De la criminalisation de l’expression au Royaume-Uni

On devrait s’inquiéter des décisions grotesques limitant la liberté d’expression.

Par Elizabeth Nolan Brown, depuis les États-Unis.

Il y a trois semaine, une star de télé réalité britannique, Katie Hopkins, tweetait son inquiétude au sujet d’un patient écossais atteint d’Ebola venant à Londres pour y recevoir des soins. Elle est aujourd’hui le sujet d’une enquête criminelle.

« Des enquêtes sont menées quant à la nature de ces tweets et pour justifier un potentiel soupçon criminel » déclare à la BBC un représentant officiel de la police. « La police écossaise enquêtera minutieusement sur tout signalement de comportement offensif ou criminel sur internet et nous traiterons de façon ferme toute personne qui sera considérée comme responsable. »

Voici donc les déclarations potentiellement criminelles d’Hopkins :

Plus de 25000 personnes ont signé une pétition en ligne demandant à ce qu’Hopkins soit condamnée pour ses « odieux tweets racistes. »

Hopkins est la dernière victime d’une longue lignée de cas de « discours haineux » de personnalités médiatisées. Suite à ce phénomène, il est devenu illégal de faire usage de propos à caractère « menaçant ou injurieux » s’ils sont intentionnels ou ayant le potentiel de susciter la « haine raciale » ou la haine sur la base de la religion ou de l’orientation sexuelle. Si les origines de cette loi remontent au milieu des années 80, son application semble connaître une escalade, et en tout cas devenir de plus en plus ridicule au cours des dernières années. En avril dernier, par exemple, le politicien britannique Paul Weston était arrêté car on le soupçonnait de harcèlement raciste ou religieux après avoir cité un passage sur l’Islam tiré d’un livre de Winston Churchill.

Dans le même temps, la secrétaire d’État chargée des femmes et de l’égalité du Royaume-Uni, Theresa May, souhaite introduire des « avertissements sur les bouleversements d’ordre extrêmiste » pour les personnes dont les propos trahissent un manque de « respect envers la loi » ou de « respect envers les minorités. »

Ceux ayant reçu un avertissement seraient dès lors interdits de publier tout contenu en ligne, s’exprimer sur un forum public, ou paraître à la télévision. John Mann du Parti Travailliste anglais estime que le gouvernement devrait être à même de bannir les utilisateurs ayant posté des messages à caractère offensant des réseaux sociaux.

À l’heure actuelle, l’État peut condamner à la prison les responsables de tels messages, mais pas les empêcher d’exercer leur liberté d’expression indéfiniment.

Bien sur, les Britanniques ont toujours été plus enclins à la censure que les Américains. Pourquoi devrait-on s’inquiéter de leurs décisions grotesques limitant la liberté d’expression ? Parce qu’elles arrivent à une époque où de nombreux pays à travers le monde – du Japon à l’Inde et à la Turquie – ont débattu (et légiféré) la question du « discours haineux », et le Conseil Européen des Droits de l’Homme applique plus sévèrement son rôle de gardien contre les discours haineux. Les Nations Unies exercent également des pressions sur de nombreux pays, en particulier le Japon, afin qu’ils mettent en place des lois anti propos haineux. J’ai bien peur que les sanctions sur la liberté d’expression qui avaient cours par le passé ne reviennent par vagues dans le futur.


Article original titré « U.K. Criminalization of Speech Is Really Starting to Scare Me » publié le 02.01.2015 par Reason. Traduction de Virginie Ngo pour Contrepoints.