Les étudiants chinois vont-ils sauver l’économie française ?

étudiant chinois (Crédits : Aaron Guy Leroux, licence CC-BY-NC-SA, via Flickr)

Pour les autorités françaises, l’arrivée des étudiants chinois dans les universités doit permettre de faciliter les relations futures des entreprises nationales avec les prochains décisionnaires chinois.

L’ambassade de France de Pékin a récemment fait état d’une possible croissance du nombre d’étudiants chinois en France. Attirer ces étudiants est un enjeu majeur pour le gouvernement et les écoles françaises. L’objectif exprimé fin 2013 se basait sur un seuil de 50 000 étudiants présents en France en 2015. En cette rentrée 2014, l’objectif a été fixé à 80 000 étudiants en 2020. Pour autant de futurs décisionnaires favorables aux relations franco-chinoises ?

Par Thibaut André.

étudiant chinois credits Aaron Guy Leroux (licence creative commons)
étudiant chinois (Crédits : Aaron Guy Leroux, licence CC-BY-NC-SA, via Flickr)

 

L’ambition est de faire de la communauté chinoise la première communauté étudiante de France devant les Marocains, actuellement premiers. Cela représente le septième « marché » au monde accueillant le plus d’étudiants venus de Chine, derrière des pays anglo-saxons tels que l’Australie ou les États-Unis. Les domaines d’études les plus prisées par les étudiants chinois en France restent l’économie, la gestion, la gouvernance, l’ingénierie et l’art.

Pour les autorités françaises, l’arrivée de ces étudiants chinois dans les universités doit permettre de faciliter les relations futures des entreprises françaises avec les prochains décisionnaires chinois. Autrement dit, en accueillant un maximum d’étudiants chinois, on espère former, éduquer de futurs cadres chinois qui, une fois de retour dans leur marché domestique, se tourneront naturellement vers la France pour nouer des partenariats internationaux et qui connaîtront et apprécieront la façon de faire française.

Pour les grandes écoles, cela représente également un gain financier considérable. Une école de commerce comme l’ESSEC, présente dans le trio de tête des écoles de commerce française, compte aujourd’hui 20 % d’étudiants chinois.

Alors que plus de 414 000 étudiants chinois sont partis étudier à l’étranger en 2013, on en dénombre plus de 30 000 en France, aujourd’hui. Cela représente une hausse de plus de 100 % en moins de 10 ans (ils étaient 15 000 en 2005). 60 % de ces étudiants sont à l’université, 20 % en écoles d’ingénieurs et 15 % en écoles de commerce ou management. Cette croissance régulière devrait faire de la population étudiante chinoise la première communauté étrangère en France, devant le leader historique, le Maroc, en léger recul depuis quelques années (avec un intérêt en hausse de ces étudiants pour l’Afrique du Sud). Les autres communautés de pays « majeurs » sont loin derrière ; les étudiants américains sont par exemple sept fois moins nombreux que les chinois.
Cette croissance est bien sûr due à la montée en puissance du peuple chinois, qui possède une base de plus d’un milliard de personnes qui voient leurs possibilités financières croître de façon spectaculaire. Mais cela est également dû aux mesures successives prises par les différents gouvernements français. On citera les accords les plus récents, approuvés par la ministre de l’Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, qui a signé en 2013 une dizaine d’accords visant à développer les relations entre les universités françaises et chinoises.

De plus, pour ces étudiants, la France possède une certaine attractivité. Selon l’ambassade de France, la valeur des diplômes français (88 %) la qualité de l’enseignement (86 %) et des méthodes d’enseignement (80 %) et le coût des études (77 %) sont les principaux critères de choix des étudiants chinois. D’autres raisons comme le potentiel touristique, le mode de vie français (tout du moins celui fantasmé en Chine) et le potentiel culturel peuvent également être citées.

Le retour d’expérience – essentiel dans cet objectif de formation d’une élite favorable à la culture et à l’environnement des affaires français – est également relativement bon puisque 94 % des étudiants estiment que leurs études françaises les ont enrichis personnellement et qu’elles ont valorisé leur cursus universitaire (86 %) et leur insertion professionnelle (70 %).

Au-delà de l’intérêt que représentent ces arrivées, il existe des aspects négatifs à cette croissance. On pense notamment aux très médiatiques irrégularités et tricheries constatées aux tests préalables de langue à l’admission dans des universités françaises. Cela va forcer la création de mesures telle que le changement régulier des tests afin de pallier ces effets dits pervers.

De même, les ambitions françaises pourraient être freinées par les difficultés rencontrées en France par ces étudiants. « Les problèmes de racisme font très peur aux étudiants chinois qui ont le choix de venir travailler en France », nous raconte Michael Laridan de Chinese Institute. « Cela montre que les feedbacks d’étudiants revenant de France ne sont pas très bons sur ce point. On observe plus généralement des problèmes d’intégration de ces étudiants qui vont alors rester entre eux. Enfin, les difficultés administratives sont également repoussantes pour beaucoup d’étudiants présents en France. »

Si l’un des objectifs avoué par cette politique d’accueil est de former de « futurs ambassadeurs », cela a parfois l’effet inverse. La fin d’année scolaire 2014 a été marquée par une nouvelle agression.

Six étudiants chinois en œnologie se sont fait agresser par des jeunes Français près de Bordeaux dans un foyer public. Quelques jours avant le salon Vinexpo de Bordeaux, lieu de négociation et de ventes cruciales avec les délégations chinois, ce fait divers n’a permis que le refroidissement des relations entre producteurs français et acheteurs chinois.