Italie : Grillo populiste sans avenir

Quel avenir pour le populisme en Italie en particulier et en Europe en général ?

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Beppe Grillo credits Matteo (licence creative commons)

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Italie : Grillo populiste sans avenir

Publié le 20 décembre 2014
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Par Jean Senié.

Beppe Grillo credits Matteo (licence creative commons)

Les récentes déconvenues de Beppe Grillo, fondateur du Movimento Cinque Stelle (Mouvement Cinq Étoiles) illustrent la difficulté de trouver la formulation d’une offre politique populiste qui ne se coule pas dans les moules préexistants1. En revenant sur ces épisodes de politique italienne, il est possible d’élargir la réflexion sur les perspectives d’avenir qui s’offrent aux partis populistes qui ont émergé depuis le début de la crise économique en 2008.

Grillo, contesté en son sein

Le 28 novembre dernier, Beppe Grillo, jusqu’alors unique chef du M5S, a décidé de passer la main à un directoire constitué de cinq députés du parti, à savoir Alessandro Di Battista, Luigi Di Maio, Roberto Fico, Carla Ruocco, Carlo Sibilia2. Après cette première étape – on n’ose encore écrire ce premier renoncement – le maire de Milan, Federico Pizzarotti, a décidé de profiter de la période de latence du pouvoir au sein des instances dirigeantes du parti pour pousser plus avant les changements en réunissant des membres du parti en vue de discuter des nouvelles directions à envisager3. Le député Giulia Sarti est allé encore plus loin en évoquant publiquement la possibilité d’enlever le nom de Grillo du symbole, dont il a aujourd’hui la propriété.

Beppe Grillo a réagi en rappelant qu’il « est plus vivant que jamais » et que l’unique raison de son retrait – temporaire – était la fatigue qu’il éprouvait. Toutefois, ce « pas de côté » a suscité l’approbation d’un tiers des électeurs du mouvement qui pensent que le M5S se porterait mieux sans Grillo. Pour un homme qui a conçu initialement le parti autour de sa personne, c’est un échec. Son charisme s’est dégradé et il ne suscite plus le même enthousiasme auprès des sympathisants ni même auprès des électeurs.

Les raisons d’une déprise

Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour expliquer cette déperdition. Tout d’abord, la figure de Grillo a souffert de la comparaison avec celle de Matteo Renzi qui a su utiliser les ressources charismatiques encore mieux que le comique. Ainsi, les électeurs, avides de nouveautés, ont découvert le nouveau premier ministre avec une pointe de ravissement, d’autant plus que ce dernier n’a pas hésité à reprendre à son compte des déclarations outrancières contre l’Europe, tout au moins contre une certaine Europe4.

D’autre part, son caractère sectaire, irascible et même grossier a pu susciter de la lassitude chez les membres du parti. Philippe Ridet rapporte dans le monde les huées qui ont accueilli Grillo à Gênes, sa ville natale, lorsqu’il a voulu se rendre dans les quartiers qui avaient le plus fortement subi des inondations5. Ce phénomène s’apparente à un paradoxe qu’exprime Beppe Grillo. Il est à la tête d’un parti qui se veut le plus démocratique d’Italie et qui se révèle appliquer les méthodes les moins démocratiques. Les excommunications des dissidents, dignes des plus belles heures de surréalisme, ont en effet rythmé l’histoire du parti.

Si nous élargissons le raisonnement sur les raisons de l’épuisement de Grillo, et de son parti, nous voyons que ce dernier tente de négocier le passage d’une légitimité charismatique à une légitimité bureaucratique, pour reprendre les catégories de Max Weber. Or, cette transition est en partie contraire à l’essence même de ce parti qui se voulait initialement un « non-parti ». Ce dernier point permet d’ailleurs de réfléchir au futur d’un Front national qui reste la chasse-gardée de la famille Le Pen. L’absence de support idéologique clairement établi empêche de revenir à une doctrine cohérente et entraîne des tiraillements dont Beppe Grillo est en train de faire les frais.

L’échec de la troisième voie populiste

Si le discours de Beppe Grillo se caractérisait avant tout par son incohérence, il comportait un grand nombre de marqueurs caractéristiques du populisme, à savoir un discours anti-élite, anti-immigrés6, anti-mondialisation, anti-gouvernements. Or, le mouvement revendiquait initialement une posture ni droite, ni gauche qui lui aurait permis de dépasser l’aporie des partis actuels par un recours accru à la démocratie directe, participative et transparente.

C’est justement l’échec de ce positionnement politique qui a entraîné les résultats plus que médiocres des élections régionales où le parti n’a pas su fournir une offre politique attractive7. Le risque de ghettoïsation du parti débouche sur trois scénarios. Le premier, celui qu’avait jusqu’alors privilégié Grillo, est celui d’un positionnement clairement souverainiste et xénophobe, n’hésitant pas à promouvoir des alliances avec la Lega Nord. Le second, celui défendu par une partie des députés, vise à l’officialisation du parti. Mais dans ce cas, le positionnement sur l’échiquier politique reste flou. Enfin, le troisième est celui d’une lente érosion du M5S. Cette situation critique démontre l’impotence d’un populisme de la troisième voie dont le seul motto serait la démocratie directe. Pour le dire autrement, le M5S paye son absence de corpus doctrinal. Reste que le mouvement n’est pas condamné à disparaître.

En cela, la situation de Beppe Grillo permet une dernière observation. Elle traduit la recomposition des clivages politiques entre Européens et populistes. Les succès de la Lega Nord aux élections régionales montrent qu’à cet égard, les électeurs décidés à accorder leur vote aux populistes préfèrent les positions les plus affirmées.

Sur le web

  1. « Dominique Reynié : « On assiste à un délitement des systèmes politiques européens », propos recueillis par Cécile Chambraud, dans Le Monde, 27.02.2013. Voir aussi Dominique Reynié, Les nouveaux populismes, Paris, Fayard, 2013 (nouv. éd. revue et augmentée).
  2. Il faut néanmoins noter que ce sont des gens acquis à Grillo qui ne s’opposeraient pas à son éventuel retour. De plus, il convient de ne pas perdre de vue que la consultation électronique qui a validé, à 91%, ce directoire montre que les militants du parti restent attachés à la figure de Beppe Grillo.
  3. Philippe Ridet, « En Italie, Beppe Grillo contesté au sein du Mouvement 5 étoiles », dans Le Monde, 08.12.2014.
  4. Stefano Lepri, « Gli errori di Roma e di Berlino », dans La Stampa, 09.12.2014
  5.  Philippe Ridet, « En Italie, Beppe Grillo contesté au sein du Mouvement 5 étoiles », dans Le Monde, 08.12.2014.
  6. Philippe Ridet, « Beppe Grillo veut mettre à la porte les immigrés et ses dissidents », dans Le Monde, 23.10.2014.
  7. Lucie Geoffroy, « Italie, les six leçons à retenir des élections régionales », dans Courrier international, 25.11.2014.
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  • Vous en faites beaucoup trop. Grillo c’est Coluche, ce dernier avait pris conscience qu’il ne pouvait rien, Grillo a eu la bêtise de le croire. Il y a un cadre politique fort ancien qui est maintenant remodelé par l’europe, le FMI, la BCE. Grillo ou Coluche peu importe, ne peuvent rien changer sinon jouer les règles imposées.
    Ceci appelle un constat : Grillo est le dénonciateur du mal être Italien (européen voire USA), il met le doigt ou ça fait mal, les règles s’imposent à tous les dirigeants, notamment européens et, aucun d’eux n’a d’autre alternative que de plaire aux marchés financiers, dette oblige… dès lors, Grillo a beau vociférer, parler vrai, lui pas plus qu’un autre n’a de latitude pour appliquer une quelconque politique qui ne soit pas dans la ligne de l’europe et ses financiers.

  • « Les succès de la Lega Nord aux élections régionales  » Les succès de la Lega Nord sont une excellente chose pour l’italie. la Lega Nord est devenu un vrai parti de droite qui propose des choses très intéressantes comme la flat tax. c’est un parti qui est devenu comparable à l’UDC. marrant qu’il soit allié au fn au parlement européen. Renzi a plus de points communs avec le FN que la Ligue du Nord avec le FN
    le M5S s’essoufle mais on peut dire la même chose de Renzi.

    • Il faut d’abord se rendre compte que depuis Monti les italiens n’ont plus la parole. Le mouvement 5 stelle à la difference des Parti italien donne un pouvoir à sa base. Renzi peut jouer la carte de la sèduction, il n’est pas aimé par les italiens qui souffes et ne cesse de taxer les italiens pour aucun resultat. Ilvente d’avoir reduit la taxe sul la premiere maison de 700 millions , mais il augmenté les taxes de plus de 4 milliards! Plus de 60% des voyous prèsumés dans l’affaire de Rome sont de son parti! Un mèrpis sur les handicapés qui doivent vivre avec 295Euros par mois alors qu’il paye 20 000 Euro/mois ses ministres a eu un impact sur sa popularité. Et les 20 milliards pour finavcer les 80 euros pour les salariés en rèduisant les services sociaux et mèdicaux est une catastrophe sur toute l’italie. Alors que dire de Grillo qui rèside en Suisse et critique à juste titre la politique européenne qui oblige l’Italie a rèduire de 50 milliards le train de vie de l’Etat italien. Peut on comprendre que l’Etat italien dèpense 50 milliards de plus que l’Etat allemand? Et cette immegration africaine dont le coup fixée à 35 euros par jour par immigré est une insulte pour les 7 millions d’italiens qui touchent moins de 6 mille Euro par an de retraite? La corruption et les abus de pouvoir et autres scandales des èlus accompagnés des nomination à vie de certains èlus sont devenus insuportables et Grillo propose des solutions. Je ne sais pas si on peut comprendre le malaise italien si on ne vit pas en Italie. Vivant près de Milan depuis 2005 dans le bassin de la Lega Nord, je ne crois pas que la Lega Nord arrivera à convaincle les italiens du Sud, car ce parti est pour la division du pays et surtout son jeune Salvani est encore moins convaincant que Marine Le Pen, sauf peut ètre pour les clients des bars! l’Italie n’a pas de crèdibilité pour les investisseurs car le pays croule sur des dizaines de milliers de Lois complètement dèbiles, qui empècheront mèmes les rèformes . Quand à Renzi qui parle de 2018 pour les èlections natrionales. Il sera renversé en 2015, et le dèpart de Napolitano va accelerer son dèpart. Alors si Grillo fait figure de comique politique, il n’a aucune pitié avec les dèputés qui ne respectent leur èlecteurs. Imaginer en France une telle dèmarche, notre assemblée nationale serait vide! Il est temps de mettre de la moralité en politique, sinon en finir avec la politique implique systematiquement la corruption comme en France!

  • le problème des partis  » populiste « , c’est précisément que le  » peuple « , ça ne veut pas dire grand chose …

    les interets des gens du peuple sont souvent contradictoire : va-t-on augmenter les retraites ( et donc les cotisations, donc le cout du travail … ) ou va-t-on au contraire baisser les charges qui pèse sur l’emploi ( en baissant les retraites, ou en les bloquant … ) et favoriser les petits patrons, qui bien souvent proviennent du même peuple que les premiers , ou leurs salarié qui pourront augmenter leur pouvoir d’achat ?

    plus facile de poser la question que de trancher !

    alors on accuse la finance internationale, les juifs , l’europe …

    les partis populistes seront au pouvoir le jours ou on ouvrira des magasins  » tout gratuit « … pas demain la veille.

    • On n’ a pas besoin d’augmenter le cout du travail pour augmenter les retraites. Il suffit de reverser ce que les gens ont cotisé. Mais voilà le commumniste consiste à travailler pour les autres…Pour le meme salaire aux USA les retraités sont couvert pour la santé automatiquement, et ils recoivent 30% de plus qu’en France! Chercher l’erreur? Les fonds de pensionamèricain achètent notre dette à 1/3 du prix et se font un max par la suite.

    • Je ne suis pas d’accord avec le constat baisse de charges = baisse des retraites ». Déjà rien qu’en rationalisant un minimum les administrations afférentes, on peut largement baisser les charges, sans toucher au montant des retraites ni à la durée de cotisation… Mon père, qui a pris sa retraite cette année, s’est vu confronté à 7 caisses différentes (+ 1 privée)… Donc forcément, quand il faut à chaque fois embaucher un ou deux fonctionnaires pour traiter un micro bout de dossier par ci et un autre par là, bah il faut dix personnes au lieu d’une…
      Et au passage, baisse de charges = plus d’activité. Et donc plus de cotisations qui rentrent dans les caisses. Parce que les chomeurs, ça coute cher aujourd’hui, mais ça coute aussi demain pour les retraites. Et ça il faut aussi le prendre en compte dans les baisses de charges.

      • c’était pour schématiser… je suis le premier à penser qu’il y a des économie de gestion à faire dans les retraites par repartition, et également à penser que la capitalisation devrait prévaloire sur la répartition …

        mon post servait à illustrer le fait que  » le peuple « , ça ne veut rien dire :

        au USA, vers 1850, il y avait  » le peuple  » du nord qui réclamait les droits de douane, pour développer l’industrie à l’abri de la concurrence britanique , et  » le peuple  » du sud, qui réclamait au contraire le libréchange pour pouvoir exporter son coton… résultat : une guerre civile !

  • très intéressant.

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