L’argent ? Non. Rendez-nous nos vies !

Obésité Fiscalité nutritionnelle CC Flickr Clapagaré

L’État ne prend pas aux contribuables leur argent, mais leurs ressources, au nombre desquelles le temps est trop souvent ignoré.

Par Baptiste Créteur

Les promoteurs d’une fiscalité lourde au titre de la redistribution opposent souvent l’altruisme à l’avarice. Ils se voient comme des Robins des Bois modernes, prenant à ceux qui ont beaucoup pour donner à ceux qui ont moins, et considèrent que ceux qui ont beaucoup se plaignent d’aise. Ces derniers n’auraient qu’une envie : avoir plus, toujours plus. Leur appétit sans limites serait non seulement le premier obstacle à une société plus égalitaire, mais aussi la cause des grands maux d’aujourd’hui et de demain : pollution, épuisement des ressources naturelles, déforestation, populations indigènes chassées des terres préservées de leurs ancêtres…

Outre le fait que proposer une fiscalité plus importante pour financer les bonnes œuvres de l’État ferait plutôt d’eux le sheriff de Nottingham que Robin des Bois, ils oublient un point important : ce n’est pas de l’argent qu’ils veulent s’approprier, mais du temps.

L’impôt n’est pas que quelques centaines d’euros de moins sur un compte en banque. Ce sont des heures passées à travailler plutôt qu’à profiter de son temps libre, des soirées où on ne verra pas les enfants avant l’heure du coucher, des diners entre amis auxquels on renonce par fatigue. Augmenter les impôts, ce n’est pas demander un peu plus d’argent ; c’est imposer de travailler plus, non pour son plaisir ou enrichissement personnel, mais pour satisfaire l’appétit de gros plein de soupes le cigare vissé aux lèvres qui se complaisent à dépenser ou distribuer l’argent des autres.

Obésité Fiscalité nutritionnelle CC Flickr  Clapagaré
Obésité Fiscalité nutritionnelle CC Flickr Clapagaré

 

Il est facile de se montrer généreux avec l’argent des autres, mais en réalité, c’est de leur temps qu’on les prive. De leurs vies. Et c’est d’autant plus facile que c’est aux autres qu’on l’impose.

Les partisans d’une politique sociale ambitieuse consentent-ils à réduire leurs rémunérations pour que leur salaire bénéficie à ceux qui en ont apparemment le plus besoin ? Ceux qui considèrent que ceux qui devraient avoir moins pour améliorer le quotidien des autres proposent-ils de renoncer à ce qu’ils ont ?

Bien sûr, on peut suggérer de taxer plus le capital pour mieux valoriser le travail. Mais en réalité, le capital n’est pas l’opposé du travail. Le capital rend le travail plus productif. Plus de capital rend le travail plus productif et permet de mieux le valoriser, de mieux le rémunérer ; le capital permet de démultiplier les fruits du travail, et permet donc soit de travailler autant pour gagner plus, soit de travailler moins pour gagner autant.

Demeure, bien sûr, la question des inégalités. Par essence, l’être humain s’oppose à de trop grandes inégalités – du moins, tant qu’il n’en est pas le bénéficiaire. Plus d’impôts et plus de redistribution, c’est moins d’inégalités. Mais d’une part, il faut se demander s’il existe chose plus inégalitaire que priver certains de ce qui est à eux et accorder à d’autres ce qui ne l’est pas. D’autre part, réduire par la force les inégalités crée une opposition entre les citoyens qui n’a pas lieu d’être. Les uns considèrent qu’ils font déjà assez pour les autres en payant leurs impôts, et parfois en viennent à les voir comme des profiteurs. Les autres considèrent que ce qu’ils reçoivent est leur dû et, puisque les différences ne sont pas anéanties, veulent bien souvent aller plus loin.

Il faut donc cesser de considérer que l’impôt est une ponction indolore sur un compte en banque alors qu’il est en réalité du temps de vie dont on prive les contribuables. Les promoteurs d’une fiscalité plus lourde et d’une redistribution plus généreuse feraient bien de se montrer eux-mêmes plus généreux avant de se tourner vers autrui pour agir comme ils l’aimeraient. La taxation du capital est, au même titre que la réduction des inégalités, contre-productive.

Mais si certains trouvent qu’on pourrait faire plus, ils ont raison : avec moins, l’État pourrait faire bien plus en cessant les innombrables gaspillages. Et les citoyens eux-mêmes pourraient faire encore plus en se débarrassant de cet intermédiaire coûteux et, dans bien des cas, inutile : que fait-il qu’ils ne pourraient faire eux-mêmes ?

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