Immigration, l’attaque des cargos fantômes

Cargo Geert K. (Crédits Bernhard Fuchs, licence Creative Commons)

La ligne de UKIP selon laquelle les « immigrants illégaux » devraient être renvoyés d’où ils viennent, n’est ni tenable ni légale.

Par Richard North, depuis le Royaume-Uni.

Cargo Geert K. (Crédits Bernhard Fuchs, licence Creative Commons)Je travaille toujours sur « Flexcit », un dossier en cours d’élaboration traitant de la manière dont le Royaume-Uni doit s’y prendre pour quitter l’Union Européenne, et dont la dernière version en date compte 370 pages ; j’y effectue une forte restructuration, tout en ajoutant un nouveau chapitre à part, sur les demandeurs d’asile.

Écrire un chapitre cohérent sur ce qu’on appelle les « immigrants irréguliers » tend à concentrer l’esprit d’une façon qu’on ne peut atteindre avec une écriture légère ou une discussion, puisqu’on tente de produire un travail global qui explique le problème dans son entièreté, d’identifier des solutions pratiques et des recommandations.

Ceci vient à un moment où nous assistons aux cas de, non pas un, mais bien deux cargos voyous pointés sur l’Italie, bourrés de demandeurs d’asile, dans ce qui se révèle être une escalade effrontée de la part de trafiquants criminels d’êtres humains, qui se font des millions à cause de la misère humaine.

Le dernier des deux en date, le MV Ezadeen, serait, dit-on, rempli de 400 migrants, et a été remorqué, direction l’Italie, après être resté toute la nuit à 58 miles nautiques de la côte, au large de la ville de Crotone, dans la mer Ionienne.

Les commentateurs abordent désormais ouvertement des questions plus larges, comme par exemple une représentante de Frontex, l’agence de l’UE pour les frontières, Ewa Moncure, précisant que ceci est l’œuvre de trafiquants d’êtres humains. Ils semblent avoir eu recours à la même méthode d’utilisation de cargos largement décommissionnés, qui ont été « ramenés d’entre les morts ».

C’est une activité qui rapporte des millions de dollars pour ceux qui opèrent ces bateaux, a dit Mme Moncure. Elle estime que chaque passager a payé 3 000$ pour le voyage sur le MV Ezadeen. Plus tôt, il y a eu des estimations selon lesquelles les passagers avaient payé jusqu’à 6 000$ pour une place sur le Blue Sky M, ayant potentiellement rapporté cinq millions de dollars aux trafiquants, pour ce seul voyage.

Cependant, en examinant cette question dans sa globalité, on voit que ces derniers événements sont simplement la pointe d’un énorme iceberg, qui représente la séquence des échecs des politiques de l’Union Européenne et de ses États-membres, mais qui trouve racine dans des accords internationaux remontant à 1951, avant même la naissance de la CEE.

En nous attaquant spécifiquement à l’Union Européenne, nous, les eurosceptiques, sommes particulièrement prolixes sur les échecs de politiques telles que la Politique Commune sur la Pêche et la Politique Agricole Commune ; mais celles-ci sont des exemples de vertu, comparé à l’échec presque total de l’Union Européenne à traiter de façon adéquate la question des demandeurs d’asile.

C’est là où nous-mêmes avons raté une opportunité majeure, d’une part d’identifier pleinement l’ampleur du désastre des politiques de l’Union Européenne, et d’autre part, d’élaborer notre propre politique rationnelle (et humaine), avec des marqueurs indiquant où sont les changements à opérer dans l’ordre international, de façon à ce qu’ils puissent être adoptés.

Dans ce contexte, la ligne de UKIP (NdT : parti politique eurosceptique britannique) selon laquelle les « immigrants illégaux » devraient être renvoyés d’où ils viennent, n’est ni tenable ni légale. C’est de la politique de petites phrases sans aucun lien avec la réalité.

Un point qui doit être souligné ici est que le Royaume-Uni, aligné avec les autres pays civilisés et développés, ne peut pas juste « s’asseoir » sur ses accords internationaux. Il est donc inconcevable que nous, en tant que nation, n’ayons pas de politique sur les demandeurs d’asiles, et que celle-ci ne respecte pas la loi internationale et nos obligations en découlant.

Cela fait plusieurs semaines déjà que je travaille spécifiquement sur de tels problèmes et, dans les jours qui viennent, je publierai une série de textes qui explorent des idées, à partir de nos erreurs d’orientation, sur ce que nous devons faire pour ramener de l’ordre dans ce qui est, sans l’ombre d’un doute, l’un des échecs politiques de l’UE les plus énormes de tous les temps.


Sur le web. Traduction Contrepoints.