Loi Macron : ce 49.3 qui arrange toute la gauche…

Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Manuel Valls appelle l’article 49-3 au secours de l’adoption du projet de loi Macron : il est si peu sûr de ses troupes ?

Par Le Parisien Libéral.

Manuel Valls credits Parti Socialiste (licence creative commons)
Manuel Valls credits Parti Socialiste (licence creative commons)

 

Alors, comme ça, Manuel Valls appelle l’article 49-3 au secours de l’adoption du projet de loi Macron, pour ne pas prendre le risque d’un rejet ?

Pourtant, Valls affirmait qu’il était sûr d’obtenir une majorité pour ce projet de loi qui abordait divers sujets, pas de façon entièrement libérale d’ailleurs.

Quand on pense à ce que le Président Hollande disait du recours au vote bloqué par le biais de l’article 49-3 de la constitution de 1958, souvenez-vous, en 2006, le candidat déclarait :

« Le 49.3 est une brutalité. Le 49.3 est un déni de démocratie. Le 49.3 est une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire mais il va se poursuivre ce débat parlementaire d’une manière ou d’une autre, d’abord au sénat et ensuite par des procédures que nous utiliserons jusqu’au bout »

Alors, pourquoi ce recours au 49-3 arrange tout le monde, alors qu’il pousse le Premier ministre Manuel Valls à empêcher le débat parlementaire à ne pas prendre le risque d’un rejet ? D’une part, c’est évident, il arrange le gouvernement et ce groupe de socialistes « réformistes ».

Leur problème, c’est que Hollande a menti en 2012, durant la campagne des présidentielles. Hollande, pour se faire élire, a dit à son électorat de gauche et d’extrême gauche qu’il allait rompre avec le sarkozysme. Pour séduire l’électorat extrémiste de gauche (pendant que Sarkozy tentait de gagner les voix de l’électorat extrémiste de droite), Hollande a multiplié les propos démagogiques (taxe à 75%, discours du Bourget anti-finance), les attaques grossières niant la réalité (débat de l’entre deux tours et la tirade « Moi Président ») et les propos nauséabonds (hommage à la culture communiste). Les députés qui se désignent eux-mêmes comme frondeurs, la gauche du PS, sont les légataires universels et exécuteurs testamentaires du programme de 2012. Ils ont raison de dire que Hollande n’a pas été élu pour mener une politique très proche de celle menée par Sarkozy entre 2007 et 2012, à la fois ultra-étatiste mais comportant quelques tentatives de réformes.

Le recours au 49-3 évite d’avoir à rouvrir la question du positionnement du PS, puisque tel est le débat sous-jacent, et la question de l’absence de majorité pour Valls et Hollande.

D’autre part, le recours au 49-3 arrange aussi les frondeurs. En effet, ces derniers sont des députés élus dans le sillage de la victoire de Hollande en 2012. Qu’est-ce qui destinait la génération UNEF-ID à avoir autant de députés, si ce n’est l’alignement entre majorité présidentielle et majorité parlementaire, rendu possible par le passage au quinquennat ? Pas grand chose, si ce n’est le très légitime rejet dont a souffert l’UMP de Sarkozy, Guaino, Wauquiez ou Hortefeux en 2012.

Est-ce que les frondeurs ont envie de dire à leurs électeurs qu’ils n’ont pas voté la loi Macron ? Oui. Est-ce que les frondeurs ont envie de se représenter devant leurs électeurs ? Non, ou alors, pas sûr. En effet, même si Hollande a été obligé de tenir compte du réel sur un certain nombre de points, notamment au niveau économique, il y a des domaines sur lesquels le PS a carrément laissé tomber, sans qu’il ne puisse reporter la faute sur quelqu’un d’autre. L’abolition de la défiscalisation des heures sup’, la hausse de la TVA, la hausse de la CSG, l’absence de renégociation des traités européens, le choix de l’engagement accru au sein des guerres de l’OTAN, ce n’est la faute ni de l’UMP, ni de Merkel.

L’absence de débat est donc un bon deal pour les deux parties. Le gouvernement peut passer à l’étape suivante, sans craindre le fait que des frondeurs votent une motion de censure contre le gouvernement (ce qui ouvrirait la voix à de nouvelles élections), et les frondeurs pourront continuer à vouer aux gémonies une loi qu’ils jugent ultralibérale, tout en faisant mine de se réfugier derrière l’autoritarisme du gouvernement.

Bien joué !

Bruno le Roux, Manuel Valls ou François Hollande ne sont peut être pas Franck Underwood, certes, mais ils sont des dignes héritiers de Mitterrand. Tant pis si les vérités sont relatives. En socialie, rien n’est jamais définitif.


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