Total, le tiers-monde et les impôts : halte aux mensonges et à l’hypocrisie !

Logo-Total (Crédit : Total, tous droits réservés)

Depuis le décès de Christophe de Margerie, les anti-capitalistes se déchaînent. À tort : Total est loin d’être la machine à cash décrite dans les médias français.

Par Kevan Saab.

Depuis l’annonce du décès brutal de Christophe de Margerie, PDG de Total, une certaine frange de la classe politique française se fait un plaisir de se féliciter de la mort d’un homme. On pense notamment aux commentaires de Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti Socialiste, ou encore au soutien indéfectible de Mélenchon envers son ex-camarade du PS.

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Pour des individus qui clament haut et fort vouloir placer « l’humain d’abord », ce genre de propos indécents vient une fois de plus montrer à tous à quel point l’humanisme est une notion à géométrie variable à gauche, surtout quand il s’agit d’un dirigeant d’entreprise ou d’un quelconque individu ayant eu le malheur de réussir matériellement dans sa vie.

Bien-sûr, cette haine envers la personne de Christophe de Margerie, est à lier aux croisades incessantes d’à peu près toute la classe politique, écologistes et extrême-gauche en tête, contre la compagnie Total. Évidemment, un géant comme Total, impliqué à travers le monde dans des opérations complexes, chiffrées en milliards de dollars et situées bien souvent dans des pays où la collusion est de mise, a eu son lot de scandales durant ses 90 années d’existence. Cependant, à défaut de polémiquer sur les affaires où Total fait office de coupable pratique (ex : naufrage de l’Erika) ou encore d’excuser les abus caractérisés, il est important de mettre un terme une bonne fois pour toutes aux accusations mensongères perpétuellement lancées contre Total au sujet de son partage des richesses avec les pays dans lesquels la compagnie opère et surtout au sujet des impôts payés par le groupe, en particulier en France.

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Tentons de mieux comprendre la comptabilité du groupe. Tout d’abord, avec un bénéfice net global de 10,74 milliards d’euros, à rapporter à un chiffre d’affaires de 189,5 milliards d’euros, Total est loin d’être la machine à cash décrite dans les médias français. En fait, en matière de profitabilité, Total n’empoche au final que 5,7 centimes sur chaque euro de vente, une bien maigre marge, et ce même comparé à certains de ses pairs, pour un groupe qu’on présente à tort et à travers comme le fer de lance de la cupidité corporative. Bref, Total n’est pas assis sur une mine d’or, et qui plus est, la situation du groupe est très disparate en fonction des régions dans lequel il opère.

Ainsi, en France, où se trouvent la plupart des activités déficitaires de la compagnie, comme le raffinage et la distribution, Total réalise non pas un bénéfice, mais bel et bien une perte sèche (eh oui, contrairement aux idées reçues, les stations essence ne sont pas les vaches à lait souvent décrites). La compagnie ferme même certaines de ses installations de raffinage comme à Dunkerque. En toute logique, la compagnie ne paye pas l’impôt sur les sociétés en France vu que ses opérations françaises sont déficitaires.

Au contraire, là où Total extrait des hydrocarbures, le groupe fait des profits. Ainsi, Total paye près de 14 milliards d’euros annuels d’impôts ailleurs dans le monde, et ce principalement dans des pays en voie de développement. On notera que ces 14 milliards représentent un taux d’imposition sur les résultats de près de 56% d’après feu Christophe de Margerie, soit une ponction bien plus importante que l’impôt français sur les sociétés. Voilà qui devrait faire voler en éclat le mythe des majors pétrolières exploitant les ressources des pays pauvres sans payer un centime d’impôt dans les pays concernés, quand plus de la moitié des profits s’en vont dans la caisse des pays hôtes.

Bien sûr, Total ayant son siège social en France, beaucoup de politiciens français voudraient voir la compagnie y rapatrier tous ses profits pour y payer l’impôt. Seulement voilà, on ne peut pas interdire aux groupes étrangers opérant en France de faire ce genre de manœuvre en criant à l’évasion fiscale pour ensuite vouloir que nos champions fassent la même chose quand c’est à notre avantage. Plus hypocrite encore : ceux qui se chagrinent de voir que Total n’a aucune opération hautement profitable sur le territoire français et qui en parallèle s’opposent à toute exploitation des immenses réserves de gaz de schiste suspectées dans le sous-sol français. Pour faire simple, d’un côté, ces gens veulent les retombées fiscales des activités profitables de Total, c’est-à-dire principalement l’extraction d’hydrocarbures, de l’autre, ils n’en veulent pas sur le territoire français, et cerise sur le gâteau, ils voudraient que Total partage ses recettes avec le fisc quand le groupe s’en va à l’étranger mettre son expertise à l’œuvre (comme en Grande-Bretagne où le groupe se lance actuellement dans l’exploration de gaz de schiste). Bref, une fois encore en France, on veut le beurre et l’argent du beurre, et qui plus est, le sourire de la crémière.

Pourtant, Total est loin d’être un profiteur du système. De fait, malgré les pertes en France, le groupe a tout de même payé en 2013 près de 1 670 millions d’euros à l’État (1,1 milliard de cotisations sociales, 410 millions en impôts divers hors IS c’est-à-dire, contribution économique territoriale, impôts locaux, C3S, etc. et enfin 160 millions de taxe sur les dividendes distribués). Avec un tiers de ses effectifs en France, soit 33 199 salariés, cette somme représente 50 300 euros versés à l’État par salarié en France. Devant de tels chiffres, comment peut-on donc sérieusement penser que Total serait subventionné de quelque sorte par l’État ? Combien de compagnies donnent du travail à plus de 33 000 collaborateurs et versent plus de 50 000 euros à l’État par collaborateur en France ? La réponse tient probablement sur les doigts de la main.

Que les hypocrites qui se prétendent les défenseurs de tous les damnés de la Terre et souhaitent pourtant voir Total rapatrier tous ses profits mondiaux en France aillent expliquer aux gouvernements des pays possédant les ressources et à leurs populations sous quel prétexte l’État français aurait le droit de s’accaparer leurs revenus pétroliers.