Les Allemands inquiets, Macron va tenter des trucs. Promis.

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Emmanuel_Macron (Crédits : Gouvernement français, licence Creative Commons CC BY SA 3.0)

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Les Allemands inquiets, Macron va tenter des trucs. Promis.

Publié le 25 novembre 2014
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Cela fait quelques jours qu’on entend, pas trop fort mais de façon répétée, le petit Macron émettre quelques doutes sur l’impact positif des 35 heures sur le modèle économique français. Comme d’habitude, ce n’était pas fortuit, et cela répondait à un besoin : celui de préparer, par voie de presse, l’opinion publique à une remise en question de ce dogme socialiste…

Et, on peut le dire, c’est quasiment une révolution qui se joue doucement, en coulisse d’une actualité débridée, puisqu’enfin, certains de nos dirigeants gouvernementaux se disent qu’il faut peut-être remettre à plat l’idée enfantine selon laquelle le travail est un gros gâteau mou de taille fixe dont il faut couper des parts toujours plus petites pour que tout le monde en ait. Rappelons que cette fantaisie, apparue lors d’une discussion à bâtons rompus entre dirigeants du PS à la fin des années 90, histoire d’avoir quelque chose à proposer aux législatives de 1997, n’était soutenue par aucune théorie économique solide (que du contraire, même) et consistait surtout à fournir du grain à moudre aux socialistes dont l’absence de programme crédible commençait tragiquement à se voir. Depuis, la France se trimbale cette usine à gaz légale incompréhensible qui aura permis d’envoyer un message fort à tout le reste de la planète (« ici, on travaille peu »), avec des résultats en terme de création d’emplois particulièrement mitigés pour le dire pudiquement.

Utilisant le prétexte d’un rapport franco-allemand dont des petits bouts croustillants ont déjà commencé à fuiter commodément dans la presse, le gouvernement français a donc décidé d’annoncer jeudi prochain des mesures pour la croissance, en tentant d’assouplir ces fameuses 35 heures et, dans la foulée, en proposant un gel des salaires. Bien évidemment, Macron et Sapin ont tenu à préciser que le rapport n’est pas « finalisé », ce n’était que le travail de deux économistes, ouh là là ne vous emportez pas, ce n’est pas officiel, tralali tralala, on se calme, histoire de se laisser une marge de manœuvre avant de déclencher la furie d’à peu près tout le monde en France.

calm down bro

On voit mal, en effet, comment ces deux principales propositions pourront passer comme une lettre à la poste. Outre les inévitables frictions qu’elles déclencheront au parlement avec des frondeurs qui trouveront là une occasion supplémentaire de se distancier d’un gouvernement de plus en plus urticant, on peut s’attendre à des moments homériques lorsqu’il s’agira de mettre tout ça en pratique. En fait, si l’on s’en tient à l’historique navrant des actions effectives de Macron et de Sapin, tout laisse penser que l’idée de départ d’une remise à plat du temps de travail risque de se retrouver diluée dans les petites compromissions, les arrangements et autres tergiversations habituelles qui forment la marque de fabrique législative de ce quinquennat.

Concernant les 35 heures, reste à savoir si cette dilution sera dans des proportions homéopathiques (du Macron dilué à 30CH, il ne doit pas rester grand-chose en solution) ou si on pourra encore espérer détecter des traces réelles de réforme, qu’un libéral cohérent ne peut qu’appeler de ses vœux. Rappelons que, dans un pays normalement géré (et non gêné) par l’État, le temps de travail devrait être décidé entre les différentes parties prenantes d’un contrat de travail (l’employeur, l’employé, et éventuellement, les organisations professionnelles entre elles, dans la mesure où elles sont acceptées par les deux précédentes parties). Et pour le gel des salaires, on se demande là encore comment l’État va pouvoir l’imposer autrement que sur celui de sa fonction publique, avec tous les risques afférents de gel des services…

macron droiteQuant à l’impact de telles propositions, il dépendra à l’évidence de la vigueur de ce qui sera réellement appliqué mais il sera, au mieux, assez faible. Comme le font justement remarquer les Allemands sans langue de bois dans un article de Quatremer paru récemment, pour le moment, les gesticulations françaises sur le thème des réformes ne sont que poudre aux yeux, et on ne s’est toujours pas attaqué aux dépenses de l’État.

« J’espère que la France va se bouger le cul, sinon elle risque d’entraîner la zone euro par le fond »

« Les Français ont l’impression qu’ils vivent en permanence des réformes structurelles, mais c’est faux, il n’y en a quasiment pas, comme le montre l’absence de baisse des dépenses publiques. »

keep calm and less state, pleaseLe constat par les Allemands de piétinement des dirigeants français, et les petites tentatives timides de Macron de sonder l’opinion publique sur ces propositions montrent en tout cas que les uns et les autres ont maintenant pris conscience de l’ampleur et de l’urgence des actions concrètes à mener. D’ailleurs, ils sont rejoints, tout aussi discrètement, par une certaine base parlementaire. On apprend ainsi qu’un certain Alain Tourret, pourtant bien à gauche (PRG), a lui aussi émis quelques propositions pour le moins détonantes.

Rapporteur sur le budget de la Fonction publique depuis 2012, le député radical de gauche du Calvados a présenté le vendredi 7 novembre son rapport dont le but est d’examiner la politique des effectifs, les rémunérations et l’organisation du travail des 5,37 millions agents publics au regard de l’évolution de leurs conditions de travail depuis 2002 et des contraintes budgétaires actuelles. Et en terme de propositions donc, force est de constater que le petit gars n’y va pas avec le dos de la cuillère : au milieu d’une quinzaine de propositions facile à gober puisqu’essentiellement paperassières, on trouve ainsi une réduction voire un gel des effectifs des collectivités territoriales, la possibilité d’une rupture conventionnelle des contrats de travail dans la fonction publique, et la réintroduction de la journée de carence des fonctionnaires.

procrastinate now panic laterLà encore, on ne peut qu’être surpris de cette franchise et de la dose de courage qu’il faut pour proposer ce genre de choses alors que le pays, tout entier, est en train de s’arc-bouter dans un tétanos terminal sur un passé depuis longtemps révolu, et alors que ses dirigeants ont absolument tout fait, sur les cinq dernières années notamment, pour temporiser la moindre action décisive au point d’élever la procrastination politique au rang d’art. On peut d’ailleurs soupçonner, comme pour Macron, Sapin et leurs petits camarades allemands inquiets, que l’urgence générale (qui doit par moments friser la panique en hauts-lieux) commence à percoler doucement chez les uns et les autres, d’autant que s’accumulent des rapports alarmants (en dernier, un du sénat sur les finances publiques désastreuses).

Mais là encore, on peut s’attendre à un décalage notoire entre les intéressantes propositions, les bonnes résolutions et la mise en pratique.

C’est assez triste à dire, mais de la mesure de ce décalage dépendra l’avenir du pays. S’il est faible, c’est que, malgré les frictions, les grognements et les oppositions du pays, le gouvernement et quelques députés un peu moins déconnectés de la réalité que les autres, finissent par entamer les démarches qu’il faut. Seront-elles suffisantes ? Probablement pas, mais ne pas les faire, c’est la faillite assurée. Et si ce décalage est fort, si la pratique revient à des bricolages millimétriques comme toutes les magnifiques réformes tentées jusqu’à présent, on aura une preuve supplémentaire de l’absence totale de courage et de conviction des dirigeants et de l’appareil politique.

Macron va tenter des trucs, promis. Je lui souhaite bon courage. Mais je ne miserai pas ma chemise dessus.

Procrastination
—-
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  • L’image du travail est assez pathétique en France.
    Par exemple, prenez une fine équipe constituée d’ingénieurs et de super-commerciaux. Regardez les arriver à 9h30 et rester jusqu’à point d’heure le soir.

    L’idéologie du travail n’est pas basée sur la production d’un bien ou d’un service. Il s’agit de faire semblant de faire. 35 h c’est déjà beaucoup trop.

    Les personnes qui produisent sont pour des raisons économiques, hors de France. Le simple fait que le coût de production y est moins cher. Reste une bonne grosse partie de branleurs qui payent pour une autre grosse partie de chômeurs tout autant branleurs.

    La France, ce pays du club med, où les vacances sont toujours gratuites (mais coûtent une blinde quand même)

    • Quittez ce pays s’il ne vous convient pas (ou alors vous faites parti d’une des deux catégories de branleurs?) il y a dans le monde pleins d’endroits où vous serez accueilli à bras ouverts pour faire autant d’heures que vous voulez et où la Liberté vous permettra de mettre vos gamins à l’usine parce que merde, business is business…

      • Sinon quoi ❓ La valise ou le cire-couilles ❓
        :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:

      • C’est bien, réactions toujours un tantinet ridicule et exagérées pour effrayer mémé.
        ça ne marche plus.

        La réalité commence à rattraper ce petit monde.

      • Vous avez quoi contre l’usine ?

      • Je peux pas je suis GO.

        Mon boulot c’est d’accompagner les branleurs dans le mur. C’est un boulot à plein temps qui est payé par les 2 catégories de branleurs (mdr qd même), et même (en plus), d’autres fainéants comme les retraités, cotisent également pour ce bonheur et ce gros foutage de gueule collectif.

        Donc, non, j’ai vraiment de quoi faire en France.

      • L’usine n’est pas le mal absolu. Mieux vaut travailler en usine que passer ses journées à se croiser les bras.

      • Bonjour zereth
        Bel argument sarkozyste…
        « la france tu l’aimes ou tu la quittes »
        Ici on n’est pas trop sarkozyste.

        • Je suis pas vraiment sarkosyste non plus… Après E-moi ayant l’air d’être un amoureux du dur labeur je lui suggère d’aller faire un petit stage dans un pays où le travail est dérèglementé, il trouvera probablement son bonheur dans la semaine de 60h et sera de fait peut être mieux placé pour désigner l’ensemble des français comme des branleurs.

          • Mon cher Monsieur

            Je vous suggere de vous l’appliquer ce conseil plutot que de l’agiter comme une menace.

            Je suis dans un pays dérégulé et je m’en mets plein mes poches (et non pas Sa Poche) en faisant 40h.
            Contrat de 3 mois reconduit, je nage dans le bonheur, le méritocratie a du bon, pas de place pour les médiocres.
            Bien sur je suis un malade qui s’ignore, direz-vous…

          • On est pour la liberté, donc contre une durée légale du travail.
            L’état n’a pas à s’occuper du contrat de travail, c’est une affaire privée entre le salarié et son employeur.
            Si vous ne voulez pas travailler c’est votre choix, mais n’imposez pas votre choix aux autres. Et surtout ne venez pas pleurnichez parce que les usines vont ailleurs.
            Ben oui travailler c’est dur… c’est pour cela qu’on est payé.
            Quant au couplet sur les enfants aux travail, ce sont les pays non libéraux qui sont coutumiers de ces pratique.
            Cordialement.

          • Oh mais si, j’aime que le Français cravache dur. Qu’il gagne beaucoup d’impots, de taxes, de lois et d’emmerde. Le Français est courageux, mais bête comme un âne. Il adore faire semblant de travailler. D’ailleurs ne paie t’il pas des élus pour protéger ses droits ?

            J’en reviens à ma conclusion: 35h, c’est déjà beaucoup trop en France.

    • Oui, tu as raison, descendons très vite à 30 heures payés 40. C’est du n’importe quoi. Donc la dame des 35 heures doit reprendre du service?

  • et que l’opposition républicaine n’offre pas une alternative crédible : « l’UMP n’est pas un partenaire intellectuel sur l’Europe pour la CDU. C’est juste un syndicat destiné à élire un président », a même résumé crûment Christian Ehler. Le sentiment dominant à Berlin est que la classe politique française est, pour le dire poliment, totalement dans les choux.

    Parfaitement décrit, le paysage politique français. Rien à ajouter ❗

  • Le titre de l’article aurait pu être :  » Macron va tenter des trucs, Les Allemands inquiets »

  • Les 35 heures (leur suppression ou plus vraisemblablement leur contournement), ce sera probablement le premier chantier du prochain gouvernement quel qu’il soit (après avoir promis juré qu’il n’en ferait rien durant la campagne électorale). Mais ce n’est sûrement pas le gouvernement actuel qui va s’y risquer à 2 ans des élections – faut quand même pas cracher dans la soupe.

    La raison est simple : ça n’oblige pas les politiques à se remettre en cause sur leur utilité, à faire des économies et leur permet de continuer à pondre une multitude de lois stupides inutiles ou néfastes.

  • « …… on aura une preuve supplémentaire de l’absence totale de courage et de conviction des dirigeants et de l’appareil politique » !!!!
    Comme vous êtes naïf H16; Je ne pensais pas ça de vous …

  • Je ne parierai pas un centime sur la capacité de ce gouvernement pour mettre en place une infime partie de ces réformes.
    PS, syndicats,verts… tous unis pour les empêcher d’être mises en oeuvre.
    Pas de réforme = catastrophe économique.
    Réformes = catastrophe dans la rue.
    Pour moi, il n’y a qu’une seule solution, un renouvellement du politique lors d’élections anticipées permettant au gouvernement, venant d’être élu, d’avoir une certaine légitimité, légitimité totalement perdue par hollande (dit la source!).

  • « Macron va tenter des trucs. Promis. »
    si macron arrive à créer un observatoire,ou plein de potes du ps vont bouffer et boire à nos frais,pour éventuellement pondre un rapport qui finira dans une boite en carton(sans etre rendu public,mais avec des petites fuites plus ou moins organisées pour faire le buzz)c’est qu’il a compris à quoi sert un ministre fraonçais

    • En fait c’est pas une option, l’Etat est all inclusive.
      J’adore mon image du Club Med avec des GO (les ministres), les clients (les contribuables), et surtout que ça coute une blinde.

      Par contre la grosse différence est qu’au club Med on paye une fois et on peut effectivement manger comme un porc, juste dormir ou faire du sport.

      Donc, nous avons une version plus communiste du club Med. On paye, bon…on paye. Et puis pchuiiiit, Rien.

      Dommmmmage, la magie quoi ! Combien de temps le gogol Français v’a t’il prendre pour comprendre ?

  • Contrairement à ce que soutiennent les dirigeants politiques, la réforme de l’Etat français n’a toujours pas été lancée. D’après les dernières statistiques, les dépenses publiques ont même augmenté de 0.8 % au troisième trimestre 2014. Alors que la France dépense déjà 13 points de plus de PIB par rapport à l’Allemagne (57 % contre 44 % du PIB), cette hausse, même minime, montre que l’Etat français continue à grossir. La preuve est d’ailleurs donnée par le dernier Rapport (bizarrement, passé inaperçu) sur la fonction publique que vient de réaliser la DGAFP (Direction Générale de l’Administration et de la Fonction Publique).

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