Loi Macron : une petite réforme dans un océan de conservatismes

Avec la loi Macron, à la fougue brutale d’Arnaud Montebourg a succédé une réforme craintive et pointilliste…

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Emmanuel Macron credits Official leweb photos (licence creative commons) (CC BY 2.0)

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Loi Macron : une petite réforme dans un océan de conservatismes

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 décembre 2014
- A +

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

En 1776, alors que les États-Unis se libéraient dans la révolte des chaînes fiscales imposées par la mère-patrie britannique, Adam Smith publiait la première grande ode moderne à la concurrence. Dans La Richesse des nations, le philosophe écossais notait qu’« élargir le marché est généralement dans l’intérêt du public, alors que le restreindre va toujours à son encontre ». Le projet de loi présenté par Emmanuel Macron pourrait en être l’écho, lointain certes, mais son intention réformatrice sur le front concurrentiel, même timide, mérite qu’on s’y arrête un instant.

Loi Macron René Le HonzecAlors qu’en juillet Arnaud Montebourg, s’appuyant sur un rapport commandé par Pierre Moscovici, promettait une « bataille de l’audace » qui transformerait l’économie et restituerait 6 milliards d’euros aux Français, le texte présenté par le troisième ministre de l’Économie du mandat de François Hollande est beaucoup plus réservé. À la fougue brutale a succédé une réforme craintive et pointilliste : ici, on travaillera deux ou sept dimanches de plus, là on ouvrira subrepticement une part du capital des honorables cabinets d’avocats, là encore on facilitera les trajets en autocar à travers la France. La bourrasque estivale s’est muée en un souffle fragile, sur le point d’expirer, étouffé par les conservatismes les plus traditionnels de la société française.

Mais qui sème le vent récolte la tempête ! À un audacieux saut de puce gouvernemental répond une mobilisation véhémente et massive des professions réglementées. Comme un seul homme, elles font corps pour garder serrés les petits boulons qu’Emmanuel Macron veut déverrouiller. Drapés dans l’honneur déontologique qui justifie par principe toutes les exceptions particulières, les représentants des divers corps de métier se succèdent pour expliquer les méfaits de la concurrence. Si l’économie de marché est nécessaire, elle ne saurait s’appliquer à leur cas et, par une circonstance inédite, se révèle destructrice de valeur dans leur secteur.

Leur erreur est de raisonner de façon statique, alors que la concurrence est un processus continu profondément dynamique. Elle introduit un mouvement de croissance dans l’économie, en ouvrant de nouvelles opportunités : c’est parce qu’ils seront stimulés dans leurs habitudes professionnelles que les métiers réglementés devront se réinventer. Restreindre la concurrence conduit, de fait, à entretenir des positions de « rente », c’est-à-dire à procurer aux producteurs des revenus injustifiés par la seule activité du marché. En contraignant le travail le dimanche, le législateur empêche certains grands magasins de proposer une offre alternative et garantit aux autres des recettes sans rivalité.

La concurrence est également une déstabilisation, une « destruction créatrice », comme le décrivait Schumpeter : la libéralisation fera des victimes à court terme. L’erreur du gouvernement de Manuel Valls est de ne pas les prendre en compte. Sa faute est d’avoir une politique économique qui les pénalisera, après les avoir assommées d’impôts. Elles sortent de leur équilibre imparfait pour tomber dans l’incertitude obscurcie. Pour les rassurer, il faudrait avoir une vision économique solide, qui projette la France dans les années à venir. Mais comment le faire de manière cohérente, quand on œuvre pour un président qui a été élu en défendant la punition fiscale et en stigmatisant la réussite financière ?

Dans son livre phare, Adam Smith s’était voulu circonspect : « Toutes les propositions de loi ou de réglementation du commerce proposées par la caste des marchands devrait être accueillie avec la plus grande précaution et ne devrait jamais être adoptée qu’après un long et méticuleux examen auquel il faut apporter l’attention la plus scrupuleuse mais également la plus suspicieuse. »


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  • Macron ne réforme pas, il ne patche même pas, il fait de la figuration. Attention à votre titre, un peu facile, qui véhicule une mauvaise image de ce qu’est être conservateur.
    Etre conservateur c’est s’attacher à conserver ce qui fonctionne, en ayant de cesse de l’améliorer et en étant ouvert à toute innovation ou modernisation.
    L’inverse de ce qui est fait actuellement, ou le monde évolue vers des systèmes que certains nous garantissent comme étant les lendemains qui vont chanter, eux savent, ce sont des dieux : de la finance, de l’écologie, de la politique, de la science, etc… le peuple est trop stupide pour les comprendre, faisons leur confiance, ce sont nos nouveaux dieux.

    • @MDR Le conservatisme est multiforme et n’est nullement lié une quelconque notion de bon ou mauvais fonctionnement. Le conservatisme en france, repose sur la conservation de privilèges et de rentes, que ce soit à l’époque pré révolutionnaire avec la « réaction nobiliaire » ou maintenant. Le même schéma se reproduit aujourd’hui avec les fonctionnaires, la classe politique, les secteurs protégés, les récipiendaires des aides sociales, les subventionnés et même certains CDI du privé.
      Les réformes macron, beaucoup de bruits pour rien… mais avait il le choix coincé entre un hollande miterrandien et un valls néo socialiste, qui je le rappelle n’a jamais travaillé hormis dans la politique, et qui a laissé sa mairie d’evry, exsangue et surendetté.
      Pour revenir au conservatisme et prétendre qu’il est ouvert à la modernisation c’est une plaisanterie, prenons simplement l’exemple des taxis face à l’arrivé des VTC et des applis sur smartphone.
      Non franchement, certains commentaires relèvent du fantasme …

    • 1) « Etre conservateur c’est s’attacher à conserver ce qui fonctionne »
      – conserver ce qui marche ca n’existe pas, rien ne marche tout est en évolution, ce qui est valable un jour ne l’est plus le lendemain… les seules choses qui n’ont pas évolués sont les éléments de la nature (vent, eau, terre, pierre, feu) tout le reste évolue sans arret et donc par conséquent « conserver » c’est empecher l’amélioration. Le probleme de votre phrase est précisément la notion de « ce qui fonctionne »… qu’est-ce qui fonctionne ? Chacun a sa vision sur le sujet, si on prend le mariage homo, les conservateurs sont contre car le mariage « fonctionne », pour d’autres il ne fonctionne pas vu qu’il ne met pas a égalité l’etre humain majeur et consentant face à cette possibilité. Sur la route les gouvernements conservateurs (PS & UMP) disent que la lutte contre la vitesse « fonctionne » vu qu’il y a baisse du nombre de morts, pour d’autres ca ne fonctionne pas puisque le nombre de morts n’est pas a zero, et les moyens mis en oeuvre contre la vitesse permettrait de sauver bien plus de personnes si ils etaient mis sur l’alcoolémie au volant ou les stups. en économie certains disent que la politique anglaise fonctionne vu que le taux de chomage est a 5% d’autres pensent que non puisque il y aurait plus de précarité,.. etc…

      2) « en ayant de cesse de l’améliorer et en étant ouvert à toute innovation ou modernisation. »
      – Contre sens, vous ne pouvez pas améliorer ce que vous conservez, par contre vous pouvez améliorer des choses qui l’entoure, mais pas la chose elle-meme. Améliorer c’est changer la chose, donc ne pas la conserver.

      Après si je peux me permettre un pays (dans notre cas la France), et c’est le cas a chaque crise économique, se replie, souhaite revenir en arrière sur ce qui « fonctionnait » comme vous dites. Par exemple Marine Le Pen, dit que le probleme est l’immigration et l’Euro, car aujourd’hui la France ne va pas, et qu’avant elle allait mieux. C’est comme si je disais on arrete la voiture car elle fait plus de mort que la charue, retour a la charue, car ca fonctionnait et ca tuait moins. C’est omettre les bienfaits des choses.
      Sur le fond, je pense que fermer les frontières, comme les laisser ouverte, ne changeront rien, donc ceux qui essaye de faire peur en disant qu’on va s’enfermer et donc disparaitre se trompent, mais MLP se trompe aussi en disant que ca va améliorer quelque quoi que ce soit. Ce que vous gagnez d’un coté, vous le perdrez de l’autre.
      Et au final qu’est-ce qui fonctionne ? la vie ou on passait notre temps dans le potager, au champ, avec les betes pour nous nourrir, additionné avec l’échange, ou bien partir travailler 35h+heures de transport, pour se payer de la nourriture et aller se coucher dans la foulée ?? Chacun a sa vision, les conservateurs ont raison et les innovateurs aussi…. avec l’intelligence artificielle on va y gagner et y perdre,… il faut tout simplement des 2 et que ce soit équilibré, meme si en période morose, c’est souvent les conservateurs qui sont plus nombreux alors que ca devrait etre le contraire, mais bon…

  • Le problème fondamental dans cette réforme, c’est que la « concurrence » proposée n’en est qu’un simulacre ; prenons l’exemple des pharmaciens : dans la situation fiscale et sociale actuelle, les PME (je pense notamment aux officines) sont d’office désavantagées par rapport aux grandes surfaces à cause des pressions etatistes (notamment financières) qu’elles subissent. Oui à la concurrence donc, mais pas dans un système qui, à cause de son interventionnisme, condamne une partie des acteurs du marché.

  • vous oubliez un truc , Macron est socialiste , il ne peut rien faire d’autre que de partager le travail , ses ‘réformettes’ ne sont pas créatrice de richesse mais destructrice . même l’emblématique ‘travail du dimanche’ ne peut pas créer de valeur ajoutée au PIB marchand ou des broutilles car il est réglementé comme un emploi industriel ..ce qu’il n’est pas .

    • Nous ferions la même chose à leur place. Cette situation ne devrait pas être possible.

      Un élu doit être au service du peuple. Il doit faire cela comme un travail.
      Un travail doit avoir des résultats, être compétitif,quantifiable et qualitatif.

      Une saine concurrence doit exister.
      Qu’avons nous aujourd’hui ?

      Une classe politique fonctionnaire, isolée, déconnectée, inutile au privé et au peuple.
      Il faut changer le système. Supprimer le régime de fonctionnaire. Tous et toutes égaux ! Vous souvenez vous, peuple de France ?

  • Bah, on a compris le problème maintenant…..
    Des fonctionnaires qui votent pour des fonctionnaires.
    C’est juste une prise d’otage du secteur privé au profit du fonctionnariat.

    J’ai envie de dire, mais pu…., que les gens sont co… De continuer ainsi à payer des escrocs qui se foutent ouvertement de notre poire ! Et là, je reste poli, c’est Noël….

  • Pour ceux qui pensent encore que la loi Macron va « luberaliser » la profession d’avocats, une mise au point : il s’agit d’une énième affaire de connivence, une victoire lobbyiste du barreau de Paris sur le reste de la profession. Plus encore de centralisation parisienne, ce mal français qui favorise le technocratisme. http://www.thelys-avocats.fr/loi-macron-discrete-opa-lordre-avocats-paris-profession-davocat/

  • mon premier commentaire a été censuré^^
    je me permet donc de développer,un peu,car je trouve affligeant les différents commentaires sur cette loi,voulant la traiter de libérale ou non,de droite ou de gauche,et mettant dans le meme sac les « professions réglementées »(ex professions libérales).
    Y aurait il un auteur(journaliste,économiste ou autre)qui prennent le temps d’argumenter les différences entre;
    -modification des professions du droit en vue d’une(éventuelle) harmonisation européenne(distinguant les NON réformes du juge et du procureur/la réforme avortée des notaires/celle des avocats…la seule en jeu,semble-t-il)
    -la prothèse dentaire,renvoyée au printemps dans une loi santé(cavalier social en vue)
    -les pharmacies(organisation de la santé en france en rv rapide,délégation au pharmacien du décryptage de l’ordonnance…)
    -concernant les professions de santé,rappeler le contexte:sécu obligatoire/tarif d’opposition/numérus clausus…(qui connait pessoa??)
    -quelques dimanches de ci de là,un coup de car et ,hop, estampillons « LIBERAL »,redonnons du pouvoir d’achat,etc….la musique est connue!
    Enfin pas un ne demande d’attendre les décrets d’applications et les jurisprudences à suivre(ni si les moyens de la cgt serait supérieurs à ceux des syndicats de médecins,dentistes ,pharlmaciens,avocats,etc…)
    Autre analyse,baissez les chiffres d’affaires de ces professions courant 2015…diminution des recettes URSSaf et impots en 2016(calcul ou absence d’anticipation?)
    Peut-etre pourrait-on y voir plus clair,non??

  • Un récent sondage BVA montre que les 3/4 des sympathisants PS sont optimistes et pensent que la situation économique du pays sera meilleure en 2017 qu’aujourd’hui

    C’est à cause de cette bande de pourris qu’on ne peut pas réformer le pays en profondeur.
    Ce sont ces apparatchiks qu’il faut dégommer.

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/12/19/97002-20141219FILWWW00313-les-francais-tres-pessimistes-sur-la-situation-economique-du-pays.php

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casier Législatives coute
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Ce n’est pas Macron, aujourd’hui, c’est la démocratie qui est en marche. Depuis l’heureuse surprise du deuxième tour de l’élection législative, nous retrouvons enfin un équilibre des pouvoirs tel que l’avait défendu Montesquieu dans L’Esprit des lois.

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Pendant cinq ans le Président Emmanuel Macron a décidé seul de tout, avec une majorité de députés dociles. Il a été le Président Absolu de la République pour reprendre l'expression et le titre du dernier livre de Philippe Fabry.

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