Charlie Hebdo : 3 choses que les musulmans doivent avoir à l’esprit

Je Suis Charlie - rassemblement à Strasbourg après l'attentat à Charlie-Hebdo (Crédits Claude TRUONG-NGOC, licence CC BY-NC-ND 2.0)

La résilience d’une communauté ne se fait pas à coup de lois sécuritaires : elle se fait dans la rue, avec ces petits riens qui font de nous une société.

Par Guillaume Nicoulaud.

Je Suis Charlie - rassemblement à Strasbourg après l'attentat à Charlie-Hebdo (Crédits Claude TRUONG-NGOC, licence Creative Commons)

Nous avons tous entendu un certain nombre de musulmans justifier les attentats des 7, 8 et 9 janvier au motif qu’ils auraient été « profondément choqués » par les caricatures de Charlie Hebdo et parce que les lois de l’Islam voudraient, selon eux, que l’on tue ceux qui manquent de respect au prophète. À ceux qui tiennent ce type de discours, j’ai trois choses à dire. Je vais sans doute être un peu brutal – pardonnez-moi – mais je crois que l’heure est venue de se dire les choses très franchement.

Primo, vous vous foutez de nous : les caricatures de Charlie Hebdo ne sont à l’évidence qu’un prétexte. Ce n’est pas compliqué : les cinq victimes d’Amedy Coulibaly – pour mémoire, une policière et quatre de nos compatriotes juifs – n’avaient rigoureusement rien à voir avec le journal satirique. Ce que les djihadistes ont attaqué en ce début janvier 2015, ce n’est pas Charlie Hebdo ni même la liberté d’expression : c’est notre société toute entière et les valeurs fondamentales sur lesquelles elle repose.

Deuxio, il faudra bien un jour que vous compreniez qu’un des principes essentiels qui régit la société dans laquelle vous vivez est celui de la sécularisation du droit et de la politique. Concrètement, ça signifie que sur le territoire de la République les préceptes du Coran, les hadiths et les interprétations qui en sont faites par les docteurs de la foi musulmane sont subordonnés aux lois de la République. Si cette idée vous choque, mesurez bien qu’en l’absence de ce principe, la religion musulmane serait purement et simplement interdite en France au même titre que le Judaïsme et le Christianisme sont persécutés en Arabie Saoudite.

Tertio, s’agissant de vos sentiments, sachez que je les comprends et que je les respecte. Néanmoins, comprenez que nous avons, nous aussi, des sentiments et que ce qui nous choque plus que profondément ce sont les crimes monstrueux commis par Daesh, Al-Qaïda, Boko Haram et leurs semblables. Entendez-moi bien : le fait que ces horreurs soient commises au nom de l’Islam ne signifie nullement que tous les musulmans en soient responsables ; en revanche, le fait que certains peinent à les condamner fermement – sans parler de ceux qui les soutiennent explicitement – nous choque à un point que certains d’entre vous ne semblent pas tout à fait mesurer.

Bref et encore une fois je ne m’adresse ici qu’à celles et ceux qui tergiversent encore : il va falloir choisir votre camp.

Ceci étant dit, je voudrais, à titre personnel (et qui m’aime me suive), réaffirmer à tous les musulmans de France qui partagent notre idéal de société de mon soutien et de mon amitié indéfectible. Je suis absolument convaincu – et il semble que les spécialistes en la matière le soient aussi – que la stratégie d’Al-Qaïda consiste, précisément, à nous monter les uns contre les autres ; c’est-à-dire, très clairement, qu’ils cherchent à vous instrumentaliser et à faire de vous de la chair à canon. Ils n’y arriveront pas ! Le meilleur moyen de mettre un terme aux attaques de l’ennemi, c’est encore de le convaincre que sa stratégie ne fonctionne pas et, mieux encore, qu’elle produit l’effet exactement inverse de celui qu’il escomptait.

La résilience d’une communauté ne se fait pas à coup de lois sécuritaires ni d’imbécillités sociétales : elle se fait dans la rue, jour après jour, avec ces petits riens qui font de nous une société.

Samedi matin, j’avais besoin d’un litre de lait et je suis allé l’acheter, comme d’habitude, chez mon épicier préféré qui se trouve être musulman. Il a suffi de quelques mots ; d’une discussion anodine entre un commerçant et son client qui se demandaient quand aurait finalement lieu la manifestation ; quelques simples mots sans aucune portée philosophique ni le moindre contenu politique pour qu’il me fasse comprendre qu’il était des nôtres et que je l’assure en retour que je n’en avais jamais douté. C’est comme dans une phalange d’hoplites grecs : tout repose sur la confiance ; je sais qu’il garde mon flanc gauche et il peut compter sur moi pour garder son flanc droit.


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