Les causes de l’obésité seraient génétiques. Qui en doutait ?

La controverse sur les véritables causes de l’obésité est loin d’être terminée.

Par Jacques Henry.

Beach man credits Kyle May  (CC BY 2.0)
Beach man credits Kyle May (CC BY 2.0)

 

Il faut bien trouver une bonne raison pour justifier la véritable inondation de malbouffe dans le monde et en particulier dans les pays de l’OCDE où l’épidémie d’obésité devient carrément alarmante, en particulier aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie et y compris en Chine. Le cas de la Chine est tout particulièrement révélateur puisque les dernières statistiques (2013) ont montré qu’il y avait maintenant plus de personnes bien nourries et ayant tendance à prendre du poids que de mal-nourris, maigres et chétifs, ce qui fut en quelque sorte la norme dans ce pays pendant de nombreuses années. La Chine, comme bien d’autres pays, a vécu ces dernières années un tournant nutritionnel conduisant à l’apparition alarmante de surpoids et d’obésité. Pour que les industriels de l’agro-alimentaire dorment la conscience tranquille rien de plus simple que d’aller chercher les causes de l’obésité dans la génétique ! La controverse sur les véritables causes de l’obésité est donc loin d’être terminée.

L’une des mesures simples de l’obésité est le BMI (body mass index) ou indice de masse corporelle qui relie la taille au poids. C’est un peu approximatif, comme l’échelle de Richter pour les tremblements de terre, qui n’est pas utilisée par les ingénieurs pour évaluer les structures de génie civil et les constructions car elle n’est pas adaptée à ces applications spécifiques. L’autre mesure de l’obésité est le rapport entre le tour de taille (WC) et le tour de hanche (HIP) et c’est sur la base de ce rapport qu’une méga-étude a été réalisée à l’Université du Michigan sur pas moins de 339 224 personnes en surpoids, tout en prenant également en compte le BMI, un indice facilement quantifiable. Il suffit pour ce dernier de se positionner sur une balance spéciale qu’on trouve maintenant dans n’importe quelle pharmacie, qui tient compte également de la taille et imprime sur un bout de papier le BMI, alors qu’il faut se munir d’un mètre souple, parfois un double-mètre et réaliser deux mesures sur chaque sujet.

Le séquençage complet du génome de chaque personne étudiée, en tenant compte d’une multitude de paramètres (voir l’illustration et son explication ci-après tirée de l’article paru dans le dernier numéro du journal Nature) a permis de montrer que 97 SNP étaient impliquées dans l’apparition de l’obésité. Je rappelle à mes lecteurs que le terme SNP (single nucleotide polymorphism) désigne une mutation dans l’ADN d’une seule base entraînant une modification quantifiable du métabolisme ou de tout autre trait visible chez un individu donné.

L’illustration résume en grande partie les résultats de cette étude nommée GIANT à juste titre. Il s’agit d’une représentation sous formes de bulles dont le diamètre résulte de la corrélation entre les divers traits étudiés (morphismes). On voit d’emblée que BMI, HIP et WC (indice de masse corporelle, tour de hanche et tour de taille) sont parfaitement corrélés ; on ne s’attendait pas au contraire.

Capture d’écran 2015-02-12 à 10.06.45 (Jacques Henry tous droits réservés)

Au niveau du métabolisme, il est apparu une forte corrélation avec divers paramètres biochimiques liés au diabète de type 2 (T2D) en vert, la glycémie à jeun (FI), l’insuline à jeun liée au BMI (FladjBMI), la tolérance au glucose à 2 heures (Glu2hr) et enfin les néphropathies liées au diabète (Diab_Neph). En ce qui concerne les paramètres biochimiques des graisses, en rose, une forte corrélation entre BMI, HIP ou WC est apparue en ce qui concerne les triglycérides (TG), le cholestérol total (TC), les LDL et les HDL ; rien d’étonnant non plus, comme pour la pression artérielle diastolique ou cistolique (DBP et SBP). Enfin il a été montré une forte corrélation avec l’andropause (age menarche), avec la ménopause et enfin avec les accidents cardiovasculaires et l’adinopectine. L’adiponectine est une hormone sécrétée par les tissus adipeux qui est impliquée dans la régulation du métabolisme du glucose et des acides gras. Pour résumer le rôle de cette hormone, plus elle est abondante dans le sang plus on est maigre.

obésité hollande rené le honzecIl va sans dire que n’importe quelle SNP entrainant une modification de l’un ou l’autre des paramètres biochimiques listés ici aura une incidence sur le BMI. Il suffit qu’une activité enzymatique soit modifiée par une SNP pour que le métabolisme soit modifié dans le mauvais sens. Ce qui ressort de cette étude est le fait que l’obésité est un phénomène multifactoriel, mais pas seulement car les traits indiqués dans la figure sont en réalité la conséquence de modifications fines au niveau du système nerveux central. Parmi les SNPs identifiées, certaines sont impliquées dans les fonctions synaptiques ou dans le rôle du glutamate en tant que neurotransmetteur. Enfin d’autres SNPs ont été identifiées comme modifiant la sécrétion ou l’action de l’insuline, l’homéostase énergétique et enfin la régulation de l’adipogenèse.

Tout ça est donc bien compliqué mais il reste néanmoins vrai et prouvé que l’abus de malbouffe avec ses ingrédients dangereux comme le fructose ou les acides gras partiellement hydrogénés riches en espèces « trans » fatalement produites par le processus industriel d’hydrogénation et qui ne peuvent être pris en charge par l’organisme, créent alors des désordres en tous genres, une malbouffe préjudiciable à la santé mais également un facteur déterminant dans l’apparition de l’obésité.

La génétique a bon dos et les industriels de l’agroalimentaire, forts de cet article dont on ne peut contester la valeur, mais qui finalement enfonce des portes ouvertes, vont en profiter en clamant que ce n’est pas de leur faute mais de celle de la génétique. Finalement il s’agit encore d’une vaste et très coûteuse étude qui ne servira fondamentalement à rien !

  • Sources : Michigan State University et Nature


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