La chaire « Data Scientist » de l’X est née !

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Etudiants de Polytechnique au défilé du 14 juillet 2014 (Crédits : Vince11111, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

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La chaire « Data Scientist » de l’X est née !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 novembre 2014
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Par Thierry Berthier.

Etudiants de Polytechnique au défilé du 14 juillet 2014 (Crédits : Vince11111, <a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="_blank">licence CC-BY 2.0</a>), via <a href="https://www.flickr.com/photos/102670102@N04/14661199094/in/" target="_blank">Flickr</a>.
Etudiants de Polytechnique au défilé du 14 juillet 2014 (Crédits : Vince11111, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Le 15 octobre 2014, Geneviève Fioraso, Secrétaire d’État à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, parrainait la création de la chaire d’enseignement et de recherche « Data Scientist » de l’École Polytechnique, portée par la fondation de l’X et soutenue par les groupes Thales, Orange et Keyrus. Cette création pertinente s’inscrit pleinement dans le cadre du plan Big Data adopté en juillet 2014. De son côté, l’Union Européenne va investir 500 millions d’euros dans le Big Data entre 2016 et 2020. Les études récentes prévoient (de façon unanime) que le marché du Big Data connaîtra une croissance annuelle de 40%, passant de 8,9 milliards de dollars en 2014 à 24,6 milliards en 2016.

En France, le chiffre d’affaire du Big Data devrait atteindre les 9 milliards d’euros en 2020 et provoquer la création de 130 000 emplois dans le secteur. Eric Cohen, le PDG du groupe Keyrus, mécène de la chaire, spécialiste de la Data Intelligence, souligne que « Depuis trente ans, les décisions entrepreneuriales restaient de l’ordre de l’intuition. On se fondait sur des sondages dont les résultats pouvaient être incertains ou mal interprétés. Aujourd’hui, l’émergence de cette data science permet aux entreprises de prendre des décisions rationnelles fondées sur l’interprétation de données objectives et fiables ».

Les objectifs et les enjeux de la chaire Data Scientist

Dans une interview donnée à Silicon.fr, Bruno Teboul, Directeur scientifique, R&D et innovation du groupe Keyrus précise les trois objectifs de cette chaire et décrit les évolutions de la demande dans le domaine des données massives :

« Les objectifs de la chaire Data Scientist en tant que chaire d’enseignement et de recherche sont multiples et sa genèse est née du constat suivant : le Big Data nous impose de concevoir de nouvelles méthodes et technologies en matière d’exploitation de ces mégadonnées associant les mathématiques appliquées, l’algorithmique, l’informatique avancée et le management. Et ce afin d’extraire le sens et la valeur des informations pertinentes au service de la performance des acteurs économiques. Notre premier objectif est de soutenir l’École Polytechnique et le plan Big Data du gouvernement, en œuvrant à la reconstruction de la souveraineté numérique de la France qui doit faire de notre pays un leader mondial dans le domaine du traitement des mégadonnées.

Les entreprises doivent désormais faire face à ces nouveaux défis et donc recruter des profils rares et très pointus, dont l’École Polytechnique par son excellence pluridisciplinaire rend légitime et possible. Notre deuxième objectif est de former les bataillons de « Data Scientists» capables de maîtriser ces nouveaux enjeux scientifiques, techniques et économiques. C’est ainsi que nous allons créer toute une filière de formation et d’emploi, une filière d’avenir pour la France, qui permettra de faire rayonner l’enseignement supérieur français dans le monde entier. L’une des activités phares de cette chaire étant son programme de formation des élèves polytechniciens au métier de Data Scientist, complété par le lancement d’un Master 2 en Data Science. Notre troisième objectif est d’intégrer ces profils une fois diplômés au sein de nos équipes chez Keyrus, Thales et Orange en leur proposant, pour commencer, des stages au cours de leur scolarité. Enfin, notre quatrième objectif se focalise sur la recherche fondamentale en « Data Science ». Nous encouragerons et soutiendrons les recherches originales et leurs publications dans des revues scientifiques prestigieuses, tout en innovant par le déploiement de projets disruptifs en traitement des mégadonnées (algorithmique, génie logiciel).

Notre souhait est de répondre aux besoins précis du marché – pénurique – en matière de formation de Data scientists par des parcours et des programmes d’excellence dispensés par l’École Polytechnique. Depuis la nouvelle spécialisation du cycle d’ingénieur polytechnicien par la création d’un Master 1 en Data Science, en passant par l’ouverture d’un Master 2 délivré conjointement par l’X et Telecom Paristech, jusqu’aux formations doctorales. Celles-ci correspondent à un besoin chez nombre d’industriels, dont nos propres partenaires Thales et Orange. Ils accueillent déjà ce type de profils, des doctorants sous contrat alliant à la fois intelligence théorique et pratique, ouverture d’esprit et sens de l’innovation. Néanmoins, le spectre de connaissances et de compétences étant extrêmement large, pour former de véritables Data Scientists il conviendra d’envisager également des enseignements autour du marketing, du management et du consulting. Il s’agit d’acquérir les « soft skills » qui permettront aux virtuoses du traitement des données massives de présenter leurs résultats de manière intelligible et visuelle :l’art de la datavisualisation étant crucial, en tant que « last mile » de la data science. Pour ce faire, nous envisageons d’étendre à d’autres départements de l’X leurs participations pédagogiques. Nous pensons à l’économie, l’économétrie, la finance, les sciences de gestion, les sciences humaines et les « humanités numériques ».

Nous constatons une augmentation significative des projets autour de l’analyse prédictive– mais nous sommes dans la continuité de notre cœur de métier autour du décisionnel et sur des processus statistiques dit supervisés, fondés sur l’historique –, ainsi que sur l’analyse des données non-structurées (essentiellement web et réseaux sociaux) à des fins de connaissance client et de segmentation marketing plus fine et augmentée. En parallèle, nous recevons beaucoup de consultations et d’appels d’offres autour d’études de cadrage et d’opportunité Big Data ou bien sur des problématiques plus techniques liées aux architectures Big Data et notamment à la clusterisation Hadoop, en environnement Cloud.

Peu d’acteurs comprennent réellement ce quel‘exploitation des données massives en temps réelpeut leur apporter comme effet de levier et/ou comme catalyseur en matière de prise de décisions. Même les acteurs du web et du e-commerce français sont en retard sur le sujet et n’ont toujours pas saisis l’intérêt du machine learning par exemple, de l’algorithmique au service de la prédiction et de la recommandation. Nous sommes dans la deuxième étape de l’acculturation, de l’évangélisation, après la période « buzz word », il y a eu une phase courte de rejet. Désormais, nous mettons en place un grand nombre de projets via une démarche de « maïeutique » qui fait éclore « in vivo », en mode « lab » les projets Big Data portés par les métiers. Le principal frein a souvent été les désaccords, les controverses incessantes entre DSI et Direction Marketing sur les projets Big Data. Le manque d’expertise étant le critère qui désormais revient le plus souvent chez nos clients et qui constitue maintenant une énorme opportunité justifiant notre démarche de création de chaire Data Scientist. »

Big Data et cybersécurité, la force des 6V

Côté mécènes et partenaires, la chaire s’appuie sur un socle particulièrement solide. Orange, Thales et Keyrus sont des groupes qui possèdent tous un savoir-faire et une pratique très affûtée des grands volumes de données. Ces partenaires vont apporter leurs expertises complémentaires dans les interactions de recherche, de développement et de mise en production d’outils de collecte, de traitement et d’analyse des données. L’analyse prédictive qui impacte aujourd’hui de nombreux secteurs, devrait figurer en bonne place dans les priorités de formation et de recherche de la chaire.

Lorsque l’on cherche à résumer le profil des données massives, on retrouve les classiques « six V » que sont Volume, Variété, Vélocité, Visibilité, Véracité et Valeur d’une donnée. Si le volume, la variété, la vélocité et la visibilité d’une donnée sont des qualités qui se mesurent assez simplement, la véracité et la valeur restent quant à elles beaucoup moins simples à évaluer. Massive ou non, une donnée peut être l’objet de cybermanipulations ou de transformations réalisées dans un contexte de concurrence ou de duel projeté sur l’espace numérique. La création d’un corpus de données fictives destiné à corrompre ou à tromper un système de collecte et d’analyse est techniquement réalisable. La cybersécurité rencontre à ce titre le Big Data et plus particulièrement les technologies prédictives. Par définition, un système d’analyse prédictive exploite des données pour construire une prévision à partir d’un historique et de données statistiques. Compromettre ou orienter le volume des données d’appui revient à modifier les hypothèses structurant la prévision et à fausser les conclusions. En bout de chaîne, le donneur d’ordre qui souhaite appuyer sa décision sur le système prédictif est à son tour trompé. Noyé dans un océan de données collectées, le corpus des données fictives peut facilement passer inaperçu si des fonctionnalités de contrôle de véracité et d’intégrité ne viennent pas renforcer et sécuriser le système prédictif.

La chaire Data Scientist développera certainement une recherche orientée vers la sécurité des données massives. Elle pourra d’ailleurs facilement s’appuyer sur l’expertise du groupe Thales en la matière. Il faut souligner que Thales est partenaire depuis le 2 juillet 2012 de la chaire de cyberdéfense & et cybersécurité Saint-Cyr-Sogeti – Thales. Depuis deux ans, la chaire Saint-Cyr produit une recherche de qualité dans les domaines de la cybersécurité et en particulier dans celui de la mesure des cybermenaces. Plusieurs publications de la Chaire Saint-Cyr traitent de la véracité et de la valeur d’une donnée. Les résultats obtenus s’appliquent aux données massives.
Les deux chaires de recherche « Data Scientist » et «Saint-Cyr Cyberdéfense-Cybersécurité » soutenues par le groupe Thales pourraient d’ailleurs facilement mutualiser leurs efforts et coopérer sur des sujets de recherche communs…

La meilleure réponse de l’X face à ses détracteurs…

Depuis quelques temps, l’École Polytechnique fait l’objet de critiques particulièrement injustes et infondées. Ainsi, un accord scientifique signé entre Polytechnique et le Technion a été dénoncé dans une pétition relevant de l’ingérence, lancée par une association de défense des intérêts palestiniens et relayée par Médiapart.

Un rapport parlementaire est revenu sur le problème de la pantoufle alors que celui-ci a été réglé depuis plus d’un an… Une mauvaise position au classement de Shanghai a suscité des réactions et des commentaires dans la presse totalement déconnectés de la réalité.

J’attribue ces attaques récurrentes à un mouvement plus général de rejet des élites qui gangrène le débat politique français. Ce rejet impacte l’ensemble des très grandes écoles, l’ENA, HEC, SciencesPo et Polytechnique. Alors que ces écoles rassemblent les élèves les plus brillants de la nation, certains n’hésitent pas à remettre en question, par un populisme mortifère, l’excellence des formations et des élèves. Les attaques récurrentes subies par l’X vont à l’encontre du bon sens stratégique. Nous entrons de plain pied dans l’ère des mutations technologiques exponentielles et de la convergence NBIC. Le quotient intellectuel et le « neurone » constituent le carburant de l’ascension technologique. L’X est un formidable réservoir de QI qu’il convient d’orienter vers l’innovation et la création de progrès. Comme de nombreuses initiatives de l’École, le lancement de la chaire Data Scientist démontre une parfaite perception des priorités stratégiques utiles au pays.


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  • C’est très bien que l’X s’intéresse aux sujets qui seront à la mode et donc largement financés dans les années à venir. De là à prétendre que le big data est une discipline et à louer la vision de l’X dans ce domaine, il y a quand même un pas. Je trouve au contraire cet article inquiétant, je n’y vois pas une vision pleine d’anticipation, mais une simple réponse aux lobbyings des buzzwords des cabinets ministériels et des grosses boites qui en dépendent pour leurs subventions de R&D. Oui, l’X est réactive, tant mieux, mais être réactif ne suffit pas à devenir un leader.

    • Mais l’X est déjà un leader. Mettre la matière grise de nos polytechniciens au boulot sur ce thème est une excellente initiative. Le big data c’est un domaine d’application idéal pour les probabilités, les statistiques, le génie logiciel, l’économie, le marketing… Des outils sophistiqués appliqués à des problèmes concrets.

      • Bien sûr. Sauf que de mon temps, on apprenait les probabilités, les statistiques, le génie logiciel, l’économie à l’X, on découvrait le contexte de l’application à des problèmes concrets en école d’appli, et on choisissait, provisoirement vu la fugacité des modes, son application ensuite dans la vraie vie. L’avantage, c’est que le jour où l’application est devenue triviale, voire obsolète, on a toujours la possibilité de reprendre ses compétences et de les valoriser dans un nouveau contexte. Tandis que sinon, on est tenté par le déni et le soutien artificiel à son domaine dépassé, parce qu’on ne conçoit pas comment réorganiser et développer ses compétences hors du contexte où on les a cantonnées dès le départ. Pour moi, une formation « big data », c’est comme une formation « énergies renouvelables » : des compétences particulièrement utiles, conjoncturellement regroupées pour satisfaire un besoin, mais dont il est bien peu probable qu’elles ne doivent pas être réarrangées sur d’autres sujets dans la durée d’une carrière. Et ce regroupement est, à mon avis, du ressort de l’école d’appli et risque de nuire à la réutilisation des compétences acquises à l’X s’il y est déjà effectué.

        • Vous pointez du doigt le problème de formations qui sont obsolètes au bout de 20 ans, voire 10 voire 5 dans le domaine concerné, l’informatique. Mon cours d’informatique en 1980 se faisait sur des ordinateurs à 1Mo de RAM, on étudiait la théorie… et la seule manipulation de l’année fut sur la méthode pour entrer un disque souple d’1 Mo dans le lecteur… Bien sûr la mentalité de formation continue doit être généralisée à notre époque. Les diplômes d’élites permettent-ils, quant à eux, cette remise en question totale d’un savoir après 10, 20, 30 ans ?

          • Il faut raisonner sur des échelles temporelles courtes : construire des programmes de R&D sur cinq ans, et rechercher une efficacité presque immédiate. L’innovation dans le domaine des données (massives ou non) suit une croissance exponentielle. Une projection à 20 ou 30 ans n’a pas de sens compte-tenu de la vitesse de la convergence NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitive et Neuro technologies).
            Nos amis américains de Google, de Cisco, de la Nasa, des GAFA et de l’Université de la Singularité se préparent à 2045, l’année de la Singularité. 2045 c’est dans 30 ans…

            • J’ai appris beaucoup de choses fort intéressantes sur votre blog depuis nos dernières discussions. Le dernier sur le concept d’Uncanny Valley et le sujet Sweetie était incroyable de perspectives pour débusquer à terme les terroristes et les prédateurs sexuels qui se servent du web.

              Par ailleurs je suis très préoccupé par ce seuil théorique de l’année de la singularité (2045), sachant toujours les erreurs de diagnostic fournis par les analyses prospectives, souvent le fait de romanciers plus préoccupés par leur angoisse vitale personnelle que par le réalisme, sachant que l’homme produit ses propres forces d’autodestruction par une recherche technologique sans barrières mais sait aussi toujours se prémunir à terme contre les dérapages et les pertes de contrôle de celle-ci.

              L’atome par exemple et sa maîtrise, encore un sujet d’angoisse chez nos écolos bon chic bon genre : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/hubert-reeves/hubert-reeves-sommes-nous-si-peu-de-choses-05-11-2014-1878800_1914.php

              Et sa question sous-jacente, phobie identique à celle de cette année de la singularité. Soit combien de temps une civilisation humaine survit à sa technologie ou combien de temps une civilisation survit à l’énergie atomique ? Regardons par ailleurs l’intelligence des humains pour réussir à contrôler sur la Route du Rhum des machines tout bonnement inhumaines, conçues pour des équipages de 14 hommes ! Les hommes des années 1970 auraient certainement parlé de folie délirante pour ce qui se passe sur notre plan d’eau atlantique en ce moment même…

              On a souvent vu depuis 50 ans les angoisses humaines véhiculées par le cinéma relayées par les découvertes scientifiques du moment : on est passé de la phobie des oiseaux, à celle des insectes, des virus et des bactéries, puis celle des extra terrestres et des dinosaures ressuscités par l’ADN, enfin par les machines prenant le contrôle. Phobies qui au cinéma prenait toujours les dimensions tragiques de fins du monde.

              La singularité technologique se nourrit évidement de Terminator mais le film agit aussi comme une médication pour que les scientifiques n’oublient jamais le « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Combien de phobies (celle écologique des années 1970 sur le jour de Terre qui prévoyait la fin du monde en 2000) ont ainsi été annihilées (renvoyées aux barbus des grottes de Lascaux) parce que la réalité ne rejoint jamais (rarement) la fiction ; parce que l’humanité crée, en parallèle des inventions létales ou dangereuses pour son existence, les anticorps nécessaires à la survie ? Une invention dangereuse voit souvent la naissance en parallèle d’un comité d’éthique. C’est le propre de la philosophie qui depuis des milliers d’années nous protège de nos inconséquences.

              Par ailleurs, derrière les interrogations naïves et philosophiques d’Hubert Reeves et des écologistes sincères transparaît un fait : leur perte d’interaction avec le monde et d’influence sur celui-ci tel qu’il est et qu’ils n’acceptent plus, car il n’est pas celui de leur jeunesse, étant les enfants des années 68 baba-cool, compte tenu de leur âge avancé. Aussi en filigrane cette perte inexorable d’arrogance de l’homme face à l’immensité au fur et à mesure qu’il découvre son infinie petitesse face à l’immensité et à ses forces, sans commune mesure avec ses petits muscles et ses plus grandes inventions.

              Nous pouvons voir alors cette allégorie de la puissance technologique prendre le relais, comme si celle-ci pouvait après ce constat de faiblesse lui octroyer la place auprès des dieux que l’espèce humaine a définitivement perdu à cause des conclusions des recherches fondamentales. Quand ces dernières nous montrent l’espèce humaine (ou la vie) de plus en plus, non comme une singularité de l’Univers mais comme une permanence de celui-ci, ne serait-ce que par la découverte très récente d’acides aminés identiques aux nôtres dans les nuages de Magellan. Découvertes qui laissent peu de doute sur la suite malgré notre manque d’observations concrètes : la vie est universelle.

              Ce jour de la singularité sonne alors d’une toute autre manière. Se donner un terme bien court pour se donner l’illusion qu’on contrôle encore quelque-chose ici-bas. L’homme contrôlera sa technologie, de toute évidence, ce ne sera déjà pas si mal. La vie et l’Univers, non ! Ce rêve ancien, cette enflure du surmoi liée à l’anthropocentrisme, à ce sentiment de supériorité de l’homme sur le vivant réactivé par le mythe prométhéen de sa puissance technologique, il faudra l’abandonner sans regret. Trop d’erreurs ont été commises en son nom.

              L’année de la singularité : encore une usine à gaz qui ressemble à l’année de la Terre de 1970.

              • Mille Mercis pour l’intérêt porté aux modestes billets postés sur Cyberland !
                Comme beaucoup de scientifiques de ma génération, j’ai été influencé durant ma jeunesse par les écrits passionnants d’Hubert Reeves (Patience dans l’azur) et de Carl Sagan (Cosmos) qui reste encore aujourd’hui un livre extraordinaire (tout comme la série d’émissions éponymes).
                Je comprends parfaitement les craintes et réticences des grands scientifiques de cette génération face aux évolutions actuelles des NBIC et face à une idéologie H+ qui déferle sur tous les continents.
                Il faut avant tout que le citoyen soit informé des bouleversements technologiques et du train des futures « transgressions ». Les changements vont être rapides, violents et vont nous impacter à toute échelle dans notre existence. Le projet transhumaniste des grands acteurs de la Silicon Valley est global , il est construit à l’échelle planétaire. La Chine développe ses propres programmes tournés vers un eugénisme décomplexé, idem pour les grands hubs technologiques russes, japonais et coréens.

                Pour information :
                La première conférence internationale TRANSVISION 2014 sur « le transhumanisme face à la question sociale » se tiendra à Paris les 20-21-22 novembre prochains, Espace des Sciences Pierre Gilles de Gennes, et réunira des acteurs majeurs du mouvement H+ mondial ainsi que des pourfendeurs et critiques de l’idéologie transhumaniste.
                Le programme détaillé de cette conférence est disponible sur le site officiel « transvision2014.org »

                • Moi aussi, j’ai lu ces livres et Poussières d’étoiles avec un appétit sans borne… Carl Sagan a été une grande révélation. Merci pour vos liens que je ne vais pas manquer d’aller consulter.

        • Ne vous inquiétez pas, dans la formation Data Science à mon avis les mêmes cours de probabilités, des statistiques, de génie logiciel, d’économie sont recyclés et réordonnés.
          On a toujours besoin de comprendre une régression linéaire simple dans ce domaine.

          Les évolutions Big Data de ces domaines vont concerner les algorithmes de parallélisations principalement.

          Il y a beaucoup de rebranding pour quelques vrais évolution dans « Data Science »

    • La chaire Data Scientist peut effectivement devenir un leader national et un poids lourd européen dans le domaine. Il suffit de regarder les partenaires – mécènes qui se sont engagés aux cotés de l’X dans cette construction (Thales, Orange et Keyrus) . On dépasse la simple réponse aux « lobbyings des cabinets ministériels). J’ajouterais un « Il était temps ! » par rapport à ce qui se fait dans le domaine sur d’autres continents. Le format de ces chaires (composite privé-public-Labos de recherche fondamentale et R&D Thales) est particulièrement efficace. Cela donne en général un vivier très productif et de l’innovation transversale, bref tout ce dont a besoin la nation…

  • Excellente initiative.

  • « une parfaite perception des priorités stratégiques utiles au pays » : expression banale du social-mercantilisme qui prévaut en France, la conduisant à sa ruine. Quand comprendront-ils que, malgré leur QI admirable, ils ignorent les leçons de l’histoire et de l’économie, et restent parfaitement incapables de définir la moindre priorité de manière efficiente ? Quand cesseront-ils de pécher par orgueil (frustration) et vanité (concupiscence) ?

    • Les 30 prochaines années seront celles du QI, du neurone et de l’économie de la connaissance.
      Les leçons de l’histoire ? et de l’économie ? Elles ne sont effectivement d’aucune utilité ici. Nous parlons d’une évolution « darwinienne » qui n’a aucun précédent dans l’histoire et d’une accélération tout aussi inédite. Je me permets de vous conseiller la dernière conférence TED Paris de Laurent Alexandre qui analyse parfaitement les enjeux actuels et la future conférence Transvision 2014 qui aura lieu du 20 au 22 novembre Espace des sciences Pierre Gilles de Gennes .

  • Je trouve cet article particulièrement réjouissant.

    Sauf sa conclusion sur l’elitbashing récurrent en France… et justifié par les temps qui courent quand on voit le travail de sape de notre pays réalisé par nos fameuses élites sorties de ces grandes écoles, depuis une trentaine d’années et encore plus depuis ces deux dernières années où celles-ci sont totalement à la ramasse alors qu’on leur dit depuis bientôt 20-30 années qu’elles se trompent et vont dans le mur. Nous y sommes. Il n’y a pas de fumée sans feu.

    Les écoles et leurs formations ne sont évidemment pas responsables, n le QI de leurs élèves. Mais par contre la sélection dans la vie courante professionnelle à la suite de ces formations le sont, le fameux entre-soi qui décide de tout et de la carrière de tous en France. Car on présuppose que seuls ces diplômes acquis quand même à l’âge de 20 ans pour les plus doués (en général ils sont très précoces) sont les seules grilles de lecture pour sélectionner ces élites à des postes de responsabilité et de compétence, même après 30 années de carrière… C’est donc une erreur catastrophique, car ces mêmes élites se reposent de toute évidence, même après ces 30 années de carrière, sur ce fameux diplôme obtenu 30 années plus tôt… Et là, visiblement, il y a un problème et il est énorme. Il est d’ailleurs à l’Élysée en première ligne.

    Ailleurs on appelle cela le syndrome de Peter, ou celui de la promotion focus : fr.wikipedia.org/wiki/Principe_De_Peter

    Dont ces fameuses élites sont totalement épargnées, comme par hasard…

  • Excellent mouvement stratégique de l’X, j’en conviens.
    Par contre HEC et surtout Sciences Po ne sont pas et ne seront jamais des « très grandes écoles ». En réalité, l’ENA se distingue nettement, et il se trouve qu’elle mérite de crever la gueule ouverte dans la douleur.

  • « Ce rejet impacte l’ensemble des très grandes écoles, l’ENA, HEC, SciencesPo et Polytechnique. Alors que ces écoles rassemblent les élèves les plus brillants de la nation, certains n’hésitent pas à remettre en question, par un populisme mortifère, l’excellence des formations et des élèves »

    Etant étudiant dans l’une de ces écoles, je peux vous assurer que ni la formation, ni les étudiants ne sont aussi brillants que ce que on peut penser de l’extérieur, en tout cas en ce qui concerne les écoles de commerce.

  • « Ce rejet impacte l’ensemble des très grandes écoles, l’ENA, HEC, SciencesPo et Polytechnique. »

    De l’ENA ou Sciences Po, sans doute: Ce sont les moules à gauchistes qui nous ruinent.
    C’est le discrédit des politiciens.

    Mais quant à HEC ou l’X, je n’ai rien observé de tel.
    Il y a de la haine marxiste à gauche, mais beaucoup de respect chez le peuple.

  • Sans vouloir être rabat-joie, quand je lis que l’UE va investir 500 M€ dans le big data, je ne peux pas m’empêcher de penser aux anciens discours radieux sur le Plan Calcul ou sur le Plan Informatique pour tous – autant de catastrophes.
    Certes quitte à investir de l’argent public autant le faire dans les secteurs d’avenir plutôt que de soutenir des secteurs en déclin.
    Certes c’est une excellente chose que l’X soit réactive et ouverte aux nouvelles technos et et au monde de demain, et crée une chaire de big data.
    Mais si ces technos sont si prometteuses alors elles n’auront pas besoin de subvention en R&D, l’investissement privé devrait affluer tout seul.
    Je relève dans l’article que « Peu d’acteurs comprennent réellement ce que l‘exploitation des données massives en temps réel peut leur apporter » et « Même les acteurs du web et du e-commerce français sont en retard sur le sujet et n’en ont toujours pas saisi l’intérêt ». Alors quand je lis la conclusion « le lancement de la chaire Data Scientist démontre une parfaite perception des priorités stratégiques utiles au pays » j’ai envie de compléter « contrairement à ces nazes d’entrepreneurs privés ».

    • « j’ai envie de compléter « contrairement à ces nazes d’entrepreneurs privés ». » Je ne vois pas la contradiction ?? La structure même de cette chaire démontre que des intérêts privés peuvent parfaitement cohabiter avec les contraintes de laboratoires publics et d’écoles comme l’X. C’est justement l’aspect composite de cette chaire qui fera son succès. Thales ne débute pas en la matière. Elle participe depuis deux ans maintenant à la chaire de recherche Saint-Cyr en Cyberdéfense & cybersécurité qui parvient à réunir, des acteurs militaires, des entreprises privées, des chercheurs – universitaires et tout se passe très bien. Les clivages que vous évoquez dans votre commentaire me semblent un peu anachroniques.

      • « des intérêts privés peuvent parfaitement cohabiter avec les contraintes de laboratoires publics » : les questions de défense relèvent effectivement du domaine régalien et les partenariats public/privé sont non seulement légitimes mais aussi indispensables. Toutefois, vous n’ignorez pas l’abus manifestement illégitime de ces collaborations à tout propos qui se construisent sur le dos de la population pour la priver chaque jour un peu plus de sa liberté fondamentale, c’est-à-dire sa liberté économique. Demandez-vous donc à quoi peut bien servir d’être protégé des agressions étrangères quand la principale agression vient de l’intérieur ? Que reste-t-il du régalien quand tant de Français sont contraints à l’exil, intérieur ou extérieur, du fait des outrages qu’ils subissent par leur propre Etat dévoyé en Obèse social-mercantiliste, qui s’acharne contre la population avec une sorte de néo-colbertisme suicidaire, mâtiné de socialisme de plus en plus crasse ? Alors, vous feriez bien de vous préoccuper des leçons de l’économie et de l’histoire si vous espérez sauver le bébé régalien légitime de l’eau du bain socialiste illégitime.

      • Quand Thalès ou un autre de vos sponsors recrutera un jeune X data scientist, ce sera pour qu’il crée sa société innovante dans le groupe plutôt qu’en dehors, ou bien plutôt pour sécuriser une partie de la manne européenne de 500 ME ?

        • Thales recrutera certainement mais ne sera pas seule sur le marché. La demande en data scientist est importante, elle touche entre autres, le marketing, la finance, la R&D, la sécurité des systèmes.
          Le « prédictif » intervient aujourd’hui dans le smart city, les transports publics, la cyberdéfense. bref tous les secteurs d’activités qui cherchent à réduire l’aléatoire et obtenir des prévisions fiables.
          Que l’Europe s’engage et finance ce domaine ne me parait pas extraordinaire mais plutôt rassurant sur sa capacité à s’engager sur un domaine porteur.

  • Les commentaires sont fermés.

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Par Michel Albouy et Alain-Charles Martinet[1. Professeurs émérites des universités en sciences de gestion].

Traduction, trahison, c’est bien connu. Ainsi va la version française du Guépard !

Sciences Po Paris en a enfin terminé avec son long processus de nomination de son directeur. Il s'agit, sans grande surprise, de l'énarque Mathias Vicherat, 43 ans, issu de la même promotion que le président de la République Emmanuel Macron. Le prestigieux institut avait été fortement secoué en 2020 par l’enquête pour viols et agressions se... Poursuivre la lecture

Les ganacheries tombant aussi aisément au sujet des algorithmes qu’à Gravelotte, trouver une nourriture de l’esprit équilibrée et éclairante relève de la tâche pascalienne. Aurélie Jean est de celle-ci. Mêlant pédagogie et nuance, elle fait entendre sa voix et ses messages aux quatre coins du globe, seule échelle à la mesure de cette globetrotteuse hyperactive.

À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Les algorithmes font-ils la loi ?, aux éditions de l’Observatoire, Aurélie Jean a répondu aux questions de Corentin Luce.

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