Grèce : Alexis Tsipras s’allie avec les populistes de droite des Grecs indépendants

Alexis Tsipras - Credit Die Linke (Creative Commons)

Le leader de Syriza a conclu un accord ce lundi matin avec Panos Kammenos, le président des Grecs indépendants.

Alexis Tsipras - Credit Die Linke (Creative Commons)

À la suite d’un thriller qui aura duré jusqu’aux petites heures du matin, le score de Syriza s’établit finalement à 149 députés sur 300, soit deux de moins que la majorité absolue. Ce qui n’a pas empêché les partisans du parti de descendre dans les rues dans toutes les grandes villes pour fêter la victoire « contre l’austérité ». Cette victoire historique pour le parti fondé en 2004, et qui avant la crise avait un score de 5%, lui assure une hégémonie incontestable dans le monde politique grec, et lui a donné la possibilité de créer un gouvernement rapidement.

L’alliance avec la formation de droite des Grecs indépendants

En Grèce, les gouvernements doivent se former très rapidement après les élections, car les ministères sont à ce point politisés qu’ils ne peuvent pas appliquer une gestion d’affaires courantes. Afin d’obtenir le nombre de députés lui manquant pour son gouvernement, Alexis Tsipras a conclu un accord ce lundi matin avec Panos Kammenos, le président des Grecs indépendants.

Le leader de Syriza a été nommé Premier ministre par le président dans l’après-midi et le nouveau gouvernement entrera en fonction mardi. À noter une petite révolution dans un pays ou l’Église garde une grande place dans la sphère politique : Tsipras a annoncé qu’il ne prêtait pas serment sur la bible – un pas vers la taxation des biens du clergé ?

Dans les prochains jours, Syriza déclare qu’il prendra les mesures qu’il avait annoncées pour la semaine de sa prise de pouvoir : suppressions de la taxe foncière, augmentation des retraites, gratuité de l’électricité pour les plus pauvres etc.

Les choses sérieuses commenceront ensuite, lorsque Tsipras fera le tour des chancelleries européennes pour évaluer ses marges de manœuvres, et qu’il viendra négocier un assouplissement des mesures en vue de recevoir la prochaine dose de prêts, le pays étant moins que jamais disposé à aller emprunter sur les marchés.

Bilan des élections

Rappelons que le parti de droite Nouvelle Démocratie maintient son score, avec 28%, et qu’il devient la seule vraie force d’opposition, les autres partis ayant tous moins de 7%. À force de ménager la chèvre et le chou dans son précédent gouvernement, de couper les ressources dans les retraites, les allocations, mais de ne pas assez remettre en cause les privilèges corporatistes, le parti n’a pas séduit les réformistes et a dû se contenter d’un repli sur sa base électorale classique.

Aube Dorée arrive troisième avec 6,5%. Si symboliquement, voir le parti néonazi arriver troisième est navrant, sa dynamique est brisée depuis que la moitié de ses députés est en prison. Le parti d’extrême-droite a perdu des voix par rapport aux élections européennes. D’une milice voulant assurer l’ordre dans les quartiers peuplés d’immigrés, le parti tente de se transformer en simple parti d’extrême-droite radical mais au moins non-violent.

Viennent ensuite les centristes du nouveau parti Potami, qui perdent leur pari de devenir la troisième force politique et une troisième voie pour la Grèce. Le parti communiste (KKE) se maintient à 5% grâce à son électorat traditionnel.

Bon dernier, le parti socialiste Pasok entre finalement au parlement, désavoué par ses électeurs. Il avait obtenu 12% en 2012 et 44% (!) en 2009. Toute sa base électorale et une bonne partie de ses cadres ont migré en masse chez Syriza qui fait office de trou noir à gauche, avalant toutes les autres formations. Il a également été affaibli par la liste dissidente de l’ancien premier ministre, To Kinima, qui elle reste hors du Parlement.


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