OPEP : c’est l’Arabie Saoudite qui décide ! Aux marchés de s’ajuster maintenant

Jusqu’où pourra (ou devra ?) descendre le cours du Brent avant de se stabiliser ?

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OPEP : c’est l’Arabie Saoudite qui décide ! Aux marchés de s’ajuster maintenant

Publié le 29 novembre 2014
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Par Aymeric de Villaret.

al naimi credits CSIS (licence creative commons)

Alors qu’une coupure de production était attendue par certains, celle-ci n’a pas eu lieu. La question maintenant est de savoir jusqu’où pourra (ou devra ?) descendre le cours du Brent avant de se stabiliser ? Aux marchés de parler ! Les premières réactions furent une accélération de la chute…

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Les points majeurs du communiqué de l’OPEP après la réunion du 27 novembre

Dans son communiqué final, l’OPEP reconnait que le marché pétrolier est extrêmement bien servi et qu’il devrait continuer à l’être au premier semestre 2015 avec notamment une poursuite de la croissance de l’offre de la part des pays non-OPEP.

En ce qui concerne la vitesse du déclin des prix de ces derniers mois, l’OPEP est d‘accord que des prix stables étaient vitaux pour l’économie. À cette fin, de manière à restaurer un équilibre des marchés, l’OPEP a décidé de maintenir une production de 30 Mb/j, plafond décidé en décembre 2011.

Ces points rejoignent le point de vue de l’Arabie Saoudite

Rappelons-nous ce qu’avait indiqué Ali al-Naimi – ministre du pétrole saoudien – à Acapulco le 12 novembre : « La politique pétrolière saoudienne a été constante ces dernières décennies et elle n’a pas changé aujourd’hui ». « Nous ne cherchons pas à la politiser dans notre intérêt. Ce n’est qu’une question d’offre et de demande. C’est juste le marché ».

« Nous voulons des marchés pétroliers et des prix stables, parce que cela est bon pour les producteurs, les consommateurs et les investisseurs ». « Il est donc essentiel pour les pays de l’OPEP et les autres, les producteurs et les consommateurs de continuer leur dialogue ».

Et le ministre de dire en sortant de la réunion de l’OPEP du 27 novembre qui avait duré cinq heures et qui s’était conclue par un maintien de la production : « ce fut une grande décision » !

Reconnaissance d’un marché en surabondance – nécessité de s’ajuster…

Ainsi, l’OPEP reconnaît que les marchés pétroliers sont en surabondance et que les marchés doivent s’ajuster… Mais comment peuvent-ils s’ajuster et jusqu’où ? Qui peut prétendre le savoir ?
Fin 1997, après la décision de l’OPEP à Djakarta d’augmenter sa production, lorsque les prix commencèrent à chuter… personne ne pouvait prédire qu’ils s’arrêteraient légèrement sous les 10$/baril. Nous invoquions 17$ puis 15$ etc.

Aujourd’hui, quels sont les deux critères majeurs ?

Comme le montre le tableau de l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) des coûts de revient des productions de brut, les principaux acteurs touchés par le niveau des prix du brut actuels se retrouvent tant dans la sables bitumineux (surtout même) que dans l’huile de schiste.

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L’huile de schiste américaine étant l’élément majeur de la croissance de production non-OPEP de cette année et celle prévue de 2015, il peut être logique de penser que lorsque l’Arabie Saoudite dit qu’elle veut laisser les marchés agir, elle souhaite « casser » ou « limiter » l’essor de cette huile.
C’est pour cela que de nombreux analystes ont publié ces deux derniers mois des estimations d’équilibre de l’huile de schiste bassin par bassin.

Bernstein Research le 20 octobre écrivait : « nous estimons qu’environ un tiers de l’huile de schiste américaine n’est pas économique à 80$/b le WTI » (il est tombé le 27 novembre après la décision de l’OPEP sous les 70 $ !).

Morgan Stanley de son côté voit des chiffres entre 60 et 80$ alors qu’UBS estime pour le bassin d’Eagle Ford un point mort dans les 44$.

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Au 27 novembre au soir, les cours du Brent ne sont plus dans la zone des 90$, mais plutôt dans celle des 70-75$ ! Ainsi même le Koweït et les Émirats Arabes Unis commencent à souffrir…

Ce tableau ne parle que des pays membres de l’OPEP, mais il ne faut pas oublier un des grands producteurs mondiaux de pétrole, la Russie. C’est annuellement 100 milliards de $ que la Russie perdrait avec un baril à moins de 80$ !

Conclusion

En décidant de maintenir le 27 novembre sa production à 30 Mb/j, alors que les prix du baril se sont effondrés et que l’organisation reconnait que le marché est en surabondance, l’OPEP et surtout l’Arabie Saoudite envoient un message fort :

1) Nous ne serons plus les «ajusteurs » du marché (swing producers).
2) Pourquoi faire les efforts alors que ce sont les autres qui en profitent (les réunions préliminaires avec notamment la Russie et le Mexique n’ont rien donné) ? Nous pensons que, consciente d’un coût de production nettement moindre que ceux des autres pays et du non conventionnel, l’Arabie Saoudite est prête à laisser les marchés trouver le prix d’équilibre.

In fine, elle en ressortira encore plus forte.

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  • Je ne serais pas étonné de voir la main des Etats Unis d’Amérique derrière l’intransigeance de l’Arabie. Le royaume ne tient que par le soutien des USA, et ceux-ci veulent la peau de la Russie; la baisse des cours, alliée aux sanctions, mettrait Vladimir Poutine dans un désagréable embarras…

  • C’est un peu « indécent » d’utiliser le mot « marché », vous ne trouvez pas ?

    Particulièrement quand l’Arabie Saoudite l’utilise en permanence, comme un collégien surpris en train de fumer dans les toilettes.

    De plus, la rhétorique orwélienne de ces gens ne vous choque pas ? Comment peut-on dire « Nous voulons des marchés pétroliers et des prix stables, parce que cela est bon pour les producteurs, les consommateurs et les investisseurs » ? …. lorsque le prix chute de 15 % en 1 semaine ?

    Ils pouvaient fermer un peu le robinet pour avoir des « prix stables », ils ne l’ont pas fait.

    C’est donc un choix politique.

    On connaît les arguments géopolitiques, inutiles des les rappeler ici (sauf Vénézuela, le cadeau bonus de l’opération).

    Mais il faut prendre conscience d’autres conséquences :
    -opportunité de temps : ça chute juste avant le début de l’hiver, pratique

    -une telle chute… équivaut à des dizaines, des centaines de milliards de dollars injectés IMMEDIATEMENT dans les économies (réelles) US, Europe et Japon. Les alliés. Pratique, non ?

    -alors même que le QE aux US s’efface, le Japon a remis une couche… et la BCE lancera le sien au printemps. Cette injection de cash dans l’économie réelle est une bénédiction, non ?

    -argument choc : une telle chute.. va mécaniquement renforcer la déflation (baisse des prix) dans la Zone Euro…. obligeant ainsi OFFICIELLEMENT la BCE a lancer son QE (la BCE a je vous le rappelle un objectif d’inflation… et des pays de la zone sont déjà en déflation). Parfaite justification … Même l’Allemagne ne pourra pas dire non.

    Ca fait beaucoup, énormément d’avantages (géopolitique + éco) en si peu de temps… vous ne trouvez pas ? 😉

    Bref le crime est signé.

    Qu’on arrête de nous bassiner avec le « marché ».

    Note : sur le seul contre-argument sérieux « en faisant cela les Saoudiens mettent à mal l’industrie des huiles de schiste aux US donc les US ne peuvent pas être d’accord »… Absolument pas. Les banques US n’auront aucun mal à supporter l’industrie, en faisant un roll over de ses dettes (ça ils savent faire)… Et les huiles ne disparaîtront pas… Elles seront simplement mise en sommeil.

    • C’est quoi le problème ? Une baisse du pétrole permet une reprise réelle et non artificielle comme les QE, c’est cool non ?

      • Bien sûr c’est « cool ». 😉

        Mais, il semble que la « main invisible du marché » n’y soit pour rien.

        C’est un plan, complexe, à multi-facette, mené de mains de maître par les US.

        Le timing et toutes les implications prouvent qu’il y a un plan.

        Maintenant ne nous y trompons pas : c’est AUSSI le signe que la situation est mauvaise, voire très mauvaise. Un peu comme un geste désespéré…

        Nous demeurons plus que jamais dans le règne de l’opacité, du mensonge permanent, de la « Maskirovka ».

        http://en.wikipedia.org/wiki/Maskirovka

        • Si le marché de l’énergie était libre les prix seraient plus bas, mais les écologistes mènent une telle guerre en occident que ça a permit au autres pays de se cartelliser (n’ayant pas tellement de concurrence).

          Cette situation est entrain de changer, le marché reprend ses droits grâce au pétrole d’Amérique du nord et aux intérêts géopolitiques divergent des membres de l’OPEP, ça va dans nos intérêts, ceux de l’Europe, des USA et de la Chine, bref des consommateurs.

          La situation s’améliore, sauf pour les fanboys de Poutine.

    • Pas d’accord, les investissements dans les huiles de schiste aux US sont d’abord le fait de tas de petits propriétaires et de petites compagnies, qui devront choisir entre produire à perte ou crever, parce qu’ils ne peuvent pas plus attendre 5 ans une embellie qu’un chômeur ne peut décider de décaler sa carrière de 5 ans, ou un aviculteur de mettre son exploitation en sommeil en attendant la reprise des cours des oeufs et des poules.

      Pas d’accord non plus sur le QE, dont l’effet sera annulé par la baisse du brut, et qu’il ne sert plus à grand-chose de lancer. Cette baisse n’est pas du tout injectée dans l’économie réelle, son principal effet pendant au moins la première année est de rendre stupides tous les investissements qui avaient été faits sur la base d’une énergie chère.

      Pour moi, l’hypothèse d’une manipulation US ne peut certes pas être écartée, les dirigeants politiques ne sont jamais à l’abri de sottises majeures, mais elle est très peu vraisemblable, d’une part parce que les relations US-Saoudiens ne sont plus ce qu’elles étaient, d’autre part parce que les effets sur les ennemis des US (il faut rêver pour croire que les effets sur les amis comptent dans les décisions) seraient de l’ordre du mieux qui est l’ennemi du bien :
      * Si l’Europe avait quelque chose à gagner à un QE, on le saurait (surtout sur Contrepoints !)
      * Si les US voulaient du bien à l’Europe, on le saurait aussi !
      * Si la Russie a trop de difficultés, elle va s’associer à la Chine et ça serait un très mauvais cas pour les USA
      La situation n’est plus celle du début des années 80, et les objectifs stratégiques d’alors ne peuvent être appelés pour expliquer la chute d’aujourd’hui.

      • La Chine s’est rapproché de Ryad, elle a fini par comprendre que vu ses besoins en ressources il vaut mieux être du coté de ceux qui se satisferont d’un prix du baril raisonnable.

      • Il ne faut pas raisonner secteur par secteur, mais au niveau global. On voit clairement alors la stratégie « morse »: long, court, long, court

        -un coup je favorise les états et les banques via les QE
        -un coup je booste le PIB avec des capex liés aux hydrocarbures, le pétrole augmente, mes compagnies aériennes souffrent
        -un coup je favorise les exports en faisant baisser le dollar
        -ensuite, je réduis le support des souverains, en donnant du gras aux consommateurs via le pétrole
        -ce qui favorise d’autres secteurs : aviation, consommation etc. ce qui entraînera des investissements dans ces secteurs
        -j’arrête le QE chez moi, je le provoque chez mes amis qui prendront le relai etc.

        Rincez répétez.

        C’est la stratégie « tournez manège ».

        Donc dire « les producteurs d’huiles de schistes souffriront donc ce n’est pas l’intérêt des US » n’est pas un contre argument.

        Il faut embrasser la big picture.

        Cette chute brutale et importante des prix du pétrole présente beaucoup trop d’avantages pour les USA, pour être le seul fait du « marché ».

        Mais bien entendu, comme dans tout jeu, il y a sans doutes quelques inconvénients.

        Répétons que tous les « marchés » sont désormais contrôlés. Bourses, obligations, matières premières, énergie, métaux précieux.

        Ca n’a rien d’une conspiration. C’est le Grand Jeu depuis 2008 (qui a entraîné une accélération des manips).

        Le but du Grand Jeu n’est pas de gagner comme on gagne au loto (tout ou rien). Le but est de simplement perpétuer un système, dominé -en gros- par les USA.

        Avec une telle grille de lecture : c’est un succès.

        • Bon déjà vous pourriez arrêter votre style ésotérique et nous dire clairement ce que vous pensez. Et ensuite nous expliquer pourquoi cette baisse ne va pas dans les intérêts de tout le monde (USA inclus) sauf des autres producteurs de l’OPEP.

  • Oui, c »est une bonne nouvelle pour ceux qui déplorent, comme moi, l’extraction de gaz de schiste, d’huile et pétrole bitumineux. J’espère que le marché à la baisse fera perdre beaucoup d’argent à ces foreurs-massacreurs dont le respect de l’environnement est le dernier de leurs soucis.
    Bonne nouvelle aussi quant à la réduction des prix à la pompe et de ceux qui se chauffe au fioul ou au gaz.

    • Ca va surtout faire perdre un max à ceux qui croient que l’énergie verte peut remplacer le pétrole et le gaz…

      • je confirme, vendant du bois de chauffage, depuis septembre, plus un client…

        les énergies renouvelable n’étaient deja guère rentable avec un pétrole à 100 dollars, alors à 60 … il va falloir un sacré QE pour que les subventions se pérennisent.

        quand à poutine, les commentateurs occidentaux nous disaient qu’il s’était fait rouler dans la farine par les chinois au printemps, lors de la signature d’un gigantesque contrat gazier. si le prix des hydrocarbure s’installe pour longtemps dans le rouge, il va finalement avoir fait une bonne affaire…

  • Ce Ali al-Naimi est définitivement un type bien, les intérêts de l’AS se recoupent avec ceux des pays consommateurs de pétrole, faisons de la realpolitic et ne coupons pas nos relations avec ce pays comme les idéologues le voudraient.

  • Les commentaires sont fermés.

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