restructurer le transport électrique pour raccorder les lieux de production, collecter les énergies électriques produites de façon diffuse et les faire remonter vers les lieux de consommation.
  • Et quelles pourraient être les solutions qui éviteraient de traiter le manque de flexibilité des énergies solaire et éolienne par un appel massif à des énergies fossiles, avec une augmentation paradoxale mais inévitable des émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques ?

En ce qui concerne le nucléaire le projet prévoit deux dispositifs :

  • une réduction de la part du nucléaire à 50% de l’électricité dès 2025 ;
  • un plafonnement de la puissance nucléaire installée au niveau actuel (63 GW).

Là encore quelques observations s’imposent :

1. L’énergie nucléaire étant décarbonée, son utilisation place la France parmi les pays développés les moins émetteurs de GES (presque deux fois moins par habitant qu’en Allemagne). L’industrie nationale étant remarquablement compétente dans ce domaine, ce sont d’autres considérations que celles affichées dans le préambule de la loi qui ont prévalu dans ce cas. La réduction visée pour 2025 paraît à la fois trop rapide et peu compatible avec les objectifs de cette loi.

2. Il faut garder en mémoire qu’en attendant le déploiement de futurs EPR, seules nos centrales les plus anciennes, celles de 900 MW, sont adaptées au recyclage du plutonium issu du retraitement du combustible usé (combustible « MOX »). Leur arrêt immédiat poserait donc le problème d’une autre gestion de cet élément que celle mise en place pour aller vers les réacteurs de quatrième génération.

3. Les réacteurs nucléaires de quatrième génération pourraient permettre de disposer vers la fin de ce siècle d’un parc nucléaire autonome en combustible et ce pour des siècles. Leur mise au point nécessite un effort de recherche important et soutenu.

Ainsi a dit l’Académie des sciences !

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  • Collision amusante, magie de l’internet: votre titre apparaissait sous mes yeux en même temps que le bandeau publicitaire du dessus qui était sur « Stop à la politique bisounours ».

    Les scientifiques sont parfois doté d’un solide bon sens (ou serait-ce une impression donnée par le manque patent du même bon sens chez les politichiens?).

  • Oui, l’académie des sciences a dit. Et c’est bien dit.
    Mais « l’académie » des écolo-cocos elle a dit quoi ?

  • Je constate que derrière cette déclaration surgit toujours dans leur esprit le spectre du CO2 anthropique !
    Ces scientifiques académiciens devraient savoir mieux que quiconque, que ce CO2 n’intervient que pour une quantité négligeable dans les fluctuations naturelles du climat.
    En attendant on galvaude des milliards de dollars inutilement et qui seraient bien nécessaires pour réduire les pollutions de toutes sortes. ( plastiques, particules fines,emballages divers etc )

    • Leur intervention est forcément aussi politique. Et du point de vue politique, nier l’importance du CO2 serait invalider de facto leur intervention. Leur choix (si c’en est un, je peux me tromper) leur permet de faire passer le même message en étant climato-compatibles, ce qui est une jolie performance 🙂

  • L’écologie est à sa source une science mais nos écolos sont totalement imperméables à la science. Autant qu’aux lois économiques, c’est dire !
    Nos Verts vont nous ressortir, cochez les cases qui vous conviennent : les scientifiques (sauf l’éminent Pr Séralini) sont de vulgaires productivistes rétrogrades qui ne comprennent rein au nouveau monde, ils sont vendus aux lobbys industriels, je n’écoute pas ceux qui nous ont empoisonné avec l’amiante, etc..

    En réalité j’exagère, car nos écolos ne prendront jamais connaissance de cet avis sauf sur quelque forum où il faut prosélyter, ils vivent intellectuellement en secte, ne lisent que la prose approuvée 100% verte.
    Le problème est que cette secte inculte et obtuse dicte notre politique énergétique.

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