Sus au misérabilisme !

weeping angel credits mike chernucha (licence creative commons)

Le misérabilisme renvoie à une vision péjorative de la pauvreté, le « démuni » étant vu comme une victime éternelle.

Je déteste le misérabilisme car il renvoie à une vision péjorative de la pauvreté, le « démuni » étant vu comme une victime éternelle. Alors quand quelqu’un vient me casser les pieds avec…

Par Philippe P.

weeping angel credits mike chernucha (licence creative commons)

Voici quelques jours et par le plus grand des hasards, je me suis retrouvé l’espace d’une heure en compagnie de personnes que je ne connaissais pas dix minutes avant. Allez savoir pourquoi, l’un d’eux a parlé des prix astronomiques de certaines maisons situées aux antipodes et nous a montré des photos.

Moi j’ai trouvé ces maisons très moches, très nouveau riche et pour rien au monde je n’en aurais voulu une si ce n’est pour la revendre bien vite et m’acheter ce qui me plaît. On trouve bien mieux et bien moins cher sur la côte d’Azur, les pieds dans l’eau, et question bouffe ça reste mieux que les antipodes.

De toute manière, n’étant pas un adepte inconditionnel de la côte d’Azur, ce n’est pas ce que j’aurais acheté. Mon truc à moi ce sont les pierres sombres et les terres, du genre grosse maison avec des tours, entourée de forêts. En plus avec la différence de prix entre cette maison de mauvais goût et ma forteresse, peut-être que j’aurais pu me louer une poignée de vilains que j’aurais vêtus de haillons, logés dans des masures insalubres, mais rigoureusement soumis au régime des intermittents du spectacle, pour me conforter dans mon fantasme de châtelain médiéval !

Bref, j’ai juste dit que je trouvais la maison moche, le pays sans grand attrait et puis voilà. C’était une question de goût et de couleur, de la simple idiosyncrasie. Tout ceci aurait pu en rester là et nous aurions devisé de choses sans importances, à savoir nos goûts comparés, eux pour les villas de stars en bord de mer et moi pour les forteresses médiévales.

Mais comme nous sommes en France, il y a toujours un fâcheux qui veille, un petit flic, un empêcheur de tourner en rond. Attention, non quelqu’un qui comme moi, vous rappelle aux réalités à la manière d’un Sénèque, mais un bon gros socialiste qui vient vous vider son seau de merde à vos pieds en vous éclaboussant de sa morale bas de gamme et de son heuristique de comptoir et de son christianisme dévoyé.

C’est ainsi que l’un des participants, se voulant sans doute plus docte et se faisant fort de nous rappeler aux dures réalités, se saisit de son portable et nous montra une photo d’un bidonville quelconque en nous expliquant qu’il existait des inégalités terribles et que lui ne pourrait vivre dans une maison à quarante millions de dollars tant que des gens vivraient dans des maisons de tôle ondulée !

En premier lieu, ce type n’est qu’un cuistre qui s’est cru capable de jouer le rôle qui m’est imparti de par ma naissance en capricorne ! N’est pas Sénèque qui veut et d’ailleurs Sénèque n’enseigne pas à vivre au ras des pâquerettes, mais simplement que si lui a pu manger dans de la vaisselle en vermeil, il n’en a pas moins été aussi heureux quand il a dû se contenter d’une écuelle de terre cuite. Sénèque n’est pas un pseudo socialiste à la petite semaine mais un stoïcien, et c’est différent !

Deuxièmement, j’aurais voulu dire à ce type, mais ma bonne éducation m’en a rendu incapable, que les inégalités étaient partout, et pas uniquement dans les disparités de l’habitat, puisque j’en avais pour preuve qu’il était très laid et de plus très bête. Je me suis tu et j’ai eu le droit au laïus habituel misérabiliste. Je déteste cette vision des choses car justement le misérabilisme renvoie à une vision péjorative de la pauvreté, le pauvre, le « démuni » étant vu comme une victime éternelle de sa situation, dépourvu d’outils pour s’en sortir. D’ailleurs je suis persuadé que les « pauvres » qu’il adore seraient ravis d’habiter un de ces palais bordant l’océan. Mais le gaucho n’aime les pauvres que tant qu’ils restent pauvres, comme une masse confuse qu’il pourra exploiter en lui vendant des lendemains qui chantent, qui l’enrichissent lui avant tout autre, dans le confort de sa petite prébende d’exploiteur de la misère humaine.

C’est une vision anti-humaine qui va à l’encontre de la réalité ! Sinon, on en serait encore à se terrer dans des grottes pour se prémunir des tigres à dents de sabre. Or l’expérience prouve qu’on a niqué tous ces putains de smilodons et que justement on peut vivre dans des maisons cossues en bord de mer, fussent-elles dotées d’une architecture de nouveau riche ! Je crois au pouvoir qu’ont les individus de changer la donne même si parfois il faut un petit coup de pouce, je n’en disconviens pas.

Et voici que ce crétin, cet apprenti penseur pour festivals alternatifs se met à nous prodiguer sa sagesse concernant l’exploitation de l’homme par l’homme en fustigeant le vilain capitalisme qui est responsable de tant de peine ! Encore une fois, n’étant pas débile de base, je ne suis pas non plus un contempteur absolu du capitalisme et sais reconnaître ses excès mais bon, je pense aussi en avoir perçu ses bienfaits.

Et voici que l’idiot me remontrant sa photo de bidonville me reprend comme on morigénerait un garnement disant des grosses bêtises. Je m’approche alors et constate que ladite photo est prise au Cambodge. Je souris et lui explique que pour le coup, il a fort bien choisi sa photo car justement si le Cambodge a été victime d’une idéologie mortifère, ce n’est pas du capitalisme dont il s’agit mais du communisme. Je lui rappelle alors les horreurs de Pol Pot et de ses acolytes comme le tristement célèbre Douch. Le fâcheux se fige, tente de se rétablir, de se justifier mais c’est peine perdue. Parce que pour justifier les ravages du capitalisme, montrer la photo d’un pays qui a subi une des pires dictatures communistes, il fallait oser. L’idiot se tait enfin. Touché dans ses œuvres vives par l’exocet de ma démonstration fatale, ce misérable rafiot de la pensée crétine coule corps et bien, plongeant son nez (qu’il a très laid) dans sa bière tiède.

Comme ma clope est finie, je lâche deux euros sur la table pour régler mon café et me hâte de rentrer chez moi dans ma Jaguar profitant du cuir connolly et de mon nouvel autoradio ! Avec une ristourne de trente euros, je n’allais pas m’en priver pour remplacer cette vieille daube de Blaupunkt d’origine !


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