Climat : déluge, peur et manipulation

La météo peut-elle servir de soutien idéologique aux tenants du réchauffement climatique ?

Par Matthieu Mistret.

Tristesse pluie (Crédits : Nicolas Decoopman, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.
Tristesse pluie (Crédits : Nicolas Decoopman, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

Les événements météorologiques des dernières semaines peuvent faire penser que le nombre de catastrophes augmente. De graves inondations ont en effet frappé les régions méditerranéennes. Les médias relaient à grand renfort d’experts les analyses selon lesquelles le changement climatique serait à l’origine de ces catastrophes. En l’occurrence, ces temps-ci, la mode est à pointer du doigt la température de la mer Méditerranée. Les exemples ne manquent pas.

Observations : la pluie et les inondations

Le répertoire des épisodes pluvieux de Météo France permet de retracer, par zone, le nombre de cumuls dépassant une valeur donnée. Pour exemple de la terrible évolution du nombre d’épisodes sévères sur le pourtour méditerranéen, prenons la région Languedoc-Roussillon. Elle concentre le plus grand nombre d’épisodes pluvieux intenses. La figure ci-dessous représente le nombre d’épisodes de plus de 150mm en une journée climatologique (6hUTC-6hUTC) sur l’ensemble des départements du Languedoc-Roussillon entre 1958 et 2013. Cela représente un total de 309 épisodes avec une moyenne de 5,5 par an environ.

mistret1                                                                                         Source : Météo France  Pluies extrêmes

Nous avons aussi tracé la courbe de tendance linéaire. Son équation nous permet de constater une augmentation marquée du nombre d’épisodes de 0,0026 épisode par an. Avec une moyenne proche de 5,5, cela porterait le nombre d’épisodes par an en 2100 à près de… 5,73 ! Nous allons donc tous mourir. Mais probablement pas noyés. C’est ce qu’on aurait pu dire si, comme nos amis catastrophistes, on avait voulu utiliser des arguments trop basiques pour expliquer des phénomènes complexes. Ici, nous nous contenterons d’affirmer qu’aucune tendance particulière n’est observable sur :

  • une population faible,
  • une durée limitée,
  • un comptage non exhaustif (pas de comptage ou double comptage si le cumul est à cheval sur deux journées climatologiques),
  • un réseau de mesures non homogène dans le temps : selon Météo France, le nombre de pluviomètres en France évolue d’environ 2800 en 1958 à 3600 en 1971, 3800 en 1981, un peu plus de 4000 en 1991, 4200 en 2001 et 3600 en 2013. Les événements étant localisés à des zones réduites, la probabilité de détection est directement fonction de la densité du réseau.

Même si l’idée n’est pas très répandue ces temps-ci, les données climatiques, c’est du sérieux et il faut en connaître les biais et les limitations avant d’en tirer des conclusions qui impacteront des décisions qui se répercuteront pendant des décennies sur la vie des gens. Une étude de Neppel et al. (2003)1 mettait déjà en avant les biais de perception induits par la courte durée d’étude dont on dispose de même que le problème de l’augmentation de vulnérabilité des bassins qui tend à accroître le risque à aléa constant.

Inondations et température de la mer

« On lie généralement ces précipitations importantes en automne sur tout l’arc méditerranéen à des températures de la Méditerranée assez chaudes », nous explique Jean Jouzel. Oui et non.
La situation de l’automne dernier est une situation de flux de secteur sud persistant, un blocage. Dans ces conditions, la Méditerranée, en particulier dans sa partie septentrionale, tend à se refroidir plus lentement que la normale.

Les flux de sud provoquent généralement des pluies dans les régions méditerranéennes. Si le flux de sud persiste (comme lors de ce blocage automnal), la température de l’eau comme de l’air baisse peu par rapport à l’été. Il continue de pleuvoir régulièrement. Facile de conclure que, cet automne, la mer, plus chaude que la normale, tout comme l’air, est responsable des épisodes à répétition. Le vieux problème de la poule et de l’œuf…

Pourtant, la mer est chaude tout l’été mais sans perturbation atmosphérique particulière, rien ne se passe. L’air chaud est nécessaire à l’instabilité mais sans air froid même un peu distal pour le faire s’élever, point de convection organisée susceptible de générer des pluies fortes. Si vous faites monter la température de l’eau de mer à 50°C, vous obtiendrez du brouillard et de l’eau plus salée.

C’est entre autres pour cela que lorsque l’on mesure ou simule l’instabilité, on utilise deux valeurs : l’instabilité d’une parcelle d’air au sol (SBCAPE pour surface based convective available potential energy) et l’instabilité de la parcelle d’air la plus instable (MUCAPE pour most unstable convective available potential energy). La SBCAPE est souvent extrême l’été sur la mer… pas la MUCAPE, puisque rien ne se passe dans les couches les plus importantes, là où un forçage est susceptible de déclencher des pluies. Toutefois, la Méditerranée reste un bon pourvoyeur d’humidité, en témoigne sa géochimie et sa salinité notamment. Relativement à l’Atlantique, elle est franchement plus efficace en termes d’évaporation. Mais cela ne fait pas tout et une variation de quelques degrés de sa température est assez négligeable lorsque l’atmosphère décide (ou non) de se lancer à l’assaut des côtes méditerranéennes.

On constatera d’ailleurs que cet automne, la MUCAPE présente une forte anomalie positive alors que l’eau précipitable (quantité d’eau qui pourrait tomber si toute l’eau de la colonne d’air était condensée et précipitée) présente une anomalie bien plus commune et relativement faible dans le sud. Le contenu en eau précipitable est, entre autres, piloté par l’évaporation de la mer.

Toujours concernant cet automne, les conséquences désastreuses des épisodes ne doivent pas faire oublier que la succession de situations pluvieuses intenses a bien plus pesé que l’intensité elle-même de ces situations. Elle a conduit à une saturation extrême des sols qui ne pouvaient plus absorber quoi que ce soit.

Une hypothèse intéressante consiste à considérer que le plus gros problème est le blocage en lui-même. L’augmentation du nombre de blocages serait due à un manque de dynamisme dans le courant jet en lien avec le réchauffement de l’Arctique. Voilà une théorie bien moins farfelue qui, si elle suppose que l’Arctique se réchauffe bel et bien, a au moins le mérite de ne pas tomber dans un sophisme toujours plus vendeur qu’un questionnement scientifique abouti.

Air polaire et air tropical : back to basicsClimat (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Voyez l’atmosphère comme un système tendant en permanence à trouver un équilibre énergétique vainement. Il reçoit trop de chaleur à l’équateur et pas assez aux pôles. Il cherche donc à s’équilibrer. La limite entre air tropical et air polaire oscille autour d’une latitude plus haute en été et plus basse en hiver. Autour de cette limite se greffent les dépressions, formidables machines de rééquilibrage thermique.

Cette limite remonte donc au printemps et redescend en automne. Si le bilan énergétique du système augmente, la limite tendra à se positionner en moyenne plus haut. Les épisodes pluvieux devraient donc arriver plus tard dans la saison (en hiver) mais sans aucune raison pour qu’ils soient plus nombreux ou plus virulents. Il pourra donc bien faire 40°C en novembre, sans forçage atmosphérique particulier, cela n’aura pas plus de conséquences qu’en plein été aujourd’hui.

En définitive, c’est surtout le temps passé dans les environs de cette limite qui multiplie le nombre d’épisodes pluvieux et donc la probabilité qu’un ou plusieurs soient sévères. En cas de blocage au mauvais moment, ce temps augmente. Difficile d’anticiper son évolution. Ce qui est certain, c’est qu’une simple translation de notre limite vers le nord n’est pas de nature à augmenter le nombre et l’intensité des épisodes diluviens mais, éventuellement, la durée de la saison chaude.

La peur comme puissant outil de manipulation

Ces dernières années, la couverture médiatique des épisodes a fortement augmenté. N’importe qui peut filmer et poster ses images en ligne et le public est friand de ce type de documents. Les images sont impressionnantes, spectaculaires, effrayantes.

Je ne suis pas vieux mais je me souviens d’une époque où l’on n’en voyait pas tant. D’un point de vue climatologique, rien n’a bougé depuis cette époque. Les phénomènes sont les mêmes. Pour ce qui est des images, celles que je vois aujourd’hui correspondent parfaitement à celles gravées dans ma mémoire. Les vigilances météorologiques sont aussi très relayées. Pas toujours cohérentes, pas forcément efficaces, mais très en vue. Les implantations en zone inondable par débordement de cours d’eau sont quant à elles plus limitées mais sont remplacées par les ruissellements liés à la densification, parfois tout aussi destructeurs.

Tout cela sert le dessein de nos amis catastrophistes. Ils sentent bien que les gens doutent du bien-fondé des privations de liberté et des prélèvements supplémentaires qu’on leur impose au nom de l’environnement. Ils voient bien que malgré les corrections douteuses appliquées aux températures, cela ne veut pas monter. Ils voient bien que les prévisions des modèles sont biaisées dès le départ parce qu’on ne maîtrise que quelques bribes de l’évolution du climat.

Alors ils essaient de nous faire peur, de nous impressionner. Les tenants du réchauffement climatique passent désormais plus de temps à justifier de leur existence et des mesures qu’ils préconisent qu’à découvrir des sujets pertinents de recherche dans une science si jeune. Un peu comme un État et sa ribambelle d’hommes politiques.

Comme toujours en politique – car c’est bien de cela dont il s’agit – les routes de l’enfer sont pavées de bonnes intentions. Jusqu’à quel point la fin justifie-t-elle les moyens ? Est-il bon de croire la masse si bête qu’on puisse se permettre mensonges et exagérations pour la bonne cause et est-ce que cela ne finit-pas par être auto-réalisateur ?

Ces procédés ne sont pas nouveaux et pas limités à ce domaine. Ils devraient nous rappeler que beaucoup des pires dictateurs sont arrivés au pouvoir démocratiquement, en demandant des efforts démesurés aux individus sur tous les compartiments de leurs vies, avec pour objectif de sauver le monde contre une catégorie de la population ou une idéologie alternative. Aujourd’hui, le réchauffement climatique peut très bien remplacer l’anglais, le protestant, le prussien, le juif, le capitalisme… Mais le mécanisme reste le même. Il est bien évident que nos prochains dictateurs (car l’Histoire n’est pas finie) ne viendront pas se présenter en tant que nazis ou maoïstes. Ils viendront avec un visage plus angélique au nom d’intentions louables. La récente initiative Ecopop rejetée en Suisse n’est qu’un avant-goût encore trop maladroit de ce que ces idéologies apporteront dans le futur.

Tout ça pour des prophéties dont Koestler dans Spartacus avait une vision à la fois amusante et empreinte d’un recul trop absent de notre époque :

« Il en est des prophéties comme des vêtements. Ils sont accrochés dans la boutique du tailleur ; beaucoup d’hommes passent devant, à qui ils iraient. L’un d’eux entre et emporte le vêtement, et c’est ainsi que le vêtement a été fait pour lui puisqu’il l’a endossé… Ce qui importe, en vérité, c’est que le vêtement soit à la mode du moment, qu’il corresponde aux désirs d’un grand nombre, aux besoins et aux aspirations de la masse… »

Et si ce n’est pas le cas, on peut toujours travailler sur les désirs, besoins et aspirations de la masse.

  1. Neppel, L., Bouvier, C., Vinet, F., Desbordes M., « Sur l’origine de l’augmentation apparente des inondations en région méditerranéenne », Rev. Sci. Eau. 16/3(2003), pp. 475-494.