OPEP : c’est l’Arabie Saoudite qui décide ! Aux marchés de s’ajuster maintenant

al naimi credits CSIS (licence creative commons)

Jusqu’où pourra (ou devra ?) descendre le cours du Brent avant de se stabiliser ?

Par Aymeric de Villaret.

al naimi credits CSIS (licence creative commons)

Alors qu’une coupure de production était attendue par certains, celle-ci n’a pas eu lieu. La question maintenant est de savoir jusqu’où pourra (ou devra ?) descendre le cours du Brent avant de se stabiliser ? Aux marchés de parler ! Les premières réactions furent une accélération de la chute…

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Les points majeurs du communiqué de l’OPEP après la réunion du 27 novembre

Dans son communiqué final, l’OPEP reconnait que le marché pétrolier est extrêmement bien servi et qu’il devrait continuer à l’être au premier semestre 2015 avec notamment une poursuite de la croissance de l’offre de la part des pays non-OPEP.

En ce qui concerne la vitesse du déclin des prix de ces derniers mois, l’OPEP est d‘accord que des prix stables étaient vitaux pour l’économie. À cette fin, de manière à restaurer un équilibre des marchés, l’OPEP a décidé de maintenir une production de 30 Mb/j, plafond décidé en décembre 2011.

Ces points rejoignent le point de vue de l’Arabie Saoudite

Rappelons-nous ce qu’avait indiqué Ali al-Naimi – ministre du pétrole saoudien – à Acapulco le 12 novembre : « La politique pétrolière saoudienne a été constante ces dernières décennies et elle n’a pas changé aujourd’hui ». « Nous ne cherchons pas à la politiser dans notre intérêt. Ce n’est qu’une question d’offre et de demande. C’est juste le marché ».

« Nous voulons des marchés pétroliers et des prix stables, parce que cela est bon pour les producteurs, les consommateurs et les investisseurs ». « Il est donc essentiel pour les pays de l’OPEP et les autres, les producteurs et les consommateurs de continuer leur dialogue ».

Et le ministre de dire en sortant de la réunion de l’OPEP du 27 novembre qui avait duré cinq heures et qui s’était conclue par un maintien de la production : « ce fut une grande décision » !

Reconnaissance d’un marché en surabondance – nécessité de s’ajuster…

Ainsi, l’OPEP reconnaît que les marchés pétroliers sont en surabondance et que les marchés doivent s’ajuster… Mais comment peuvent-ils s’ajuster et jusqu’où ? Qui peut prétendre le savoir ?
Fin 1997, après la décision de l’OPEP à Djakarta d’augmenter sa production, lorsque les prix commencèrent à chuter… personne ne pouvait prédire qu’ils s’arrêteraient légèrement sous les 10$/baril. Nous invoquions 17$ puis 15$ etc.

Aujourd’hui, quels sont les deux critères majeurs ?

Comme le montre le tableau de l’AIE (Agence Internationale de l’Énergie) des coûts de revient des productions de brut, les principaux acteurs touchés par le niveau des prix du brut actuels se retrouvent tant dans la sables bitumineux (surtout même) que dans l’huile de schiste.

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L’huile de schiste américaine étant l’élément majeur de la croissance de production non-OPEP de cette année et celle prévue de 2015, il peut être logique de penser que lorsque l’Arabie Saoudite dit qu’elle veut laisser les marchés agir, elle souhaite « casser » ou « limiter » l’essor de cette huile.
C’est pour cela que de nombreux analystes ont publié ces deux derniers mois des estimations d’équilibre de l’huile de schiste bassin par bassin.

Bernstein Research le 20 octobre écrivait : « nous estimons qu’environ un tiers de l’huile de schiste américaine n’est pas économique à 80$/b le WTI » (il est tombé le 27 novembre après la décision de l’OPEP sous les 70 $ !).

Morgan Stanley de son côté voit des chiffres entre 60 et 80$ alors qu’UBS estime pour le bassin d’Eagle Ford un point mort dans les 44$.

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Au 27 novembre au soir, les cours du Brent ne sont plus dans la zone des 90$, mais plutôt dans celle des 70-75$ ! Ainsi même le Koweït et les Émirats Arabes Unis commencent à souffrir…

Ce tableau ne parle que des pays membres de l’OPEP, mais il ne faut pas oublier un des grands producteurs mondiaux de pétrole, la Russie. C’est annuellement 100 milliards de $ que la Russie perdrait avec un baril à moins de 80$ !

Conclusion

En décidant de maintenir le 27 novembre sa production à 30 Mb/j, alors que les prix du baril se sont effondrés et que l’organisation reconnait que le marché est en surabondance, l’OPEP et surtout l’Arabie Saoudite envoient un message fort :

1) Nous ne serons plus les «ajusteurs » du marché (swing producers).
2) Pourquoi faire les efforts alors que ce sont les autres qui en profitent (les réunions préliminaires avec notamment la Russie et le Mexique n’ont rien donné) ? Nous pensons que, consciente d’un coût de production nettement moindre que ceux des autres pays et du non conventionnel, l’Arabie Saoudite est prête à laisser les marchés trouver le prix d’équilibre.

In fine, elle en ressortira encore plus forte.