Législative partielle de l’Aube : les enseignements du premier tour

Isoloir credits Clémentine Gallot (licence creative commons)

Quels sont les enseignements à tirer de ce scrutin ?

Dimanche 7 décembre, les électeurs de la troisième circonscription de l’Aube se sont rendus aux urnes pour élire le successeur de François Baroin – devenu sénateur – à l’Assemblée nationale. Quels enseignements peut-on tirer de ce scrutin, marqué par la qualification d’un candidat du Front national pour le second tour et l’élimination de la gauche ?

Par Tristan Guerra.

Isoloir credits Clémentine Gallot (licence creative commons)

Comme la loi le prévoit, l’élection de François Baroin au Sénat le 28 septembre a provoqué une élection législative partielle. Le suppléant de François Baroin depuis sa première élection à l’Assemblée nationale en 1993, Gérard Menuel, a été investi par l’UMP pour s’engager dans la bataille électorale. Le candidat, par ailleurs maire-adjoint de Troyes (la ville la plus peuplée de la circonscription), a déjà eu l’occasion d’occuper la fonction de député à plusieurs reprises du fait des nombreuses nominations gouvernementales de François Baroin. On imagine donc que la notoriété de Gérard Menuel est établie sur le territoire de la circonscription, à la fois par son expérience de député pendant près de 6 ans (2 ans entre 1995 et 1997 puis 2 ans entre 2005 et 2007 puis une nouvelle fois 2 ans entre 2010 et 2012) et par son ancrage d’élu local et d’ancien agriculteur syndicaliste (C.D.J.A) puis de président de la Chambre d’Agriculture.

Cette circonscription parait largement acquise à la droite comme le montre les résultats des scrutins législatifs depuis 1993 (la droite l’emportant systématiquement au premier ou au second tour). Toutefois, la gauche peut y faire des scores importants (par exemple, une candidate socialiste met en ballotage François Baroin au second tour des législatives de 2012 en obtenant 43% des voix). Pour cette élection, l’UMP et UDI ont formé une alliance, permettant de capturer les électeurs centristes, tandis que la gauche est partie divisée entre socialiste, écologiste et communiste.

Même si la très faible participation (seulement 24,64 %) introduit un biais important sur la réalité des rapports de force partisans, quels sont les enseignements à tirer de ce scrutin ? Quelle sera l’issue du second tour et comment peut-on envisager les prochains scrutins ?

Le tandem UMP-UDI : un succès mitigé

F Baroin credits Fondapol (licence creative commons)
François Baroin

Cette élection législative partielle est le premier test électoral depuis le retour de Nicolas Sarkozy dans l’arène politique et se déroule une semaine après son élection à la présidence de l’UMP, qui fait de lui le chef de l’opposition. Nicolas Sarkozy s’est d’ailleurs impliqué lui-même au niveau local, puisqu’il a tenu un meeting le 2 octobre à Troyes, aux côtés de François Baroin à l’occasion de la campagne interne de l’UMP. On pouvait donc compter sur une forte mobilisation de l’électorat de droite. Cette mobilisation n’a pas eu lieu puisque le candidat UMP a perdu environs 60% des voix du premier tour de 2012. Quant à l’ « effet Sarkozy », il ne semble pas assez puissant pour endiguer l’abstention des électeurs de droite.

Cependant, avec la solidité de la candidature de Gérard Menuel, l’UMP est arrivée à dépasser largement le score décevant réalisé lors des élections européennes de mai 2014 dans la circonscription (23,4% pour la liste de Nadine Morano) en réunissant 40,71% des suffrages dès le premier tour. C’est plus que les scores de l’UMP et de la liste centriste aux européennes (23 + 8 = 31% en mai 2014) mais moins bien que François Baroin en 2012 (41,42%).

Le tandem UMP-UDI est donc ici un relatif succès, même s’il ne s’avère pas assez puissant pour provoquer l’élection de Gérard Menuel dès le premier tour, comme c’était le cas avec François Baroin en 2007. Il semble donc que la droite ait tout intérêt à conserver ce principe du tandem UMP-UDI pour les départementales de mars 2015 qui sont, par le mode de scrutin paritaire, un bon moyen de présenter des candidatures communes et de réaliser le score le plus haut possible dès le premier tour.

L’effondrement du Parti socialiste ne profite pas à d’autres forces de gauche

Après l’Oise, le Lot-et-Garonne et le Nord, la législative de l’Aube est la 4e partielle où le PS est éliminé dès le premier tour par le Front national.

Avec 14,69% des voix, le candidat socialiste obtient un score beaucoup moins important que celui réalisé dans la même circonscription en 2012 (respectivement 26% à la présidentielle et 28,78% aux législatives). Ceci, d’autant plus qu’Olivier Girardin, le candidat PS, est maire de La Chapelle-Saint-Luc et bénéficie d’un « effet fief » important (il totalise 34% dans le canton de sa ville). Si ce dernier n’avait pas bénéficié de cette implantation locale, le résultat aurait pu être encore plus mauvais pour le PS (comme l’a montré le cas de l’Oise).

Mais les autres partis de gauche (écologistes et Front de gauche) profitent-ils du rejet de la candidature socialiste ? Absolument pas. La débâcle électorale du PS ne bénéficie à aucune composante de la gauche puisque autant les communistes que les écologistes ne parviennent pas à dépasser leurs résultats précédents.

Europe-Écologie Les Verts qui, cinq ans après sa longue et pénible structuration, semble être au bord de la scission, rassemble moins de 5% des suffrages (4,7%).

De même, et malgré son attitude constamment hostile à la majorité depuis le début du quinquennat, le Front de gauche (représenté par Pierre Mathieu (PCF), ex-candidat aux sénatoriales) ne parvient à ravir que 7% des voix (contre 9% pour J.-L. Mélenchon en 2012 sur ce territoire, et 7% aux législatives). Ce résultat montre l’échec du Front de gauche à capter les voix des électeurs socialistes déçus par la ligne politique du gouvernement, comme c’était déjà le cas des élections partielles précédentes.

Le Front national profite de l’abstention des électeurs des partis de gouvernement

Avec 27,64% des voix, le Front national affiche une bonne performance (+10 points par rapport aux législatives de 2012 où il obtenait 17%) et parvient à se qualifier pour le second tour. Si on observe le résultat par canton, il réalise une percée importante dans les parties de la circonscription les plus rurales comme le canton de Villenauxe-la-Grande où il obtient près de 40% des voix (36,4%), canton où le PS est en chute libre à 7% seulement.

Bruno Subtil, candidat du FN dans cette circonscription, est également président départemental du Front national. Il a choisi comme suppléante une candidate aux sénatoriales qui avait obtenu 8,5% des voix à cette occasion (multipliant par plus de 4 le score du FN aux sénatoriales de 2008), soit le meilleur score dans un département à scrutin uninominal. Ce qui signifie que déjà en septembre 2014, certains grands électeurs ont déplacé leur sympathie vers ce parti de manière significative.
Il est toutefois difficile de tirer des conclusions de cette partielle : malgré un plus gros capital politique, le candidat du Front national perd lui aussi un tiers de ses voix par rapport aux législatives de 2012 et aux cantonales de 2011 (en valeurs absolues, tableau 2), ce qui cependant lui laisse une réserve de voix substantielle pour le deuxième tour et donc une marge de progression potentielle.

Quel pronostic pour le second tour ? Et pour les prochains scrutins ?

À quoi s’attendre dimanche prochain ? Malgré sa performance, une victoire au second tour du candidat frontiste est improbable. Même si le candidat UMP ne bénéficie pas de reports de voix directs à droite, il trouvera probablement à gauche le nombre de voix suffisant pour que le « Front républicain » l’emporte, d’autant plus que le candidat socialiste local a appelé à faire barrage au candidat frontiste. Il faudra cependant observer avec soin les reports de voix, qui peuvent présenter des surprises, comme ce fut le cas dans l’Oise ou à Villeneuve-sur-Lot.

Quant aux prochaines élections législatives partielles – provoquée par la nomination de Pierre Moscovici à la Commission européenne et celle de l’Aveyron une fois que les contentieux électoraux relatifs à la sénatoriale de septembre seront tranchés –, elles n’augurent rien de bon pour la majorité qui perdra probablement le siège du Doubs, ce qui fragilisera encore davantage une majorité de plus en plus réduite.

troplibre1Source : Préfecture de l’Aube – Ministère de l’intérieur

troplibre2Source : Ministère de l’intérieur – L’Est éclair

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