Une unité millimétrée

L’unité nationale se fera sans le Front national.

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république française credits adrian midgley (licence creative commons)

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Une unité millimétrée

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 janvier 2015
- A +

Par h16

Au matin du 7 janvier, tout indiquait que ce mercredi serait une journée d’une banalité standard, avec son lot de petites phrases politiques idiotes, de décisions économiques hasardeuses mais habituelles. En quelques heures, tout aura rapidement basculé à l’horreur, et d’un coup, le pays se sera retrouvé secoué comme par une vigoureuse distribution de coups de lattes au saut du lit après une gueule de bois mémorable : l’année 2015 a décidé de ne pas commencer sur du velours.

Au soir de cette journée funeste, ce seront douze cadavres à ajouter à la liste bien trop longue des victimes de l’islamisme. Cet attentat ajoute aussi son lot de morts à la liste, trop longue elle aussi, de ceux tombés simplement pour leurs opinions. Sans surprise, l’opinion publique est outrée. Les images, rapidement disponibles comme il se doit dans ce monde massivement numérique, ne laissent aucun doute sur l’horreur des actes perpétrés. Ce sera sans difficulté que, toujours aussi rapidement, des appels au rassemblement seront lancés.

Dans ces rassemblements, on trouve bien sûr celui des citoyens lambda, ces personnes choquées qui, mesurant la portée de l’acte, ne peuvent se résoudre à rester chez elles et qui ont besoin de communier avec leurs semblables. Et on trouve, inévitablement, les politiciens qui n’ont pas d’autres choix d’abord, que de suivre le mouvement, puis, ensuite de le rattraper et d’enfin l’organiser, pour ne pas dire le récupérer. Tout aussi inévitablement, le chef de l’État s’exprime. Devant l’urgence, ses communicants n’ont pas eu le temps de préparer à fond son discours : Hollande est banal, sans grandeur, mais finalement moins mauvais que d’habitude.

Comme on pouvait s’y attendre, presque conformément à la tradition républicaine, il appelle à l’unité nationale. Il a, bien sûr, raison, même si le terme d’unité nationale est ici assez galvaudé : comme je l’écrivais avant-hier, c’est bien la décence élémentaire, avant tout, qui impose de stopper ici net toutes les polémiques microscopiques en face des morts civils, de mettre une puissante sourdine à toutes les dissensions devant l’attaque délibérée de l’un des fondements de notre société moderne, la liberté de penser. Dans cet appel à l’unité, il est bien sûr rejoint rapidement par ce que le pays compte de leaders politiques, d’un Mélenchon qui estime que, je cite : « Il s’agit de faire la démonstration que nous sommes capables de nous serrer les coudes, de faire peuple ensemble, et que rien ne nous divisera. »

… ou un Bayrou qui le rejoint avec pour lui « Un seul devoir, nous serrer les coudes ».

Pas de doute, le mercredi 7 janvier, la France est unie, dans la tristesse, l’horreur, la colère bien sûr et la détermination. Las, le jeudi 8 janvier, la donne change. Chassez le naturel, et il revient en formule 1 avec des réflexes de ninja, surtout en France, surtout avec la classe politique qui nous occupe.

fdomofspeech

Car l’unité, oui, c’est bien joli, mais il y a le Front National. Et le méchant parti n’a rien trouvé de mieux que déclarer, par sa présidente Marine Le Pen, que l’attentat devait… « libérer notre parole face au fondamentalisme islamique ».

Franchement, réclamer une libération de la parole, le droit d’exprimer tout un tas d’idées, même des nauséabondes, au moment où la liberté d’expression est attaquée, voilà qui est un peu fort de café, ne trouvez-vous pas ?

Cela ne pouvait évidemment pas passer tout seul, pas en France, pas maintenant. Ensuite, des leaders du Front National, défilant coude à coude (je présume serrés, comme le réclament Bayrou et Mélenchon) avec des leaders du Parti Socialiste, du Front de Gauche, des Verts, du Modem ou de l’UMP, ça doit gêner pas mal de monde. À commencer par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, ou le député PS François Lamy. Ou d’autres encore, nombreux. Eh oui, que voulez-vous : l’unité, c’est quelque chose de millimétré, bien précis, dans lequel on rentre, ou pas. Et en ce qui concerne le Front National, nos nouveaux leaders de la Liberté d’Expression ont beau raboter autant qu’ils peuvent l’étalon républicain tant vanté par tous au soir du 7 janvier… le parti de Marine Le Pen ne semble pas rentrer. Zut alors.

Pire : comme l’exprime Jean-Luc Bennahmias, le député à la tête du Front démocrate, pour qui « la présence du FN, c’est niet », ce rabotage est inutile, voire néfaste : « de toute façon en ce moment, quoi que l’on fasse, tout est susceptible de rendre service au FN ».

Autrement dit : il vaudrait mieux éviter carrément tout appel à l’unité, ou son contraire, ou faire quoi que ce soit parce que, mes petits agneaux, vous comprenez, en ce moment, tout est susceptible de rendre service au FN !

Quelle belle unité ! Quels nobles sentiments ! Quelles belles postures ! Et surtout, quelle belle compréhension des mécanismes humains qui pousse ainsi les uns à rejeter les autres, ostraciser toujours un peu plus un parti alors que c’est précisément cette ostracisation qui lui a valu ses plus beaux succès, que c’est précisément ce musellement de la parole qui lui a fourni le plus de grain à moudre ! Jamais, à lire ces phrases, ces réactions et à constater cette unité déjà si mal en point, la phrase de Bossuet n’aura trouvé un écho plus vibrant que maintenant dans notre pauvre République : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Ce pays est foutu.

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—-
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  • je me trompe peut être , mais le FN n’est il pas le 2em parti de France avant le ps et après l’UMP ? auquel cas , il est surprenant que le FN soit interdit de manif ; pour ma part , je pense que le mieux aurait été qu’aucun parti ne soit présent à cette marche , vu que ces élus sont tout de même en grande partie responsables de l’état du pays via leur politiques débiles et irréfléchies ;

  • Unite, unité, vous parlez d’une unité: alors que l’ignoble dont je préfère ne pas mémoriser le nom vient à peine de massacrer je ne sais combien de clients d’un supermarché « religieux »; alors que la cavalle des détestables frangins se poursuit au nord de Paris, et bien le sinistre du Palais, lui, n’oublie surtout pas d’aller baffrer quelques bons petits plats avec les vieux souteneurs de la mémoire de Mitterrand, la fine fleur de l’ultrasexualité à la française (les Langs, les Berger, etc.), réunie pour un déjeuner commémoratif autour d’une bonne table de la capitale (source Le Figaro d’hier).
    Et que le triste sire, unitaire s’il en est, qui toutefois ne représente plus que sa misérable unité, d’arborer un sourire tout ce qu’il y a de plus coquet, tout en bécotant la première donzelle qui s’attable!
    Ne voila-t-il pas de la belle unité autour de la casserole républicaine, de celles qui nourrissent bien et pour la vie entière, au frais des imposés?

  • Article genial. Sujet difficile. Bravo

  • Le PS parle d’unité et veut exclure le FN de la marche unitaire de dimanche. Mais qui s’est employé à diviser le pays depuis plus de 30 ans, de façon profonde et perverse, plaçant ses adversaires devant des alternatives impossibles : soit vous adhérez à nos vues, soit vous êtes… au choix antisémite, raciste, xénophobe, homophobe… Vous défendez des valeurs héritées du passé, religion comprise ? Vous êtes un réactionnaire infréquentable. Vous parlez d’identité française et de patriotisme ? Vous flirtez avec les « heures les plus sombres de notre histoire ». La gauche (aidée il est vrai par la droite) a ainsi placé le couvercle de sa bien-pensance sur toute la société française, éliminant tout débat en diabolisant tous ceux qui ne pensent pas selon ses schémas inspirés par la lutte des classes, le « sans frontiérisme » et le laïcisme, assortis d’un insupportable « deux poids, deux mesures ». Cerise sur le gâteau : elle a sans cesse prêché la tolérance… pour les autres !

    Parler de la liberté d’expression à tort et à travers, comme le font nos élites, c’est se payer de mots: la liberté d’expression n’est qu’un moyen pour servir le pluralisme. C’est ce dernier qui est dramatiquement perverti : dans quel autre pays démocratique, les journalistes votent-ils à 85% pour le même parti (présidentielle 2012)? La presse est-elle si massivement subventionnée? Les relations incestueuses entre les pouvoirs politique et économique si nombreuses ? Mais les apparences sont sauves!

    La France, malade de sa caste politico-médiatique, saura-t-elle, à l’occasion de ce drame, regarder sa situation avec lucidité? Car, du point de vue sociétal comme pour l’économie, c’est le même mal qui gangrène le pays : une dictature de la pensée habillée d’oripeaux soi-disant démocratiques. Déni de réalité et manque de débat : on ne risque pas de trouver des solutions !

  • le fn n’est pas républicain mais le fdg composé de communistes (idéologie qui a fait plus de 100 millions de morts) qui soutiennent certaines dictatures oui. vive le deux poids deux mesures

    • ma douce immigrée, ex secrétaire parlementaire est tombé admirative devant la magnifique réponse de Marion Maréchal Lepen :
      (de mémoire)
      « si pour le gouvernement la liberté d’expression s’arrête au front national, il ne faut pas s’étonner que pour les jihadistes ca s’arrête à Charlie Hebdo »

      ca c’est une réflexion bien plus libérale que ce que j’entend …
      ils sont bons, dommage que leur programme soit idiot, anti-libéral intégrant tout les anti-libéralisme de la France, de gauche et droite.

  • Le vrai visage de la gauche bien-pensante, qui est aussi celle qui censure, qui interdit ,qui procède à des arrestation préventives avant les manif des ses opposants, qui contrôle les médias… le vrai visage se montre tous les jours un peu plus.

    Cette gauche pourrie qui s’exprime par la voix de ses nombreux repris de justice, qui a le pouvoir de décider qui a le droit de penser et quoi penser dans ce pays est devenue plus nauséabonde que tout ce qu’elle prétend combattre.

    Et à sa tête, l’immonde archétype du technocrate malfaisant, a retrouvé un peu des couleurs qu’il avait perdues au tréfonds des sondages. Le menteur, le renieur, le profiteur, la demi portion, devenu chef par défaut essaie de saisir la nouvelle perche que le destin lui tend…

    Heureusement ou malheureusement il est trop nul pour réussir quoi que ce soit.

  • la liberté d’expression ca commence par les idées qui ne me plaisent pas.

    si on veut le FN au 3e tour, il n’y a pas mieux.

  • Le FN est le premier parti de france aujoird’hui. Tout le monde le sait.
    C’est dire s’ils en ont peur pour l’exclure ainsi
    Quelle mascarade.
    Ils méritent vraiment le FN a l’Élysée. Nous l’aurons et cela fera beaucoup de bien a France et à cette classe politique de voleurs et de pleutres qu’il faut mettre dehors d’urgence.

  • le parti qui a ete le plus claivoyant est exclu.. comme quoi on a tort d avoir raison trop tot .si ils avaient autorise le front national c est reconnaitre qu il avait vu juste …

  • Le dessin parle de lui-même.

  • Toujours un plaisir de lire l’impertinence, sans insolence, d’H16.
    Merci
    Richard

  • Les commentaires sont fermés.

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