#JeSuisCharlie : on fait quoi maintenant ? Réponse : rien !

CRS credits Martin Le Roy (licence creative commons)

Quelles réponses apporter à cet épisode terroriste ?

Par Le Parisien Libéral.

CRS credits Martin Le Roy (licence creative commons)

Des millions de Français ont manifesté dimanche contre le terrorisme et en hommage aux victimes des terroristes. Aujourd’hui, le débat est ouvert : « On fait quoi maintenant ? », France Info ouvre le débat #onfaitquoi.

Alors, quelles réponses apporter à cet épisode terroriste ?

Commençons par poser une question qui fâche : est-ce que Charlie Hebdo a été victime d’un attentat terroriste ? Le code pénal définit l’acte terroriste comme un acte se rattachant à « une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».

Question : à la différence de la prise d’otage du magasin casher de la Porte de Vincennes, un acte clairement antisémite, est-ce que Charlie Hebdo a été victime d’un acte terroriste ou bien d’une sorte de vendetta ? Attention, poser la question, ce n’est nullement exonérer les frères Kouachi de leurs responsabilités ou leur donner un quelconque blanc-seing. Il va de soi que leur acte est inexcusable et aurait mérité, s’ils étaient toujours vivants, l’application pleine et entière des lois en vigueur dans ce pays.

Mais s’ils étaient vivants, les frères Kouachi auraient répondu que puisque le Coran lu au sens littéral appelle à châtier ceux qui se moquent du Prophète, alors les deux tueurs étaient dans leur logique de mort. Comment expliquer autrement le soutien, minoritaire mais néanmoins réel, que la tuerie de Charlie Hebdo a rencontré, dans certaines banlieues notamment ?

Quelle que soit la qualification des actes des frères Kouachi et de Coulibaly, une chose est claire : il ne faut rien faire, en tout cas au niveau législatif et politique !

Il ne faut rien faire car il existe déjà des lois qui punissent les atteintes à l’intégrité physique des gens, dont le meurtre. Les terroristes auteurs des actes de la semaine dernière sont morts, donc la justice ne se penchera pas sur leur cas, mais ne doutons pas du fait que s’ils avaient été jugés, ils auraient été condamnés à la réclusion à perpétuité. Le meurtre, l’apologie d’actes terroristes, les actes en réunion tombent déjà sous le coup de la loi. Pourquoi en rajouter ? Rien ne fera revenir les 17 personnes tuées la semaine dernière.

Il ne faut rien faire car la France vient déjà de se doter d’un corpus législatif liberticide, l’article 20 de la loi de programmation militaire, dont les effets porteront sur tous, et non pas juste sur les terroristes présumés. Voulons-nous vraiment d’une police autorisée à faire n’importe quoi au nom de la lutte contre le terrorisme, pour que dans dix ans nous soyons comme les Américains actuellement, à ouvrir le dossier de la violation des libertés civiles ? Et sans même faire parler les morts, les journalistes de Charlie Hebdo auraient-ils approuvé un Patriot Act ?

Il ne faut rien faire car le président Hollande et l’ensemble de la classe politique regrettaient, à juste titre, entre 2007 et 2012, que l’actualité dirige l’agenda de l’Assemblée Nationale. Sous le précédent quinquennat, le pouvoir avait tendance à réagir à l’actualité en proposant de nouvelles lois. Allons-nous continuer à faire des lois en fonction des faits divers, aussi dramatiques et sanglants soient-ils ? L’ancien président de la République veut par exemple rouvrir le débat sur le port d’armes, notamment pour les policiers municipaux. Mais en quoi la jeune policière antillaise tuée à Montrouge, Clarissa Jean-Philippe, aurait-elle été aidée ? Coulibaly lui a tiré dans le dos. Nicolas Sarkozy a eu cinq ans, entre 2007 et 2012, pour autoriser d’autres citoyens que les gendarmes et les policiers à porter des armes. Il n’a rien fait mais profite de cette actualité pour ouvrir le débat. Sont-ce des bonnes façons de procéder ?

La France dans la guerre contre le terrorisme

Il ne faut rien faire car la France (en tous cas ses politiciens) n’est pas au clair sur ses options politiques et militaires en matière de guerre contre le terrorisme. La précédente majorité avait déclaré la guerre au terrorisme, aux côtés des Américains, en envoyant notamment les soldats de l’armée française en Afghanistan. Or, l’actuelle majorité, non seulement avait déposé une motion de censure contre cette guerre mais avait aussi accéléré le retrait d’Afghanistan. C’est cette même majorité qui, après avoir d’abord voulu aider les ennemis de Bachar El Assad, est maintenant membre de la coalition qui bombarde l’État Islamique en Irak et au Levant (Daech) en Syrie et en Irak.

Autrement dit, au-delà de la permanence de l’administration, notamment celle du Quai d’Orsay, nous avons un exécutif qui n’a aucune doctrine et qui change en permanence d’opinion. Peut-être qu’un bon point de départ serait la réflexion sur ce que nous pensons et sur ce que nous voulons. Le Président Hollande, s’il est cohérent, va-t-il rendre hommage à l’intervention militaire menée par le président Sarkozy et par Hervé Morin ?

Il ne faut rien faire car même sur le motif direct de l’attaque, l’attentat contre la liberté d’expression, nous les Français, ne sommes pas parfaitement au clair. Les journalistes de Charlie Hebdo sont morts car ils se sont donnés le droit, parfaitement légitime tant au regard du droit français que des valeurs françaises (y compris la liberté d’expression), de caricaturer le prophète Mahomet (tout comme ils s’arrogeaient le droit de représenter le Pape en train de sodomiser de jeunes enfants !). Normalement, ces caricatures n’auraient dû faire l’objet d’aucun commentaire. Pourtant, l’ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’avait-il pas désapprouvé ? Tant que des Français, notamment socialistes, par volonté de ne pas froisser les musulmans d’ici ou d’ailleurs ou par souci d’éviter le débat sur la repentance vis-à-vis de la guerre d’Algérie, ne diront pas clairement que l’islam n’a pas de droit particulier sur la loi et sur les coutumes françaises, pourquoi voulons-nous que des islamistes, d’ici ou d’ailleurs, pensent autrement ?

La solution libérale

En fait, plutôt que toujours plus de lois qui ne changeront rien au terrorisme en France, il faut évidemment autre chose : une France libérale.

Déjà, partons du principe que ce qui est arrivé menace de se reproduire. Il n’y a pas de raison fondamentale pour penser que ce qui a créé les Kouachi, Mennouche, Merah, Coulibaly et autres se soit volatilisé. Une des questions qu’il convient d’ouvrir, c’est de déterminer si le cas des terroristes relèvent de la psychiatrie, ou bien si ces types sont « rationnels » et se sont engagés consciemment dans une guerre asymétrique (mais juste selon leur point de vue). Rappelons que le but des terroristes n’est pas unique (tuer des cibles et répandre la terreur) mais a aussi une composante politique : susciter l’adhésion, notamment auprès des populations qui pourraient basculer, en termes de soutien, dans les banlieues françaises ou dans le Maghreb.

Tout d’abord, sur la durée, il faut rouvrir les perspectives des jeunes en libérant la croissance par une vraie politique libérale créatrice de richesse et d’emploi. Dans les banlieues et au sein de la population musulmane de France, il n’y a pas que des délinquants, loin de là, il y a aussi des entrepreneurs dynamiques dont on entend la parole partout sauf chez nous ou des activistes qui ont compris que face à l’échec de l’État sur tous les plans, dans tous les domaines, il nous faut des solutions libérales.

Qui plus est, il faut combattre le sentiment d’humiliation par la remise en cause des lois mémorielles, dont la surenchère nourrit les rancœurs, et par la suppression des contrôles d’identité sans motif, blessants et inutiles. Pour ce dernier point, c’est simple, c’est une promesse du candidat Hollande, au même titre que le mariage pour tous ou la suppression du cumul des mandats… Quant au premier point, même si c’est tabou, pourquoi ignorer le fait que Dieudonné, le discours Soralien et les propos antisémites de certains trouvent leur origine directe dans l’existence du refus d’ouvrir la question de la nocivité des lois Pleven-Gayssot-Taubira et de l’inévitable concurrence victimaire qui en découle ?

Enfin, à court terme, il faut réparer les trous dans la raquette des renseignements et de la justice à partir des outils existants, mais surtout pas par le biais d’un « Patriot Act » à la française qui ne ferait qu’offrir une victoire supplémentaire aux terroristes.


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