1946 : naissance du modèle social français

Notre modèle social est beaucoup plus récent qu’on ne le pense. Petite analyse de l’introduction du socialisme dans nos institutions

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1946 : naissance du modèle social français

Publié le 10 février 2015
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Par jean-Baptiste Noé.

Etat providence (Crédits H16, licence Creative Commons)On évoque souvent le modèle social français pour le louer ou le dénoncer. Mais alors que beaucoup le pensent créé depuis des temps immémoriaux, il est en réalité très récent puisqu’il fut bâti à l’issue de la deuxième guerre mondiale, et date, pour l’essentiel, d’une batterie de lois prises en 1946. Il est inspiré à la fois du programme économique du Conseil national de la résistance, et des idées socialistes et communistes d’après-guerre.

C’est notre État-providence, qui fait désormais quasiment l’unanimité de la classe politique. Ce modèle social repose sur une quintuple idée de l’État : entrepreneur, planificateur, protecteur, logeur, aménageur. Hormis Renault, nationalisé dès la Libération pour cause de collaboration avec l’ennemi, les grandes vagues de nationalisation ont été menées en 1946, sous le gouvernement du socialiste Félix Gouin. Parmi celles-ci, les mines, avec la création des charbonnages de France, le gaz et l’électricité, donnant naissance à EDF et GDF, Air France, et de nombreuses banques et assurances. Ainsi que la sécurité sociale, dont l’affiliation n’était pas obligatoire au moment de sa création en 1945 par le Général de Gaulle. L’État planificateur s’organise avec Jean Monnet, qui fonde le Commissariat au Plan, tentative française d’application d’une vision dirigiste d’une économie qu’il faut rebâtir suite aux nombreuses destructions de la guerre. L’État protecteur se manifeste dans l’organisation de l’État-providence, dont le modèle français suit l’exemple anglais du rapport Beveridge. L’État sort de son cadre régalien pour devenir la main invisible des personnes dans une société de plus en plus protégée.

L’État pense la vie. Deux ans plus tard, en 1948, c’est aussi la mise en place d’une politique du logement, malthusienne et centralisée. La fameuse loi de 48 maintient fixe les coûts de location. Elle a pour conséquence de ruiner les propriétaires qui, face à l’inflation, n’ont plus les moyens de faire les nécessaires travaux d’entretien de leurs biens. L’État logeur organise la politique des HLM, de l’organisation spatiale des populations, et du contrôle des constructions des communes. L’esprit de 46 souffle sur les nombreuses lois logement, dont les lois SRU et Duflot ne sont que les ultimes rejetons.

Autre charme de 1946, l’adoption du statut général des fonctionnaires, largement inspiré par Maurice Thorez, chef du PCF, qui se prolonge en 1947 avec la création des NMPP, qui obtiennent le monopole de la distribution de la presse à Paris, et un contrôle quasi permanent des quotidiens.

Le modèle économique et social qui nous gouverne encore est donc récent dans l’histoire du pays et, à ce titre, nous vivons dans la continuité des erreurs et des espérances de l’après-guerre. Il est exagéré de dire qu’il est lié au pacte républicain, car la république, datant de 1792 puis de 1875, n’a pas de lien direct avec ce modèle d’inspiration socialo-communiste datant de 1946. Fut-il efficace ? Certains historiens y voient les raisons du grand développement économique que connut la France, et que Jean Fourastié appela Trente glorieuses. Cela est assez contestable, car les difficultés que subit le pays dans les années 1970 sont largement dues à l’obsolescence de ce modèle, et c’est son démantèlement progressif, à partir des années 1980, qui permit à la France d’affronter les changements liés à la mondialisation, et à ses grands groupes de conquérir des sommets.


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  • Non. C’est Laval qui met en place les Assurances sociales. Mais en effet, c’est subvertit par le système social-communiste en 46.

  • Vous oubliez de dire qu’une grande partie de ces lois « sociales » n’ont en fait été qu’entérinées par le CNR. La plupart ont été décrétées par le gouvernement de Pétain : Sécurité sociales, retraite par répartition. Sans oublier l’organisation de profession en corporatisme : Ordre des architectes, ordre des médecins, ordre des avocats …

    Fascisme et socialisme ne sont que les deux faces d’une même politique.

    cf. « L’héritage de Vichy: Ces 100 mesures toujours en vigueur » de Cécile Desprairies

    • Vichy, lui même inspiré par la même politique sociale mise en place en Italie et en Allemagne … le fascisme et le nazisme sont arrivés au pouvoir avec des programmes socialistes d’Etat providence.

      Ceci dit, même si le CNR a réalisé un holdup sur ce programme social, c’est bien lui qui n’a fixé dans sa forme actuelle et surtout qui a négocié le pacte de non agression national avec les gaullistes, ce qui a muselé la droite Française : voir l’épisode de la 4° et plus près de nous l’épisode Giscard 1981 et la levée de bouclier face à ses projets de réformes, levée qui a fini par faire élire Mitterrand par transfert de voix gaullistes.

  • Nous savons tous que la nature des régimes ne change en rien la propension de ceux ci à vouloir augmenter leur pouvoirs

    • Helas non, nous ne le savons pas tous, il existe beaucoup plus de naifs ayant droit de vote que vous semblez l’imaginer…sinon nous serions tous liberaux et voterions tous pour ceux qui veulent controler et limiter le pouvoir du regime en place.

  • Je m’interoge sur la distinction entre les militants et les electeurs FN, et si la majorité silencieuse des electeurs non militants FN ne cherchaient en réalité qu’a provoquer une crise politique majeur avec blocage complet du pays pour engendrer la fin du modèle francais actuel et l’ecriture d’une 6ieme république?
    Je crains que dans le cas ou le FN aurait réellement des chances de prendre la tete du gouvernement, l’UMPS ne fasse le choix de la Suede et nous prive definitivement de la democratie…
    Ce modèle Français est son cancer mais les medecins auto-proclamés craignent que l’ablation ne soit fatale et preferent tous attendre une mort qu’ils diagnostiqueront comme naturelle alors que leur mission est d’avoir le courage de trancher: poser le diagnostic ( comme ici sur contrepoint tous les jours!) Et expliquer au patient que l’ablation risque peut-être d’être fatale mais que ne rien faire l’est assurément. ..

    • Oui, la majorité des électeurs FN veulent absolument garder le modèle social « que le monde nous envie » : soit ils veulent le préserver sans payer, soit ils veulent le garder pour eux tous seuls, le fond du discours du FN est identique à Syriza : le beurre et l’argent du beurre.

      La faute à tous les immobilistes qui n’ont jamais permis la moindre réforme.

  • Cher Mr Noé
    Sachez que cela est bien plus récent que vous ne le pensez!
    L’URSSAF du Rhone est née le 9 mars 2009 cf Arrêté Préfectoral S.G.A.R.n° 09-090 plus trouvable sur le net
    L’URSSAF du Finistère est née le 10 novembre 2009 cf Arrêté Préfectoral
    http://raa.bretagne.sit.gouv.fr/sit_1_ALK/upload/raa_00_ALK/acte/953/update_word953.pdf
    et toutes les URSSAF qui ne sont pas « nées » …….. Allez les cons-someurs Payez …..

  • La « crise du logement  » a été résolue au début des 30 glorieuses en offrant aux acquéreurs des crédits bonifiés par l’Etat, qui permettaient de payer des agios de très loin inférieurs à l’inflation.
    Les traites restaient constantes, pendant que les salaires augmentaient, ainsi que la valeur du bien immobilier.
    Des quantités de Français se sont enrichis de cette façon: il suffisait de déménager plus loin pour encaisser la plus value et racheter autre chose.
    Et quand on achetait pour louer, le loyer devenait rapidement supérieur aux traites.
    Bien sûr, la différence entre les taux de prêts et l’inflation était payée par le contribuable, mais… le budget de l’Etat n’était pas en defecit.

  • Quand des générations de maitres à penser confondent la gloire et la prospérité confusionS des valeurs et dire qu’ une femme de chambre New Yorkaise les prive d’ un éminent et digne président de république

  • Tout a été mis en place par le régime totalitaire fasciste de Pétain dès la fin de 1940. Depuis les quelques rares modifications mises en place n’ont fait qu’aggraver la situation.
    La France est devenue depuis un pays totalitaire : l’individu n’a plus de liberté (voir les Libérés de la Sécu) et étouffe sous le poids de l’Etat voulu par Pétain dès ces années sombres. Mais on n’apprend pas cet aspect de l’histoire dans les écoles et personne n’ose en parler ouvertement, on se ferait taxer paradoxalement de « fasciste » … Merci à Contrepoints, l’un des rares sites honnête sur le web français !

  • il faut lire « La France injuste : 1975-2006 : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus » de Timothy Smith qui est socia démocrate, celui ci démontre comment le modèe social francais loin d’être redistributif envers les plus pauvres sert à certaines catégories de personnes (notamment les fonctionnaires). Cet ouvrage démontre, dans une perspective de centre gauche, que le modèle français est : premièrement, de manière générale, non redistributif envers les pauvres ; deuxièmement, il est lui-même la cause principale du chômage ; troisièmement, il est injuste pour les jeunes, les femmes, les immigrés et leurs descendants ; enfin, quatrièmement, il est intenable financièrement.»

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