Les derniers jours de Rome, Michel De Jaeghere

Les derniers jours, par Michel de Jaeghere (Crédits Les Belles Lettres, tous droits réservés)

Pourquoi l’Empire romain est-il tombé ? Les Derniers jours, de Michel De Jaeghere, offre une nouvelle explication.

Par Jean-Baptiste Noé.

Les derniers jours, par Michel de Jaeghere (Crédits Les Belles Lettres, tous droits réservés)Attention, livre solide. Fruit de quinze ans de recherches et de réflexions, de multiples années d’enquête, pour répondre à son tour à cette question qui heurte la conscience européenne depuis quinze siècles : pourquoi l’Empire romain est-il tombé ?

Depuis quelques années, les historiens se sont efforcés de montrer que cette chute n’avait nullement été douloureuse. Les barbares avaient presque été invités dans l’Empire, les structures politiques et sociales étaient demeurées, la transition fut douce. Nous étions alors passés quasiment sans heurts de l’Empire aux royaumes barbares.

Michel De Jaeghere a une autre approche de cet événement. Il montre comment les contemporains ont vécu les invasions : des guerres, des destructions, des meurtres et des régressions ; les textes ne manquent pas. Certes, il faut savoir les interpréter. Certes, il y a des figures stylistiques imposées dans la description des embarras de Rome et de la chute de l’Empire, mais la chute eut bien lieu.

Ces derniers jours que l’auteur analyse couvrent en fait près de deux siècles et commencent dès la fin de la dynastie des Antonins (IIIe siècle). La chute de Rome n’a pas une cause unique, elle s’inscrit dans une multitude de faisceaux, que l’auteur étudie dans son ensemble : pression fiscale de plus en plus forte, troubles politiques, anarchie et guerres civiles, perte démographique avec un refus de l’enfant de plus en plus manifeste, oubli de soi et de ce qu’est la romanité. Les Romains n’ont pas disparu à cause de l’arrivée du christianisme ou bien de la rencontre avec l’Orient mais parce qu’ils n’ont plus eu ni la force ni la volonté de continuer leur aventure. Cette civilisation, finalement trop étroite pour un espace géographique si immense, n’a pas voulu continuer à vivre.

Le livre de Michel De Jaeghere est imposant par sa taille et son volume mais il se lit très facilement. Il est écrit dans une belle langue et, si les références sont nombreuses, elles ne sont jamais fastidieuses ni inutiles. La table des matières permet de se repérer aisément dans l’ouvrage et dans la démonstration et de suivre ainsi au plus près les évolutions de l’Empire et la démonstration de l’auteur. Les étudiants en histoire auront grand intérêt à le lire car ce livre est tout à la fois une somme et probablement un classique. Son auteur n’étant pas universitaire, l’ouvrage n’aura probablement pas droit de cité à l’université. Il n’empêche qu’il est un des meilleurs livres de ces dernières décennies écrits sur le sujet.


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