Cancer de la prostate : la sexualité des hommes en question

Prostate credits Raphael Chan (licence creative commons)

Les habitudes sexuelles des hommes sont intimement liées à l’apparition de cancers de la prostate.

Par Jacques Henry.

Prostate credits Raphael Chan (licence creative commons)

Entre 2005 et 2009, dans le cadre d’une étude relative à l’apparition de cancers de la prostate en liaison avec l’environnement réalisée à l’Université de Montréal, 3 208 hommes ont été sollicités pour répondre à un questionnaire détaillé comportant entre autres sujets une description aussi fidèle et objective que possible de leur activité sexuelle. L’étude s’est limitée géographiquement à la métropole de Montréal, la deuxième plus grande ville francophone du monde après Paris. Durant cette période, 1 590 d’entre eux furent diagnostiqués avec un cancer de la prostate. Il est important de préciser que les tranches d’âge se répartissaient ainsi : quarantaine 2%, cinquantaine 24%, soixantaine 50%, et plus de 70 ans 23% avec des pourcentages sensiblement identiques dans le groupe témoin non affecté par ce cancer. Il faut rappeler ici que la fréquence d’apparition du cancer de la prostate se trouve être vers la soixantaine. Tous les paramètres socio-économiques ou ethniques et les habitudes de chacun ont été statistiquement pris en compte, comme la cigarette ou l’alcool, ainsi que les maladies sexuellement transmissibles (MST) dont avaient souffert tant les individus contrôles (sans cancer de la prostate) que les autres.

Il est apparu tout de suite que les hommes ayant déclaré n’avoir que très rarement ou n’ayant eu aucune activité sexuelle avaient deux fois plus de chances de souffrir d’un cancer de la prostate. On le suspectait déjà, mais cette dernière étude le confirme. Il pourrait s’agir d’une accumulation de substances toxiques dans le fluide prostatique stagnant dans la glande mais ce point précis ne constituait pas l’objet de l’étude. Aucune corrélation n’a pu être établie sur l’incidence de cancer et les MSTs, quelles qu’elles soient, ayant pu être contractées durant l’activité sexuelle, 12% des hommes interrogés ayant déclaré avoir eu une ou plusieurs MSTs.

Par contre cette étude a révélé des faits pour le moins surprenants. Les hommes hétérosexuels, mariés ou non, ayant déclaré avoir eu plus de 20 partenaires sexuelles (au féminin) différentes étaient significativement moins exposés au cancer de la prostate, 30% de moins, ce qui est considéré comme significatif, par rapport aux lots contrôles fidèles à une seule partenaire, en général, selon l’étude, à leur épouse. Qui plus est, ce même lot (disons les hommes volages) étudié a montré que ceux-ci souffraient de formes moins agressives du cancer, au moins pour 20% d’entre eux. Il apparaît d’ailleurs que cette étude a arithmétiquement montré que beaucoup d’hommes mariés étaient infidèles mais ce n’était pas son objet et il n’en a pas été fait mention dans les conclusions de l’étude…

L’étude a aussi englobé des homosexuels : les résultats sont surprenants. Plus les homosexuels avaient eu de partenaires durant leur vie sexuellement active plus ils étaient exposés à un cancer de la prostate de forme peu agressive, certes, mais dans une proportion alarmante puisque le risque était accru de 500%. Par opposition, les homosexuels fidèles au même partenaire n’avaient pas plus de risque de souffrir d’un cancer qu’un hétérosexuel n’ayant qu’une seule partenaire, comme un homme marié fidèle à son épouse. Ce résultat a conduit les auteurs de cette étude à spéculer sur les causes éventuelles d’un tel résultat. L’hypothèse la plus vraisemblable serait que la prostate subit des traumatismes répétés lors des pénétrations anales.

Que faut-il en conclure ? Puisque les trois quarts des hommes hétérosexuels interrogés et ayant participé à cette étude étaient mariés, faut-il encourager une infidélité conjugale débridée pour prévenir, au moins partiellement, l’apparition de cancers de la prostate ? A contrario, faut-il encourager les homosexuels à être fidèles à un seul partenaire ? Faut-il enfin que les médecins conseillent une masturbation au moins hebdomadaire voire quotidienne aux solitaires ne manifestant aucun intérêt pour la « chose »1 féminine ? La masturbation, qui peut être considérée comme une pratique sexuelle en soi, n’a curieusement pas été abordée dans cette étude. On peut douter que le corps médical prenne le risque de prodiguer de tels conseils, tant aux hétérosexuels qu’aux homosexuels et aux partisans de l’onanisme. Il ressort tout de même que les habitudes sexuelles des hommes sont très intimement, sans jeu de mot, liées à l’apparition de cancers de la prostate.

Source : article paru dans le journal Cancer Epidemiology aimablement communiqué par le principal auteur de l’étude, le Docteur Marie-Élise Parent, vivement remerciée ici, article que l’auteur tient à la disposition de mes lecteurs.

Sur le web.

  1. Il n’y a aucune malice de ma part au sujet du terme « chose » utilisé ici, il ne s’agit que d’une figure de style.