Les pauvres en Afrique : malédiction ou opportunité ?

Les pauvres ne sont pas une malédiction. Ils peuvent offrir des opportunités aux innovateurs de faire des profits, comme l’a fait Equity Bank au Kenya.

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Les pauvres en Afrique : malédiction ou opportunité ?

Publié le 6 décembre 2014
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Par James Shikwati.

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« Accessibilité » et « abordabilité » sont des concepts qui sont en train d’élargir les horizons des marchés. Les systèmes qui améliorent l’accès aux services financiers et de communication ont transformé la façon dont les populations à faible revenu sont perçues en Afrique. Les industries de détail, de boissons, de la téléphonie mobile et de services bancaires au Kenya engrangent des milliards de shillings de bénéfices en prêtant attention au « milliard d’en bas ».

Dans son livre The Bottom Billion (Le milliard d’en bas), Paul Collier sonne l’alarme au sujet des pays et des populations en bas du système économique mondial qui sont susceptibles de former un « ghetto de misère et de mécontentement » générant ainsi de l’instabilité. Pris au piège des conflits et des ressources naturelles, enclavé avec de mauvais voisins et souffrant de mauvaise gouvernance, « le milliard d’en bas », dont 70% se trouvent en Afrique, représente une menace potentielle pour le monde sécurisé au sommet du système économique mondial. Ceci est une pensée largement partagée par les dirigeants politiques et les stratèges. Sur ce point, les acteurs du secteur industriel ont une opinion différente : ils voient l’opportunité justement dans ce « milliard d’en bas ».

Une des principales banques indigènes du Kenya (Equity Bank) a prospecté en profondeur le « milliard d’en bas » afin d’engranger des profits. Le modèle de l’Equity Bank qui cible le marché à faible revenu des populations non bancarisées et sous bancarisées démontre que « le milliard d’en bas » ne constitue pas toujours une source de menace. La banque a ouvert ses prêts de détail et ses microcrédits, avec des valeurs aussi faibles que 500 KSh, à un segment de clients que d’autres banques fuyaient. Pour les 14 dernières années, son bénéfice avant impôts a augmenté à un taux de 65%. La banque a grandi pour devenir l’une des sociétés multinationales pionnières du Kenya avec des filiales en Ouganda, en Tanzanie, au Rwanda et au Soudan du Sud.

Le modèle de l’Equity Bank illustre parfaitement le fait que les pauvres ne sont pas nécessairement des mendiants. L’accessibilité et l’abordabilité permettent de préserver la dignité des groupes à faible revenu et les propulsent vers les populations productives. Le modèle de l’inclusion financière agit comme un « tremplin social » qui permet aux communautés rurales d’accroître leur productivité et de créer des entreprises.

L’entrée dans le secteur des services bancaires mobiles de l’Equity Bank avec un certain enthousiasme pour les populations à faible revenu renforce l’idée que « le milliard d’en bas » a beaucoup à offrir aux innovateurs. La technologie de la carte SIM mince déployée par l’Equity Bank va intensifier le nombre de clients qui ont accès aux services financiers par circonscription sur les plates-formes existantes de téléphonie mobile. La concurrence avec Safaricom, un ancien opérateur dans le secteur du transfert d’argent via mobile, est susceptible de profiter aux populations à faible revenu avec la chute des prix des services financiers et un meilleur service à la clientèle.

À mesure que les innovateurs se tournent vers « le milliard d’en bas » à la recherche de bénéfices, les organismes gouvernementaux de réglementation doivent suivre le rythme aussi. Les gouvernements ne doivent pas se concentrer uniquement sur l’impôt que ces innovations génèrent pour l’économie, mais veiller à ce que les citoyens ne soient pas lésés par le biais des services de médiocre qualité. Suite à l’initiative de l’Equity Bank pour briser le monopole de Safaricom, le rôle du gouvernement du Kenya comme « arbitre », va être profondément observé. Les consommateurs kenyans attendent du gouvernement qu’il joue son rôle, à savoir la promotion d’une concurrence loyale.

La réussite de l’Equity Bank devrait encourager plus de Kenyans et par extension d’Africains à s’aventurer en affaires pour servir les gens. Le succès de ladite banque n’est pas lié seulement à son ciblage des populations à faible revenu, mais aussi à sa stratégie de partenariat avec des entreprises prospères afin de mieux servir ses clients. Pour que le Kenya et l’Afrique réussissent, ils doivent apprendre comment gérer les partenariats stratégiques au lieu de se replier sur soi et fuir le reste du monde. Les défis du pays offrent des opportunités aux innovateurs pour investir et en récolter les fruits.

« Le milliard d’en bas » n’est pas une malédiction ou une menace pour la société. Il offre des opportunités aux innovateurs de faire des profits. L’Equity Bank a démontré que les innovations et la technologie peuvent réduire les « trappes à pauvreté » qui maintiennent les personnes à faible revenu en marge du système économique mondial. Au lieu de craindre « le milliard d’en bas », le monde devrait reconfigurer et supprimer les restrictions qui étouffent les populations à faible revenu. Les horizons du marché ne sont pas immuablement figés dans le béton !


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  • Ce ne sont pas les pauvres qui sont une malédiction, mais la pauvreté ; et surtout pour les pauvres. Car par les temps qui courent, inégalités et pauvreté font plus que jamais recette. À l’abri de la pensée unique, les initiatives, les articles et les ouvrages fleurissent sur ces thèmes et il n’est pas un médium qui ne veuille clamer sa compassion à grand renfort de titres racoleurs et parfois au prix des pires amalgames et raccourcis. Amplement relayé, OXFAM n’hésite pas à dénoncer la richesse individuelle des 85 individus les plus nantis de la planète, comparée à celle (individuelle ou collective) des 3 milliards et demi des plus pauvres, omettant que les avoirs de ceux-là sont constitués pour l’essentiel d’investissements qui font vivre ou survivre ceux-ci, et que ce sont précisément ces richesses qui financent les outils de l’économie mondiale, laquelle emploie et rémunère ceux qui participent à l’accroissement de la richesse globale de la société ; et que réduire ce mécanisme à une comparaison de revenus n’a aucun sens, sinon celui d’une stupide provocation préjudiciable à tous, à commencer par les plus démunis. Thomas Piketty nous fait partager ses interrogations, aux chiffres controversées, quant au meilleur niveau du partage capital-travail et Bill Gates en débat avec lui sur Internet. Dans le même temps l’INED, dans son bulletin « Population & Sociétés » traite des politiques familiales en France et en Europe et de leur évolution récente face à la crise, en ne précisant pas de quelle crise il s’agit ; économique ou démographique ? Les deux, auraient pu préciser les auteurs qui, faute de cela, laissent planer un doute d’autant plus étrange de la part de démographes qu’il n’est question à aucun endroit dans leur texte de démographie, alors qu’il y est question de pauvreté, comme si les politiques familiales avaient pour seul objet de secourir les familles pauvres.

    Il est louable que la société s’intéresse aux pauvres, mais la pauvreté requière-t-elle pour autant d’être érigée en véritable marché, avec ses indices, ses statistiques et ses « performances » – aussi manipulés que manipulables –, ses acteurs – des bénévoles aux plus ou moins lucratifs –, et son spectacle permanent dont se passerait volontiers la plupart de ceux qui n’y tiennent pas toujours le premier rôle qui leur revient ?

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