Économie française : pourquoi il ne faut plus croire au Père Noël

Père Noël 2 - Credit LanyLane (Creative Commons)

Le naufrage économique de la gauche en neuf points.

Par Hector Allain

Père Noël 2 - Credit LanyLane (Creative Commons)

Quels que soit les indicateurs, l’économie française actuelle ressemble à un film catastrophe des années 70. Pour les observateurs un peu initiés aux réalités économiques, cette avalanche de mauvaises nouvelles (chômage, destruction d’entreprises, hausse du déficit extérieur etc.) était malheureusement prévisible. L’arrivée d’Emmanuel Macron, qui pour le moment n’a rien produit de concret, confirmera malheureusement la tendance car si la forme a changé, le fond reste le même. Le naufrage économique de la gauche s’explique en neuf points.

1- Nourrir encore l’obésité étatique

Les effectifs de la fonction publique représentent 24% de la population active, contre 15% pour la moyenne de l’OCDE. Or beaucoup de tâches administratives (collecte d’informations, vérifications, transactions financières, information, formation…) sont tout simplement devenues obsolètes à l’ère numérique. La prépondérance d’un secteur aussi sous-productif plombe mathématiquement notre compétitivité par rapport à nos voisins car de nombreuses charges sont de facto reportées sur le secteur privé. Pour des raisons électoralistes évidentes, Manuel Vals vient pourtant de valider la création de nouveaux postes de fonctionnaires. Une aberration économique.

2- Échouer à résoudre la complexité

Depuis 15 ans que l’on en parle, la simplification administrative reste virtuelle. Des avalanches de nouvelles lois détruisent les faibles allègements concédés aux Français.

Le système étatique se rebelle contre la simplicité. La cause en est simple : des milliers de fonctionnaires ont justement pour travail de contrôler, surveiller et punir. L’administration sécrète donc de la complexité de façon naturelle. On ne pourra pas simplifier la vie des citoyens sans réduire le nombre de fonctionnaires.

Pour donner de l’air aux entreprises, il faudrait aussi tailler dans le code du travail. Là encore, on doute que le gouvernement actuel, flanqué d’une aile gauche très remontée, ne réussisse à faire le moindre progrès en ce domaine

3 – Continuer à encourager l’assistanat 

Plus de 57% du budget de l’État consiste en des dépenses de transferts. Le cercle est de plus en plus vicieux. L’assistanat, cette morphine sociale, permet de calmer le chômage et la pauvreté, mais ces maux sont directement causés par l’assistanat via l’augmentation des charges qui plombe notre compétitive économique. Plus on distribue, plus le besoin est grand.

Dans une économie saine, chaque personne, sauf maladie ou handicap, devrait trouver de quoi s’employer et vivre dans la dignité. Nous avons perdu de vue ce repère. Ce pays compte des milliers de chômeurs alors que des centaines de milliers d’emplois ne sont pas pourvus, alors que des services simples manquent.

4 – Oublier que l’impôt tue l’impôt

La réduction du déficit promise par Hollande était évidemment chimérique. Visiblement, la loi de Laffer, qui décrit que l’impôt tue l’impôt, n’est enseignée ni à HEC, ni à l’ENA… La névrose fiscale de François Hollande a démotivé les masses laborieuses tout en stimulant le travail clandestin. Les hausses d’impôt ont désormais un rendement négatif, il faudra s’y faire. Un exemple navrant : l’augmentation des taxes sur le travail à domicile s’est traduit par une baisse de plus de 7% des heures déclarées. C’était prévisible mais rien n’a pu empêcher la mise en œuvre de cette absurdité.

5 – Décourager les créateurs de valeur (ou la délocalisation pour tous) 

contrepoints 952 Croire au Père Noël CroissanceAvant, la délocalisation touchait avant tout les bas salaires. Avec la politique de François Hollande, elle frappe les hauts revenus. À l’heure de la visioconférence pour tous, des transports ultra-rapides, les équipes sont de plus en plus européennes. La tentation devient irrésistible. Une banque délocalise son bureau de trading à Londres, un groupe industriel crée un bureau d’étude en Allemagne. Ce brain drain’  s’opère sans manifestation bruyante, ni banderoles, invisible bien souvent par le radar des médias. Une mort silencieuse en quelque sorte. Le nombre d’emplois touchés sera difficile à estimer et nous n’en verrons les effets qu’à long terme. Quand il sera trop tard.

6 – Ignorer la concurrence mondiale

Hollande, tout comme son prédécesseur, parle anglais comme un mauvais élève de troisième. L’élite étatique est non seulement narcissique, elle a les yeux rivés sur son nombril. Cela se paye comptant dans un monde mondialisé. En 2013, les investissements directs étrangers ont chuté de 77%. Vertigineux et effrayant. En matière de communication, le gouvernement Hollande aura eu un impact désastreux pour l’image de la France. À l’étranger, la taxe à 75% est aussi connue que la tour Eiffel, le Champagne ou Julie Gayet. Elle donne l’image d’un pays en revival soviétique.

7- Ne rien comprendre aux enjeux du numérique 

« Il faut un grand ministère pour les jeunes » a dit François Hollande à Bill Gates en parlant de son ministère sur le numérique. La phrase restera dans le bêtisier pourtant déjà bien replet de ce quinquennat. C’est décourageant de stupidité.

L’Angleterre du 18ème siècle a conquis le monde grâce à la révolution industrielle. Le numérique devrait être le fer de lance de la croissance économique. Il devrait aussi permettre de réduire drastiquement les effectifs de l’État, sans réduire pour autant le service apporté aux citoyens.

Les entreprises de technologies créent des emplois hautement qualifiés qui entraînent l’économie. Mieux, ils améliorent la vie, le respect de l’environnement et, surtout, ils sont garants à terme de l’autonomie du pays. Ces emplois seront les grands perdants du pacte de responsabilité car les experts du web sont trop payés pour que les entreprises ne bénéficient des remises de charges sur leurs salaires.

8 – Bouter les entrepreneurs hors de France

La tristement célèbre affaire des pigeons aura été un édit de Nantes pour les entrepreneurs. Certes les chiffres de la création d’entreprise ne se sont pas effondrés. Beaucoup de ces nouvelles sociétés sont cependant le fait de chômeurs qui n’arrivent plus à trouver d’emplois. Si on doit saluer le courage de ces personnes, il faut reconnaitre que dans le même temps les vraies entreprises de croissance se créent désormais aux États-Unis ou à Londres. Là encore, ces délocalisations par le haut se font sans tambour ni trompette. Le Royaume-Uni avec son entrepreneurs’ relief (taxe de 10% sur la revente d’une société) déroule le tapis rouge aux plus entreprenants d’entre nous et capte notre richesse entrepreneuriale. Même avec les aménagements apportés, survenus trop tardivement et mal communiqués, nous restons battus à plate couture par les Britanniques.

9 – Réduire la science économique à des incantations 

Le logiciel économique de François Hollande présuppose que l’économie dépend essentiellement de facteurs psychologiques ou de cycles. On pourrait dès lors invoquer la croissance comme un shaman l’esprit de la pluie, comptant sur la chance et la crédulité de la foule. Les incantations hasardeuses de Hollande et notamment ce discours biscornu sur l’inversion de la courbe du chômage s’expliquent par cette erreur d’analyse.

La reprise mondiale pourrait nous apporter un léger mieux, mais nous ne profiterons que peu de ces vents porteurs. Les fondations de l’économie française ont été lourdement endommagées. Rendons cependant justice au gouvernement socialiste : le désespoir des Français ne leur incombe qu’en partie. Il vient aussi du fait que la droite peine à convaincre. L’UMP s’est montrée pusillanime dans sa défense des entreprises. Sa doctrine économique ressemble au désert de Gobi en matière d’idées et de vision. Le FN qui donne dans le charlatanisme économique ne fait pas mieux. Les citoyens doivent donc se prendre en main. Les nouvelles initiatives, les décisions courageuses ne pourront venir que d’eux…