Entre Kim Kardashian et Thomas Piketty, faites votre choix

Kim Kardashian (Crédits Dan Raustadt www.biggerpictureimages.com, licence Creative Commons BY-NC-ND 2.0)

Les paires de fesses proéminentes exhibées par quelques starlettes libèrent-elles la femme occidentale de son carcan de minceur ?

Par Thierry Godefridi

Kim Kardashian - instagram

À l’amie marathonienne qui me demandait ce que l’on pouvait me souhaiter pour 2015, je répondis, par étourderie, que je me verrais bien courir mon prochain marathon (le 55e officiel) au côté de Kim Kardashian. Son fessier dodu, illustrant un article consacré à ce segment du marché de la chirurgie esthétique aux États-Unis, me parut d’emblée destiné à soutenir d’un train régulier un effort de longue durée, tel qu’un marathon, quels que soient l’ondulation ou le revêtement du parcours.

« Si un postérieur pareil est ce qui fait fantasmer les hommes, non merci ! », me rétorqua mon amie qui n’est pourtant pas dépourvue de formes seyantes. Un fessier rebondissant doit en effet ne pas laisser les hommes indifférents puisque les femmes seraient prêtes à dépenser de coquettes sommes pour suivre cette nouvelle mode. « Les hommes ne réfléchissent pas nécessairement avec leurs cerveaux, du coup les femmes non plus », réagit mon amie. Qui de la cause ou de l’effet contient l’autre, vieille querelle autour du principe aristotélicien Omne quod movetur ab alio movetur !

L’engouement pour les fesses hypertrophiées n’est pas limité aux Amériques. La France n’y échappe pas, prétend Jean-Claude Kaufmann, directeur de recherche au CNRS et auteur d’une sociologie des seins nus à la plage sous le titre Corps de Femmes, Regards d’Hommes. Il y voit les influences de la culture latino-américaine et de stars au succès aussi plantureux que leurs anatomies ainsi que des raisons d’ordre économique et psychologique : « Dans les périodes d’incertitude, les gens recherchent la sécurité. Les hommes sont attirés par les hanches des femmes et par leurs fesses pour se rassurer et se sentir en sécurité et les femmes répondent à cela. »

Le Dr Dionne Stephens, professeur de psychologie à l’Université internationale de Floride qui a accompli des recherches sur la sexualité dans la culture populaire, abonde dans ce sens et relève que l’envie de fesses imposantes ne date pas d’hier et emporte aussi la préférence dans les communautés noires. Voilà de quoi revigorer celles qui, jusqu’à présent, auraient estimé qu’elles avaient les fesses plus protubérantes qu’elles ne l’auraient souhaité !

Que cette lubie soit devenue un courant dominant, on le doit à ces vedettes du showbizz qui, comme Jennifer Lopez et Minaj, n’éprouvent aucune gêne à se faire photographier côté séant. Mais, c’est à Kim Kardashian et à son émission de TV Keeping up with the Kardashians dont la diffusion débuta il y a sept ans que l’on s’accorde à attribuer un rôle fondateur dans la propagation de cette nouvelle tendance. Dans un épisode datant de 2011, elle se fit radiographier le postérieur pour prouver qu’il ne contenait aucun artifice et elle en publie régulièrement des photos sur son compte Instagram que suivent près de 23 millions de fans.

À court d’arguments sur le plan du show, ma correspondante déplaça le débat sur celui du bizz. « J’ai tout de même du mal avec cette débauche de fric et la répartition de la richesse ! », finit-elle par me dire. Avec les vedettes de la télé-réalité ou ces footballeurs millionnaires tatoués de la tête aux pieds l’on s’éloigne de la métaphysique schopenhauerienne de la sexualité mais faut-il en conclure à l’immoralité d’une société régie par la loi de l’offre et la demande et le libre choix de ses constituants ? Préfère-t-on vivre dans un monde libre où la richesse est répartie de manière inégale, aléatoire et parfois inversement proportionnelle au Q.I. (laissant à chacun la possibilité de gagner le gros lot), ou, pour paraphraser Churchill, dans un monde planifié où, trois quarts de siècle de socialisme soviétique l’ont amplement démontré, c’est la pauvreté qui est répartie inégalement ? Entre Keeping up with the Kardashians et Planning down with the Pikettys, faites le choix.


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