Union nationale derrière les politiques ?

aveugles suivant des aveugles credits Frits Ahlefeldt-Laurvig (licence creative commons)

Pour qu’il y ait « union nationale », il faudrait d’abord s’entendre sur ce que cela implique.

Par Marc Suivre.

aveugles suivant des aveugles credits Frits Ahlefeldt-Laurvig (licence creative commons)

Depuis la sanglante équipée des terroristes islamistes contre notre beau pays, il n’est plus un journaliste qui ne bêle le mot d’ « union nationale » comme un mantra destiné à absoudre sa corporation des conséquences dramatiques de leur aveuglement (euphémisme !). Ce bien joli mot – très raccord avec cette étrange notion de guerre sans ennemis que les mêmes moutons énoncent à qui mieux mieux – sonne étonnamment creux. Pour qu’il y ait « union nationale », il faudrait d’abord s’entendre sur ce que cela implique, tant en ce qui concerne la définition de l’ « union » que celle du « nationale ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux termes englobent des réalités bien différentes, selon que l’on est au pouvoir ou dans l’opposition. L’union pour le gouvernement consiste à faire taire toute discussion dans sa majorité éclatée et à tenter de contraindre l’opposition à la boucler pareillement, par « voie de fait » de presse complaisante, interposée. Quant au fait qu’elle soit « nationale » cela fait rire la terre entière, tant les socialistes se sont toujours, jusqu’ici, superbement foutu de la nation, préférant abandonner ce concept à une France qu’ils considéraient comme « moisie », il y a encore quelques jours de cela.

Poudre aux yeux

La première vertu des attentats des 7 et 9 janvier dernier consiste donc, pour le ramassis d’incapables contents d’eux qui nous gouverne catastrophiquement depuis deux ans, à faire croire qu’ils viennent d’arriver aux affaires. Du passé faisons table rase et profitons de l’émotion collective, pour vendre de la verroterie sécuritaire aux indigènes apeurés (et oublieux). Ceux qui ont consciencieusement sapé le travail de la police en lui coupant les crédits et les moyens, qui ont porté la culture de l’excuse au pinacle au point de voter une loi qui prévoit de libérer tous les criminels condamnés à moins de 7 années de prison, sont les mêmes qui prétendent, aujourd’hui, la main sur le cœur, nous protéger avec… des lois.

L’opposition a beau jeu de se moquer des effets d’annonce du président Hollande et de son suppléant Valls. Le recrutement de 1 500 policiers (sur 3 ans !) ne résoudra rien puisque les premiers recrutés ne seront opérationnels, au mieux, qu’en 2017. Au rythme où les fous vont se former en Syrie, autant vider la mer avec un seau. Il en va de même sur la « moindre décroissance du nombre de militaires » annoncée par le gominé de l’Élysée. La formule est merveilleuse. On nous annonce que nous sommes en guerre et le grand Strategos à scooter décrète que nous supprimerons 27 000 postes dans les armées au lieu des 34 000 prévus. Cerise pourrie sur le gâteau rance, comme on avait déjà prévu de nous passer de ces braves gens qu’il va nous falloir payer, nous allons rogner sur… le matériel (comprendre l’armement). Ben oui, vous vous attendiez à quoi ? C’est sûr que l’on va se sentir drôlement protégés, si on équipe nos valeureux soldats de lance-pierres. Je n’ai rien contre les mythes fondateurs, mais bon, David et Goliath et les soldats de Valmy, face aux fanatiques islamistes, ça ne va pas tenir la route bien longtemps.

Marche et/ou crève

Terrorisme rené le honzecSecond effet « kiss cool » des attentats : resserrer les rangs de la gauche derrière le président tout mou. Batterie de sondages de circonstance à l’appui, le pouvoir bombe le torse et tord le cou à la dissidence qui, ces derniers temps, poussait dru dans les verts pâturages socialistes. Passer « en temps de guerre » de 15 à 40% de satisfaction, ce n’est pas un exploit thatchérien… Cela prouve simplement que les Français rendent grâce à l’autre incapable, de n’avoir, pour une fois, pas été plus ridicule que nécessaire. On peut légitimement douter de l’adhésion du peuple, même si la presse subventionnée le proclame urbi et orbi, persuadée qu’elle est d’être encore prise au sérieux.

Si l’on parle en termes de stratégie politique (et même politicienne), le pouvoir qui était aux abois se saisit de l’occasion pour faire taire son opposition interne. Les frondeurs qui étaient pris dans leurs contradictions alimentaires ne pouvaient déjà pas renverser le gouvernement qu’ils vomissaient, de peur de la dissolution qui les aurait mis au chômage. Les voilà maintenant contraints de ne plus rien dire, de peur d’apparaître comme des traîtres à la cause. Heureusement que les Grecs ont décidé de se suicider à coup d’extrême gauche, cela permet à Mélenchon, Duflot et Laurent (l’ectoplasme qui dirige ce qui fut le PC) de faire croire qu’ils existent.

Il est amusant de voir tous ces résistants en peau de lapin, ces as progressistes de la posture, ces thuriféraires des valeurs de la gauche éternelle se coucher au premier coup de Kalachnikov. Il faut dire que ce sont les mêmes qui nous expliquaient jusqu’au 6 janvier dernier, la chance que toute cette jeunesse, même fanatisée, représentait pour la France. Les mêmes qui refusaient tous les amalgames et toute stigmatisation nous assourdissent par leurs silences. Ils réalisent probablement que leurs électeurs ne les suivent plus sur ces délires de bisounours. L’ennemi intérieur vient de se révéler et tant pis si, au passage, les idiots utiles sont emportés avec l’eau du bain. Dommage qu’il ait fallu 17 morts pour en arriver à cette prise de conscience.

Liberté, liberté chérie

Alors que le danger – que nos gouvernants sont bien en peine de quantifier – nous menace aujourd’hui très directement, comment pouvons-nous y faire face ? Le premier réflexe de toute cette bande de clowns est, bien évidemment, de restreindre les libertés. Selon la – toujours d’actualité à gauche – formule des partisans de la Terreur : « il n’y a pas de libertés pour les ennemis de la Liberté ». Certes, seulement j’ai peur que les socialistes soient dotés, en la matière, du même sens de la mesure que leur modèle indépassable : Antoine Fouquier-Tinville.

Savoir que l’hidalgo catalan va mettre en œuvre des mesures permettant de lutter contre le djihadisme m’inquiète au plus haut point. Non qu’il ne me semble utile, urgent ou indispensable d’empêcher ces cinglés de nuire. J’ai simplement quelques légitimes inquiétudes à voir cette mission confiée à Manuel Valls. Savoir que celui qui prenait des libertés avec celles de ses concitoyens vêtus d’un T-Shirt siglé de la « Manif pour Tous », lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, sera demain en charge des mesures à prendre afin « de mieux encadrer l’usage de l’internet » me donne des frissons.

Je ne suis pas un fan de Dieudonné, loin s’en faut. Je ne ris pas à ses blagues et je ne partage pas sa vision paranoïaque du complot juif mondial. Je trouve cependant pour le moins paradoxal que la première mesure du gouvernement socialiste, après les manifestations du dimanche 11 janvier pour la liberté d’expression, consiste précisément, à mettre au gnouf le Sieur M’bala M’bala pour un jeu de mots, certes limite, mais qui relevait justement de sa libre expression. La liberté n’est pas à géométrie variable. Elle n’est pas uniquement valable pour Charlie (et ses 4 millions de nouveaux fans). Nous n’avons pas à l’interdire pour Minute, Dieudonné ou tout autre prédicateur fanatisé : islamiste, protestant, négationniste, papiste, réchauffiste ou même écologiste (oui, grande est ma mansuétude). Je pense au contraire, à l’instar de quelques libéraux, que l’on a même tout à gagner à laisser s’exprimer les imbéciles. Ils se ridiculisent d’eux-mêmes et il est toujours plus utile au « vivre ensemble » de leur porter la contradiction que de les laisser s’exprimer en vase clos.

Apartheid mon œil !

charlie école rené le honzecSeulement, à voir les premières réactions des éminences qui nous gouvernent, on ne peut s’empêcher de se dire que ce n’est pas gagné. La culture de l’excuse est toujours solidement ancrée dans ce qui leur sert de cerveau. Le dernier délire en date de Manuel sur « l’apartheid ethnique et territorial » dont se serait rendue coupable la République est à pleurer ou à vomir, c’est selon. Que veut dire cette expression à la noix ? Que les incapables qui se sont succédés au pouvoir depuis trente ans auraient entretenu une ségrégation raciale de fait, sinon de droit ? Mais que faisaient donc pendant ce temps-là : SOS Racisme, la LICRA et toutes les autres ligues de vertus droit-de-l’hommistes grassement subventionnées par nos sous ? Visiblement rien ! Il est donc urgent d’intenter un procès en détournement de fonds public à tous les multiples « responsables » (je pouffe) de ces officines de rééducation nationale.

J’ai, toujours dans ce registre culpabilisateur, beaucoup de mal à avaler l’argument de l’abandon des « quartiers sensibles » à leur triste sort. Depuis trente ans nous y avons englouti plus de 350 milliards d’euros en rénovation urbaine, politique de la ville et autres coûteux gadgets à promouvoir le vivre ensemble, sans pour autant prêter la moindre attention à la misère bien réelle, elle aussi, du monde rural. Si certaines villes comptent 80% de logements sociaux, ce n’est pas tant à cause de l’égoïsme présumé de leurs voisines que de l’appétit des maires de gauche qui ont tous vu, d’un très bon œil, s’édifier ces constructions de cages à électeurs captifs. Si les « quartiers » sont devenus des « ghettos », c’est aussi parce que leurs habitants se sont accommodés de cet état de fait. Le communautarisme n’est pas né du racisme de la société française, mais bien du refus des nouveaux arrivants de s’assimiler à elle. Pour beaucoup de musulmans, le vivre ensemble a été littéralement transposé en « vivre entre nous ». Les « cités » ne sont pas de « non droit », juste de « non droit » français.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il n’y a que pour l’Islam que la laïcité est un problème. Brandir cette dernière comme le totem indépassable du « vivre ensemble » (toujours lui) et des valeurs de la République, sans reconnaître dans le même temps la nécessité d’une prise en compte des résistances particulières de la religion musulmane à ce concept, est une erreur profonde. Nous avons beau faire, tant que nous ne nommerons pas les choses correctement, nous ne parviendrons pas à résoudre les problèmes. L’Islam est une religion qui englobe le spirituel et le temporel dans un tout, ce qui est très éloigné de nos schémas culturels. Le délit de blasphème n’existe plus depuis Voltaire et nous n’entendons pas le rétablir. Pour installer un Islam DE France, il faut commencer par dissocier religion et identité, individus et communauté, ethnicité et nationalité. C’est du reste, en partie ce qui se passe car, contrairement aux affirmations péremptoires du Manuel, nombreux sont les Français musulmans qui, refusant le communautarisme, tournent le dos aux ghettos pour se fondre dans la masse du peuple. C’est bien, du reste, ce qui crispe les fondamentalistes et qui arme les intégristes contre la République. Ce mouvement de fond à un nom, celui de la liberté. À l’instar de l’économie française, les musulmans de France ont besoin d’urgence d’une bonne cure de libéralisme.

On le voit, l’union nationale n’est qu’une façade Potemkine. Un artifice destiné à permettre à un pouvoir aux abois de continuer à gesticuler. Le problème révélé par les attaques perpétrées contre notre pays est trop large, pour que ceux qui n’ont jamais voulu voir les conséquences de leur clientélisme angélisme puissent efficacement le résoudre. Nous avons besoin de temps, d’efforts et surtout de constance. En ce sens, et en ce sens seulement, l’union nationale peut être utile. Elle doit accoucher d’un consensus permettant à la nation de se défendre et de se reprendre. Il faut en finir avec les « accommodements raisonnables ». Nous ne devons pas relâcher notre attention et nous laisser distraire par les procès en racisme, intentés par ceux qui rêvent de revanche sur un passé colonial qui n’obsède plus qu’eux. Les Français en ont assez d’être tenus constamment responsables des actions de leurs ancêtres, par des gens qui ne sont même pas foutus d’assumer celles de leurs enfants. Il n’y a pas de « vivre ensemble » qui vaille, il y a juste un « vivre comme nous » qui compte. Tous ceux qui veulent « vivre comme au pays » doivent être fermement invités à y retourner d’urgence.


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