La démocratie selon Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris

Anne Hidalgo (crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Le conseil de Paris a voté contre la tour Triangle, le maire de Paris a donc décidé d’annuler le vote…

Par Le Parisien Libéral.

Anne Hidalgo (crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Si vous êtes Parisien (et même si vous ne l’êtes pas), alors vous savez que le conseil municipal de la capitale délibérait, ce lundi 17 novembre 2014, sur un point « purement technique », à savoir la délibération 2014 DU 1117 proposant le déclassement de l’assiette de la Tour Triangle et la signature d’une promesse de bail et d’un bail à construction relatif à la réalisation de la Tour Triangle, dans le 15eme arrondissement.

En général, en démocratie (et la France en est encore une), quand on vote, l’organisateur du scrutin accepte par avance le résultat. Pas à la mairie de Paris ! Les élus se sont prononcés contre le projet de la tour Triangle, défendu par l’exécutif, par 83 voix contre 78. Mais Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris a considéré le vote comme « nul » !

Hidalgo a décidé de contester le résultat du vote, sur le prétexte que certains conseillers ont montré leur bulletin sur Twitter et devant les caméras, alors qu’il s’agissait d’un vote secret, une fois que le résultat était connu, et non pas quand les incidents avaient eu lieu. Du coup, Anne Hidalgo conteste le vote. C’est ça la démocratie selon Hidalgo ? Soit vous êtes avec moi, soit vous êtes hors la loi ?

On croit rêver ! Le Parti socialiste qui nous dit qu’il est sain que la France s’engage dans des guerres « contre le terrorisme » et « pour la démocratie » aux quatre coins du monde, est le même parti qui, à Paris, dénie la légitimité démocratique des élus ? Est-ce qu’il faut que l’ONU donne un mandat à l’armée malienne pour qu’elle vienne expliquer la démocratie à Anne Hidalgo et libérer Paris ?

En réalité, Anne Hidalgo devrait au contraire remercier ses opposants !

Tour Triangle - Credit Herzog et de Meuron (tour-triangle.com)D’une part, le rejet du projet par une coalition conservatrice (UMP), centriste (UDI) et écolo (EELV) est une bonne nouvelle pour la démocratie : pour une fois, les élus font ce à quoi ils se sont engagés durant une campagne. L’UMP, l’UDI et EELV n’ont jamais caché être contre le projet de la Tour Triangle. Un vote en conscience, individuel, sera toujours mieux qu’un vote de coalition, répondant à une oukaze tombée d’en haut.

D’autre part, Anne Hidalgo pourra s’appuyer sur le vote de son opposition pour expliquer à Bertrand Delanoë (vous savez, l’ancien maire qui a toujours un bureau et un secrétariat à l’Hôtel de Ville, celui qui a avancé ce projet) et à Unibail Rodamco que tout ça, ce n’est pas sa faute, c’est juste la faute à la démocratie. En effet, ce projet de tour sur un bout de terrain dans le sud du XVe ressemble furieusement à du capitalisme de connivence. En effet, si on en croit l’analyse de Serge Federbusch, le deal de la Tour Triangle a pour contexte le don à Unibail Rodamco de la pleine propriété du centre commercial des Halles et le renouvellement de sa concession du parc des expositions de la porte de Versailles. Certes, il n’y a pas un sou d’argent public dans le projet Tour Triangle. Mais l’alliance entre cette respectable société du CAC 40 et la mairie de Paris a-t-elle clairement été expliquée à l’électeur socialiste ?

Enfin, le rejet de la Tour Triangle permettra à Anne Hidalgo de penser, enfin, à une stratégie pour Paris, et à une politique de coopération avec les communes de banlieue. On nous dit que Paris manque de surfaces de bureaux (c’est amusant lorsque c’est Ian Brossat, le communiste qui veut 30% de HLM dans Paris, qui le dit !), mais la majorité municipale parisienne a-t-elle remarqué qu’à quelques stations du périphérique, on construit ou on cherche à écouler des mètres carrés vides ? Hidalgo (qui cumule pourtant au Conseil Régional Île-de-France) et Brossat sont-ils si coupés du monde pour qu’ils n’aient jamais entendu parlé de la Défense, de la Plaine Saint-Denis, de Roissypole ou du futur aménagement du plateau de Saclay ? Oui, mais la contribution économique territoriale (qui remplace la taxe professionnelle ), elle, est touchée par ville et non pas par région. De plus, n’est-ce pas la ville de Paris qui a un énorme souci de budget (il manque 400 millions ?), de dettes impayées par l’État (le milliard d’euros des Parisiens offert par Hidalgo et Delanoë à l’État socialiste ?) et de départ des entreprises ? C’est exact !

Du coup, à Anne Hidalgo d’expliquer qu’en fait, son projet politique de « soviétisation » de l’immobilier parisien ainsi que l’héritage de la double mandature Delanoë, dont elle faisait partie, vont rendre les conditions d’exécution du budget parisien très difficiles ces prochaines années. Autrement dit, après avoir fait n’importe quoi pendant douze ans, Anne Hidalgo a menti – au moins par omission, au pire par incompétence – pour être élue, sachant que son programme était dangereux et néfaste.

Pourquoi Anne Hidalgo n’explique-t-elle pas tout cela au lieu de convoquer l’État, via le préfet, et la justice dans les affaires parisiennes ?


Sur le web