Relancer le secteur manufacturier pour la prospérité économique en Afrique

Ce n’est pas en se contentant d’exporter des matières premières que le continent va accéder à la prospérité économique.

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Manufacture Afrique Jan Dudas (Creative Commons)

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Relancer le secteur manufacturier pour la prospérité économique en Afrique

Publié le 24 novembre 2014
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Par Lanre Olagunju
Un article de Libre Afrique

Manufacture Afrique Jan Dudas (Creative Commons)

La part de l’Afrique dans la production manufacturière mondiale est passée de 0,9% à 0,8% entre 1980 et 2001. En 2012, ça n’a pas beaucoup changé puisqu’elle stagne à 1%. Il est assez difficile de ne pas faire le lien avec le fait que 25 des pays les plus pauvres au monde se trouvent en Afrique. Soulignons que ces deux dernières décennies, c’est la prédominance de l’industrie manufacturière de l’Afrique du Sud qui est à l’origine de 27,3% de la valeur ajoutée manufacturière créée par l’Afrique subsaharienne. Déprimant alors qu’il existe 54 pays en Afrique ! Cela signifie que les autres pays du continent somnolent. Il est clair que le continent et plus particulièrement l’Afrique subsaharienne, est la région la moins industrialisée du monde.

La question cruciale est de savoir comment les Africains ou les dirigeants espèrent parvenir à une prospérité économique durable par l’importation constante de cure-dents, de crayons, d’allumettes, de bougies et d’autres objets, qui normalement ne nécessitent aucune connaissance scientifique pour les produire ? Combien de temps l’économie africaine comptera essentiellement sur la production agricole et l’extraction de minéraux, sans ajout de valeur, générant des revenus limités pour sa population largement rurale et frappée par la pauvreté ? On dit que le moment opportun pour diversifier l’économie africaine était il y a quelques décennies. Sortons des discours et décidons que le prochain meilleur moment est maintenant ! Les pays africains doivent diversifier leurs économies et réduire ainsi leur dépendance à la production primaire et à l’extraction des ressources naturelles.

Ne pas se limiter au secteur primaire

L’Afrique est fortement tributaire de l’exportation de matières premières comme le cacao, la laine, le pétrole brut, l’arachide, le manganèse, l’or et le reste à l’état brut, sans aucune valeur ajoutée tangible. Pourtant, économiquement parlant, notre monde est orienté vers la création de valeur. Ce n’est pas en exportant des matières premières dans leur forme la plus brute que le continent va accéder à la prospérité économique. Quoi de pire que de formuler des vœux pieux qui ne sont suivis d’aucune action ! Dépendre de l’exportation de matières premières rend les pays africains vulnérables aux fluctuations des prix sur le marché mondial, et dilue leur avantage comparatif, celui de l’abondance des ressources naturelles. Certains pays vont même jusqu’à exporter des matières premières et en retour importent les produits finis issus de ces mêmes matières premières.

Si l’on se tient aux données publiées par le ministère de l’Énergie des États-Unis, le Nigeria est actuellement le premier et le deuxième importateur, auprès des États-Unis, respectivement de kérosène et de carburéacteur. Si le premier producteur de pétrole brut en Afrique importe encore plus de 80% des produits pétroliers à cause de la négligence du devoir, l’incapacité à posséder des raffineries fonctionnelles, la corruption et l’incompétence des anciens et actuels dirigeants, alors il est clair que la route vers la prospérité économique du soi-disant géant de l’Afrique sera encore longue. Le Nigeria peut-il laisser fuir des capitaux massifs et espérer un développement tangible ? Il convient de noter que l’on estime à environ 70% la part de richesse privée du Nigeria détenue à l’étranger. Les experts économiques sont également préoccupés par le fait que l’Afrique est un exportateur net de capitaux lors des deux dernières décennies, en dépit de son incapacité à s’industrialiser. N’est-il pas étonnant que, malgré cette sombre réalité, les Africains dépensent autour de 4 milliards de dollars chaque année pour les salaires de plus de 100 000 expatriés qui travaillent en Afrique ?

Créer de la valeur

Si l’Afrique veut à jamais réaliser pleinement son potentiel industriel, une plus grande attention doit être accordée à l’amélioration des compétences. Le système éducatif devrait être revu, amélioré et dynamisé pour répondre aux besoins du continent avec efficience. Beaucoup de jeunes ont besoin d’être dotés de vraies compétences.

Au-delà, la réalisation de l’industrialisation suscite un énorme besoin, d’énergie stable et accessible, d’infrastructures de transport de qualité, d’un niveau plus élevé de productivité et aussi d’une épargne suffisante à la réalisation de gros investissements pour la création d’entreprises manufacturières. Cela est nécessaire parce que l’industrialisation aujourd’hui nécessite des capitaux énormes et une main-d’œuvre hautement qualifiée.

En regardant l’histoire des pays qui sont parvenus à accumuler de la richesse, on conclut aisément qu’il est impossible de se développer sans avoir investi dans le secteur manufacturier. Ce constat devrait stimuler  les dirigeants africains d’autant que le développement de ce secteur permet l’essor du secteur privé, seul vrai créateur de richesse, épine dorsale de toute économie.

Les experts économiques ont identifié une corrélation directe entre les niveaux d’exportation et le succès économique d’un pays. Un secteur manufacturier florissant va certainement créer des emplois, seule voie pour réduire la pauvreté.


Article initialement publié en anglais par African Liberty. Traduction réalisée par Libre Afrique.

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  • Très intéressant mais l’évocation du volet éducatif est bien trop brève. Tout commence là.
    L’enseignement technique devrait être privilégié de bas en haut du cursus, adossé à des possibilités d’apprentissage facilement accessibles. La création de TPE/PME industrielles devrait en conséquence avancer de conserve.
    Pour le moment, l’Afrique a moins de besoin d’avocats ou de commerçants internationaux que d’ingénieurs de terrain (style Arts & Métiers) et de techniciens « huile et cambouis ».
    On verra plus tard pour l’Armani et les Rayban 🙂

    • bonjour Catoneo, je parles ici d’expérience (formation de techniciens aux forages) sur le terrain .A ma grande déception et une certaine amertume Depuis les années 60 et quelques ,ça n’a malheureusement pas servit à grand-chose , les progrès ne sont pas infimes ; ils sont inexistants ! Les cours ont cessés dès notre départ – le matériel pédagogique dispersé on ne sait où – les installations : Tuyauteries / foreuses/ groupes électrogènes / compresseurs quasiment à l’abandon , au point que ceux de mes ex collègues qui, ayant constaté de visu l’état dans lequel se trouve tout ce matériel dont j’étais responsable ; osent à peine m’en parler !
      De part d’autres expériences ( maritimes celles-là ) plus récentes , je suis fondé à penser que vous aurez-beau emplir ce tonneau des Danaïdes autant que vous voudrez ,ces gens sont infichus de s’assumer !
      En résumé , je crois inutile de poursuivre tout effort financier ou éducatif envers des gens qui n’ont aucune intention véritable de se mettre au travail .

  • Les commentaires sont fermés.

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