Grève du 15 décembre : la Belgique brûle-t-elle ?

Belgique manifestation du 6 novembre 2014 - Credit secoursrouge(dot)org

Une grève générale contre le plan d’économies du gouvernement va paralyser la Belgique ce lundi.

Par Thierry Godefridi, depuis la Belgique.

Belgique manifestation du 6 novembre 2014 - Credit secoursrouge(dot)org

Le 21 novembre dernier, le Président du PS wallon était, pendant les dix minutes qui précédèrent le journal parlé de 8 heures, l’invité de la rédaction de Bel-RTL. « Avec la mobilisation syndicale, dit-il en substance, nous voulons forcer le gouvernement à renoncer à ses mesures (saut d’un palier d’indexation automatique des salaires, augmentation du coût des soins de santé, hausse des taxes sur le diesel). » Martin Buxant, l’un des meilleurs journalistes belges du moment, lui demanda à trois reprises s’il entendait ainsi faire tomber le gouvernement dont le PS avait été évincé. L’ancien Premier ministre belge évita de répondre à la question.

Après une manifestation qui avait rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes et avait dégénéré dans les rues de Bruxelles le 6 novembre, les syndicats organisèrent une série de grèves tournantes dans les différentes provinces qui eurent des répercussions sur l’ensemble du pays. C’en était d’ailleurs le but, déclaré au journal Le Soir par le patron de la FGTB (syndicat appartenant à la mouvance socialiste) : « En agissant au niveau provincial, ça permet au travers des transports publics de bloquer l’ensemble du pays ! » Et, prévint-il dans la même interview, si le gouvernement n’accepte pas nos conditions préalables à toute négociation, ce sera la grève générale au finish !

La belgique brûle-t-elle René Le HonzecAprès avoir entendu ces propos du Président du PS et lu ceux du patron de la FGTB, Bart De Wever, le leader du parti nationaliste flamand (NVA), a qualifié, sur les ondes de la même radio, le syndicat socialiste de bras armé du PS et la grève de politique. Cela n’étonnera pas l’écrasante majorité (87,8% sur 27 607) des personnes ayant répondu « non » le 23 novembre dans un sondage de La Libre Belgique à la question de savoir si elles soutenaient les grèves. De même, les 80% de votants estimant, dans un autre sondage du même journal démocrate chrétien à la veille de la grève générale du 15 décembre, que les syndicats dépassent le principe du « droit de grève », souscriront-ils aussi à cette déclaration du leader nationaliste flamand Bart De Wever (dans De Standaard, journal démocrate chrétien flamand) : « Ze staken onze economie kapot » (Par la grève, ils détruisent notre économie).

En précipitant la formation des gouvernements régionaux wallon et bruxellois de peur de s’en voir écarter, en en excluant le Mouvement réformateur (libéral) au lendemain des élections fédérales et régionales du 25 mai dernier et en déclenchant l’hystérie aux relents d’anti-flamingantisme primaire au parlement fédéral et de lutte des classes dans la rue, le PS wallon s’est inscrit dans la logique confédérale de la NVA (Nieuw-Vlaamse Alliantie) dont il se fait l’allié objectif en plus d’en être le pendant naturel, ces deux partis étant les plus forts dans leurs régions respectives (PS en Wallonie, NVA en Flandre).

En effet, si, à la suite de la grève générale du 15 décembre, les syndicats encarcanaient, comme ils en menacent, l’économie et la démocratie belges dans un blocage intégral au prix d’un coût social incommensurable, la NVA aurait beau jeu d’avancer son constat de la situation belge : « La Belgique est la somme de deux démocraties. La Flandre et la Wallonie diffèrent fondamentalement d’opinion sur tous les thèmes essentiels comme la sécurité sociale, l’immigration, les impôts, le coût salarial. La Belgique est le pays du surplace et du blocage. Et, dans un monde en mutation rapide, rester sur place c’est reculer. »

Et si, bien qu’il dispose d’une majorité au parlement, le gouvernement fédéral de centre-droit venait à capoter comme cela semble être l’unique objectif de l’agitation dans la rue, la NVA s’en trouverait confortée (et soutenue par l’ensemble des partis flamands, à n’en pas douter !) dans son projet nationaliste tel qu’il figure en quatre langues dont le français sur son site Internet : « Nous désirons que la Belgique évolue afin de se doter de structures plus démocratiques et plus efficaces. Notre but final est une Flandre indépendante en tant qu’État membre européen. » Bart De Wever pourrait même alléguer de bonne foi qu’au mépris de la démocratie élective et représentative et de l’intérêt général, c’est le PS wallon qui, arc-bouté sur l’idéologie et les intérêts particuliers, a allumé la mèche de l’éclatement de la Belgique.