Transition énergétique : bon sang, mais c’est bien sûr !

oh mon dieu ! omg credits Daniel Orth (licence creative commons)

Est-il raisonnable de fonder des décisions politiques sur des hypothèses de forte croissance des énergies renouvelables qui risquent de s’avérer utopiques ?

Par Michel Gay.

oh mon dieu ! omg credits Daniel Orth (licence creative commons)

La réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment le CO2, devait être l’un des objectifs essentiels du projet de « transition énergétique ». Or, le CO2 est le résultat de la combustion du carbone composant les combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz).

Pour réduire la production de CO2, il n’y a donc nul besoin de conférences internationales, ni de réunions des chefs d’État, ni de discours savants : il suffit simplement de décider de réduire drastiquement l’usage des combustibles fossiles. Et le moyen le plus efficace est de convertir le plus possible les usages énergétiques du fossile vers l’électricité, à condition bien sûr de ne pas produire l’électricité à partir des combustibles fossiles et que le prix d’achat reste supportable… Il reste donc les énergies du vent, du soleil, de l’eau (énergies renouvelables) et du nucléaire (énergie durable : quelques milliers d’années). Or, aujourd’hui, et pour certainement longtemps, seul le nucléaire est capable de produire la quantité d’électricité adaptée aux besoins d’un grand pays comme la France.

La production d’électricité au moyen des énergies renouvelables (EnR) représente actuellement 16% de la production totale de la France. L’éolien n’y compte que pour 3% et le photovoltaïque que pour 1%. La plus grande partie (12%) vient de notre parc hydraulique qui n’est plus guère extensible. Nos montagnes et nos fleuves sont déjà bien valorisés. Les meilleurs sites sont utilisés et les habitants des vallées restantes rechignent à déménager…

La production hydraulique étant plafonnée par la nature, vouloir tripler la production des EnR pour la porter à près de 50% de la production nationale ne consiste donc pas simplement en une multiplication par trois… mais par huit (!) de la production éolienne et photovoltaïque. Ce qui va poser de gros problèmes.

hollande transition énergétique rené le honzecCes deux dernières sources d’énergie sont intermittentes et disponibles seulement 30 à 40% du temps. Pire encore, leur « facteur de charge1 » n’est que de 23% pour l’éolien et de 13% pour le photovoltaïque. Si elles devaient jouer un rôle significatif dans l’alimentation du réseau électrique, il faudrait prévoir des compléments… en veillant à ce que ce ne soit pas du charbon ou du gaz, comme chez nos voisins allemands.

Il y a certes des économies d’énergie à faire via l’amélioration de l’isolation de l’habitat, mais il faudra du temps car l’évolution dans ce domaine prend des dizaines d’années. Et il y a une forte probabilité que les économies d’énergies réalisées ne compensent jamais le niveau des investissements financiers. D’un point de vue planétaire, elles seront largement absorbées par l’évolution démographique et la consommation de milliards d’individus qui aspirent à un meilleur niveau de vie.

Pour respecter une promesse électorale faite à un groupe politique dont la fidélité à la majorité actuelle n’est même plus acquise, est-il raisonnable de fonder des décisions politiques qui engagent l’avenir de notre pays sur des hypothèses de forte croissance des énergies renouvelables et de baisse de consommation d’énergie qui risquent fort, toutes les deux, de s’avérer utopiques ?

Pourquoi ce qui relève du simple bon sens est-il aussi hermétique à nos gouvernants ? C’est à croire qu’ils ne veulent surtout pas voir afin de se focaliser sur leur unique préoccupation : obtenir un autre mandat électoral. Un jour ils s’apercevront (trop tard ?) que la transition énergétique se fera par le transfert de la consommation de pétrole et de gaz vers l’électricité dont la production massive sera assurée par des centrales nucléaires. Alors, ils se taperont sur le front en s’écriant : « Bon sang, mais c’est bien sûr !2 »

  1. Facteur de charge = le temps équivalent de fonctionnement à pleine puissance sur une année (8760 heures). Il est de 2000 heures pour les éoliennes (23%), et de 1100 heures pour le photovoltaïque (13%).
  2. Expression favorite du commissaire Bourrel lorsque la solution de l’énigme lui apparaissait soudainement après une longue enquête…